Le G5-Sahel : Pourquoi l’Algérie et la Libye sont-elles absentes ?

Le sahel est un faste territoire de l’Afrique subsaharien regroupant 11 pays du Sénégal jusqu’en Somali. Ainsi, le G5 Sahel regroupe 5 des 11 pays du Sahara, il s’agit du : Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Ces 5 pays ont décidé de créer le 16 février 2014 à Nouakchott, en Mauritanie, une organisation sous régionale qui lutte contre le terrorisme.

Pourquoi ces 5 pays uniquement ? Car ils sont le cœur du Sahara et les plus menacés par le phénomène djihadisme. Ils ont également des caractéristiques similaires sur tous les plans (géographique, culturel, environnemental, etc.). La spécificité du Sahel même est basée sur des vastes territoire désertiques et sous peuplés. Ce qui est également commun aux 5 pays membres du G5 Sahel. Ce sont également des pays se situant dans une zone stratégique et dont les sous-sols sont très riches.

Le G5 Sahel s’est doté d’une Convention signée le 19 Décembre 2014 et a son siège en Mauritanie.

 Le G5 Sahel a pour but de:

  • Garantir des conditions de développement et de sécurité dans l’espace des pays membres ;
  • Offrir un cadre stratégique d’intervention permettant d’améliorer les conditions de vie des populations ;
  • Allier le développement et la sécurité, soutenus par la démocratie et la bonne gouvernance dans un cadre de coopération régionale et internationale mutuellement bénéfique ;
  • Promouvoir un développement régional inclusif et durable.

Le G 5 Sahel contribue à la mise en œuvre des actions de sécurité et de développement dans les Etats membres grâce notamment :

  • Au renforcement de la paix et la sécurité dans l’espace du G 5 Sahel ;
  • Au développement des infrastructures de transport, d’hydraulique, d’énergie et de télécommunications ;
  • A la création des conditions d’une meilleure gouvernance dans les pays membres ;
  • Au renforcement des capacités de résilience des populations en garantissant durablement la sécurité alimentaire, le développement humain et le pastoralisme[1].

 Les organes du G5 Sahel:

  • La Conférence des Chefs d’État (CCE): elle est l’organe suprême du G5 Sahel. Elle fixe les grandes orientations stratégiques. C’est l’organe des décisions politiques.
  • Le Conseil des Ministres : chargé de suivre la mise en œuvre de la politique du G5 sahel, il assure le pilotage et l’impulsion stratégique. Il a pour mission de:
  • Veiller à l’exécution des directives de la CCE ;
  • Formuler des recommandations à l’intention de la CCE ;
  • Recruter les experts du Secrétariat Permanent autre que le Secrétaire Permanent du G5S ;
  • Établir et adopter son règlement intérieur ;
  • Approuver l’organigramme et le statut du personnel du Secrétariat Permanent du G5S ;
  • Approuver les programmes de travail et le budget du G5S ;
  • Remplir toutes autres fonctions qui lui sont confiées par la CCE.

Le Conseil se réunit deux fois par an en session ordinaire. La Présidence du conseil est assurée par le ministre tutelle du pays de la Présidence de la CCE du G5S[2].

  • Le Secrétariat Permanent (SPG5S) : C’est une structure légère qui est placée sous l’autorité du Conseil des Ministres afin d’exécuter les décisions de ce dernier. Elle est très souple et efficace, et non budgétaire ne comprenant pas plus d’une vingtaine de personnes au total.
  • Le Comité de défense et de sécurité (CNC) : organe particulier, il regroupe les chefs d’état-major général des armées, Directeurs Généraux de la Sécurité des États membres et les responsables mandatés sur les questions de sécurité.
  • Les comités Nationaux de Coordination des Actions du G 5 Sahel (CNC): ils sont l’interface ente le SP et les États membres. Ils sont pour la plupart sous la tutelle des Ministres en charge du Développement. Le président du Comité National de Coordination est le Point Focal (PF) du G5S pour son pays.

L’un des principes approches (participative, proactive et complémentaire)  est  « le faire-faire », basé essentiellement sur les Comités Nationaux de Coordination des Actions du G 5 Sahel. Cette approche signifie que : le G5S conçoit les projets mais c’est à chaque États membres de les exécuter dans une dynamique régionale.

La particularité de cette convention est la création d’un Comité de défense et de sécurité qui est l’organe qui regroupe les Chefs d’état- major général des armées  et les responsables dument mandatés pour les questions de sécurité par les États membres.

La stratégie de lutte contre le terrorisme :

La stratégie du G5S est basée sur deux piliers essentiels : la sécurité et le développement, indispensables dans cet immense espace sahélien. La valeur ajoutée du G5S complète les autres organisations régionales sans empiéter sur leurs champs d’expertises.

Du point de vue militaire, le G5S c’est 5000 militaires partagés entre les 5 pays membres, qui seront appuyés par 4000 hommes de la force française de Barkhane. La MINUSMA (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali), via la résolution 2391 du Conseil de Sécurité des Nations, apportera un appui à la force conjointe du G5S. Cet appui prévoirait des évacuations sanitaires ainsi que l’accès aux articles consommables essentiels (carburant, eau et rations), l’utilisation d’engins de levage et de terrassement et de matériel de génie de l’ONU, et d’unités de génie en uniforme de la MINUSMA pour aider à préparer les bases opérationnelles de la Force conjointe au Mali[3].

