LES RESEAUX DE FINANCEMENT DE LA RADICALISATION ET L’EXTREMISME VIOLENT

L’extrémisme violent puise ses sources dans une interaction entre des phénomènes croisés qui se nourrissent des frustrations d’une certaine frange de la population, sans perspective visible, d’une part, et une rhétorique stigmatisant les religions en développant des discours islamophobes, considérant l’islam comme une « altérité radicale et conflictuelle » d’autre part.

Introduction

           La criminalité transnationale et le terrorisme constituent une menace permanente pour la paix et la sécurité dans nos pays.

Au Mali, la prise de conscience de l’ampleur du phénomène, a conduit les autorités à développer un cadre législatif et institutionnel conformément au dispositif de traque de la finance noire qui constitue la principale source de financement du terrorisme (radicalisme et extrémisme violent). Le Mali est membre du Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA).

À ce titre, il a transposé la directive de l’UEMOA relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
Dès lors, il a mis en place un cadre juridique et institutionnel pour organiser sa riposte contre le phénomène.

 Cadre juridique et institutionnel de lutte contre le financement du radicalisme et l’extrémisme violent au Mali

 Loi n°2016-008 du 17 mars 2016 portant loi uniforme relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, prévoit des dispositions dont, entre autres :

  • la prévention du financement du terrorisme ;
  • l’évaluation des risques du financement du terrorisme ;
  • les méthodes de détection du financement du terrorisme ;
  • l’incrimination, l’enquête et la répression du financement du terrorisme ;
  • la coopération internationale contre le financement du terrorisme ;
  • Décret portant nomination d’une autorité chargée du gel des avoirs et autres ressources des criminels.

 Cadre juridique et institutionnel de lutte contre le financement du radicalisme et l’extrémisme violent au Mali

 La Cellule nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF). Elle a pour mission de recueillir, traiter et diffuser le renseignement auprès des autorités compétentes ou d’autres Cellules de renseignement financier.

  • Le Pole judiciaire spécialisé de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée.
  • Offices centraux (Office Central des Stupéfiants, Office Central pour la Répression de l’Enrichissement Illicite)

 Les facteurs de vulnérabilité favorisant le financement du radicalisme et l’extrémisme violent

 Il existe plusieurs facteurs de vulnérabilité qui favorisent la radicalisation et l’extrémisme violent dans le Sahel et au Mali. Parmi ces facteurs, on peut retenir :

  • Les facteurs géographique et démographique ;
  • Les facteurs socioéconomiques ;
  • Les facteurs politique et sécuritaire.

 Les facteurs de vulnérabilité favorisant le financement du radicalisme et l’extrémisme violent

 a-Les facteurs géographique et démographique :

La zone du sahel, y compris le nord du Mali, est une vaste étendue de désert estimée à plusieurs millions de km2 très difficilement contrôlable par les Etats. Le nord du Mali couvre une superficie de 818.613 km2 avec des lignes frontalières estimées à près de 5.500 km.
La porosité de ces longues frontalières entre les Etats constitue un facteur favorisant la pratique des trafics illicites.
A cette porosité des frontières s’ajoute la faible densité de la population (environ 3 habitants par km2).

 b-Les facteurs socioéconomiques :

  • La pauvreté ;
  • Le chômage des jeunes ;
  • L’analphabétisme ;
  • L’insuffisance des services sociaux de base ;
  • Le fanatisme religieux ;
  • Les inégalités sociales.

 c-Les facteurs politique et sécuritaire :

  • La mauvaise gouvernance ;
  • La faiblesse des contrôles au niveau des zones frontalières ;
  • Les abus des forces de défense et de sécurité ;
  • La crise de légitimité des acteurs politiques ;
  • Le mouvement régulier des combattants étrangers vers les zones de crise.

 Les sources de financement du radicalisme et l’extrémisme violent

Les activités illicites (trafic de drogues, trafic d’armes, contrebande de cigarettes, prise d’otage suivie de paiement de rançon) se passent dans un cercle vicieux reposant sur des liens d’intérêts stratégiques et ethniques.
Les ressources issues de ces activités servent à financer le radicalisme et l’extrémisme violent dans le Sahel et particulièrement dans le nord du Mali.
Il existe une connexion entre les réseaux de trafiquants de drogues et les groupes terroristes.
A titre d’exemple, il existe plusieurs réseaux de trafic de drogues qui alimentent le nord du Mali et qui financent le terrorisme. Ces réseaux sont dirigés soit par des terroristes, soit par des anciens rebelles ou soit par des anciens trafiquants de cigarette.
Leur connexion avec les groupes terroristes ou armés est parfois fondée sur leur appartenance ethnique, communautaire ou leur besoin stratégique (défense des intérêts communs).

Par exemple :

  • Le réseau de la tribu des Lamhar avait une connexion avec MUJAO (actuel Almourabitoune) et le MAA, il a contribué à la mobilisation armée pour ces mouvements et est citée comme responsable de l’enlèvement de plusieurs étrangers dans la Région de Gao.
  • Le réseau de la tribu des Bérabiches est réputé dans l’organisation des convois de drogues dans le secteur de Tombouctou et entretient des liens avec les groupes terroristes.
  • Le réseau de la tribu des Ifoghas est réputé dans l’organisation des convois de drogue dans le secteur de Kidal en lien avec Ansar Eddine.

 Difficultés dans l’identification des sources de financement du radicalisme et l’extrémisme violent

 Les services de sécurité rencontrent d’énormes difficultés dans l’identification des sources de financement du terrorisme qui sont entre autres :

  • Le manque de système d’information intégré sur les activités illicites ;
  • Le partage timide d’information entre les différents services chargés de la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée ;
  • La mauvaise application des dispositions uniformes de lutte contre le financement du terrorisme par les assujettis ;
  • L’absence de contrôle de certains canaux de communication (internet et les réseaux sociaux)

 Propositions d’actions pour lutter efficacement contre le financement du radicalisme et l’extrémisme violent

La réussite de la lutte contre le financement du radicalisme et de l’extrémisme violent passe par la mise en œuvre d’un certain nombre d’actions comme :

  • Bancarisation systématique de l’activité économique ;
  • Renforcement du contrôle dans la commercialisation des métaux précieux et des transferts d’argent ;
  • Opérationnalisation des cadastres (identification des biens immobiliers) ;
  • Mise en place d’un système d’information intégré des bases de données (Douanes, Police, Gendarmerie, Direction Nationale du Transport, Direction Générale des Impôts, Direction Nationale du cadastre) ;
  • Le renforcement de la coopération internationale dans le domaine du renseignement ;
  • Opérationnalisation du fichier biométrique à l’image du Recensement Administratif à Vocation d’Etat Civil (RAVEC) et son accessibilité par les services d’enquête ;
  • Information des populations ;
  • Encadrement et prise en charge des leaders religieux et des chefs traditionnels.

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