Du point de vue financière, le budget de cette force est estimé à 411 millions d’euros. Les gros contributeurs sont l’Union Européenne avec 50 millions d’euros, l’Arabie Saoudite avec 80 millions de dollar, le Qatar avec 30 millions de dollar, les États Unis avec 60 millions de dollar et la France avec 8 millions d’euros. Ainsi, chaque État membres du G5S contribue à hauteur de 5 millions d’euros.
Lors de la dernière conférence de donateurs du G5S tenue le 23 février 2018 à Bruxelles, avec 250 millions déjà mobilisés par la force du G5S, le but étant d’atteindre les 300 millions d’euros. La somme escomptée a même dépassé les 300 millions d’euros recherchés[4].
Mais le problème n’est pas la recherche du budget mais sa gestion efficace, surtout sa pérennité. Car ce combat contre le terrorisme va coûter à la force conjointe plus d’une centaine de millions chaque année, et personne ne peut prédire le temps que cela prendra d’où l’importance de la pérennisation de son financement.

 Le champ opérationnel du G5 Sahel :

Le quartier général de la force est basé au centre du Mali dans la ville de « Sévaré » dans la région de Mopti. La force est divisée en 7 bataillons repartis en 3 « fuseaux » opérationnels : le centre, l’est et l’ouest. Le commandant en chef de la force est le Général Didier Dacko, ex chef d’état-major général des armées du Mali. Ce dernier pays étant le principal théâtre opérationnel des groupes djihadistes et le noyau déstabilisateur de toute la zone.

Au vue de ces indices, la première question qui nous vient en tête est : pourquoi n’y a-t-il pas un fuseau « nord » ? Cette question mérite une analyse plus profonde. En effet, le fuseau nord correspond à l’Algérie et la Libye. Ainsi, l’absence d’un fuseau nord est due à plusieurs grammaires distinctes mais complémentaires :

  • La question institutionnelle : les trois fuseaux (centre, est et ouest) sont tous les trois dans l’intersection frontalières des pays membres du G5 Sahel, tandis que l’Algérie et la Libye n’y sont pas membres et par conséquence, un fuseau nord (qui sera divisé en deux sous fuseaux : l’un sera sur la frontière le Niger et la Libye, et l’autre sur la frontière entre le Mali et l’Algérie) impliquera forcément ces deux pays non membres de la force conjointe. Néanmoins, et selon les propos des responsables du G5S, la force conjointe n’est pas fermée, dont la collaboration avec tous les pays du Sahel est nécessaires pour éradiquer le fléau.
  • Un problème politique et doctrinal : la Libye est institutionnellement et politiquement instable. Le pays traverse une crise socio-politique sécuritaire depuis 2011. Deux gouvernements dirigent le pays, l’un basé à Tobrouk sous le commandement du Maréchal Khalifa Haftar, et l’autre à Tripoli dirigé par Faïez Sarraj et reconnu par la communauté internationale. Trois groupes armés se partagent le pays, l’un est fidèle au Maréchal Haftar, l’autre au gouvernement de Tripoli et le troisième est composé des différends groupes djihadistes. Pour pouvoir intégrer le G5S il faut une stabilité politique, en l’occurrence un gouvernement d’union nationale permettant la réunification de l’armée, ensuite pouvoir faire face ensemble aux groupes terroristes.
    Quant à l’Algérie, sa doctrine est basée sur la « non alliance » ou la « non intervention extérieure ». Le plus important sous leurs yeux et la sécurité intérieur du pays ainsi que de ses frontières.
  • Une raison sécuritaire et économique : la Libye, étant affaiblie sur tous les plans, sa principale préoccupation est la stabilité politique et sécuritaire. Ainsi, se protéger à l’extérieur alors que l’intérieur est en proie à l’insécurité sera tout simplement utopique. De même, la Libye n’a pas la même vision sécuritaire et de lutte contre le terrorisme que les États membres du G5S.
    L’Algérie quant à elle, c’est l’acteur principal bénéficiaire de la crise au Mali et dans le Sahel. Et cela, pour deux raisons principales :
  • Tous les leaders djihadistes qui sont dans le sahel et le Sahara sont algériens (excepté Iyad Ag Ali chef d'Ansar dine qui est malien) et ont tous leurs bases dans le nord du Mali. Donc une fois qu'ils ont des refuges au Nord du Mali, ils ne viendront pas déstabiliser l'Algérie. Ainsi, la déstabilisation du Nord du Mali est un gage de sécurité pour l’Algérie.
  • Tout le Nord du Mali (70% du territoire du Mali avec 5 régions) est approvisionné (près de 60%) par l'Algérie. Ainsi, nous trouvons une variété de produits de première nécessité (aliments, carburant, etc.) mais également des électroménagers, des   décorations de maisons, des véhicules, etc. Ce qui est un aubain pour le commerce extérieur du l'Algérie. Le paradoxe dans cela en est qu’elle est le chef de fil de la médiation internationale garant de l’accord de paix du Mali. Toutes les routes reliant l’Algérie au Mali sont contrôlées par les mouvements armés et les groupes djihadistes. Afin de pouvoir transporter les marchandises vers le nord du Mali, les transporteurs algériens pays versent les frais routiers directement auxdits groupes armés. Ainsi, la pérennisation de la crise malienne assurera l’excédent de la balance commerciale de l’Algérie.

 

 

[1] « Présentation du G5 Sahel », http://www.g5sahel.org/index.php/qui-sommes-nous/le-g5-sahel.

[2] Actuellement c’est le Niger qui assure la présidence du G5 Sahel.

[3] Conseil de Sécurité, Résolution 2391,  New-York, Nations Unies, 21 juin 2017, 4 p.

[4]    http://www.rfi.fr/afrique/20180223-reunion-g5-sahel-ue-union-europeenne-doubler-contribution

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