Dénonçons la fatwa contre Jean-François Niort

Dannick Zandronis avait averti pourtant Jean-François Niort : « N’oublie pas que tu es un Blanc France et du côté  des militants et patriotes TOUT est perçu et analysé selon cette grille qui n’est pas la tienne » (Ce n’est pas moi qui souligne le TOUT). Autrement dit, Niort aurait dû soumettre ses recherches à la grille de lecture de l’idéologie d’un  petit groupe politique « patriotique » qui est très loin de faire l’unanimité des Guadeloupéens.

Dannick Zandronis avait averti pourtant Jean-François Niort : « N’oublie pas que tu es un Blanc France et du côté  des militants et patriotes TOUT est perçu et analysé selon cette grille qui n’est pas la tienne » (Ce n’est pas moi qui souligne le TOUT). Autrement dit, Niort aurait dû soumettre ses recherches à la grille de lecture de l’idéologie d’un  petit groupe politique « patriotique » qui est très loin de faire l’unanimité des Guadeloupéens. Il y a de nombreux indépendantistes qui ne partagent pas, heureusement, le point de vue de Zandronis. On peut avoir une conception républicaine et démocratique –donc non nationaliste- de l’indépendance. En outre, l’ayatollah créole  avait précisé : « Tu n’es pas le seul historien à être ciblé, d’autres comme  Régent et Bénélus sont dans notre collimateur ». Hé  bien ! Si  ce n’est pas du pur totalitarisme cela ! C’est toute la recherche universitaire, quel que soit le domaine, de recherche, qui devrait donc se soumettre à la censure de Zandronis et de ses petits camarades.

Malheur à Jean-François Niort. Il ne s’est pas plié au dictat de Zandronis et a accepté de venir soumettre ses thèses à  la discussion dans notre café-social club. La réponse de notre ayatollah tropical ne s’est pas fait attendre. Dans son journal en ligne CCN, il prononce la sentence : Niort « peut-être comparé à un petit Salman Rushdie français » écrit-il et « doit aller exercer ses talents hors de notre pays car il est désormais persona non grata ».   Zandronis s’en prend même à nous : « Ces agents qui se révèlent d’une grande utilité dans la pérennisation du système colonial, ont pour missions essentielles au travers de leurs « conférences-café-tango » de diffuser des éléments de  discours destinés à empoisonner et abuser une opinion pas toujours avertie ». Zandronis nous apprend que seule l’opinion de son camp dit patriotique est avertie ! Qu’il sache que nous faisons partie de ceux qui s’en foutent  royalement d’un tel camp pour penser par eux-mêmes !

Qu’est-ce que tout cela signifie ? Où va-t-on dans notre pays ? En tant que responsable du café-débat social  club, je ne peux rester silencieux. A chaque fois je dois interrompre mes travaux pour intervenir dans l’actualité. Que font donc les journalistes ? Certains de mes amis disent qu’il ne faut pas perdre son temps avec les imbécilités de Zandronis. Je ne suis pas d’accord. Les menaces de cet inquiétant individu sont prononcées dans un journal donc dans l’espace public. Beaucoup de gens sont ainsi informés de tels propos qui déjà déferlent sur les réseaux  sociaux. Les fascismes avant de triompher, ont toujours commencé par des propos que d’autres jugeaient imbéciles donc inoffensifs. Ce fut le cas d’Hitler, cet imbécile notoire selon les historiens. Des indépendantistes condamnent en privé les propos de Zandronis mais ne rendent pas publiques leurs condamnations de peur de « faire le jeu du colonialisme ». Ils mettent donc leurs principes dans leurs poches !

Comment accepter qu’un Guadeloupéen, agissant ainsi en usurpateur de la conscience collective, peut-il s’arroger le droit de parler au  nom de tous les Guadeloupéens, et de décider d’exclure un « Blanc français » de notre pays ? Allons-nous rester silencieux devant un comportement  si dangereux ? Je prends les choses d’autant plus au sérieux que dans le passé notre journal Jougwa  a été la cible du « mouvement patriotique ». Notre local une nuit a été dévalisé et saccagé.  Les propos de Zandronis ne me font pas rire du tout ! Lorsqu’on prononce de telles menaces, il y aura toujours des individus pour passer à l’acte. Si aujourd’hui le local de notre café-débat était attaqué par un individu en mal d’héroïsme ou de sainteté, j’en tiendrai Danick Zandronis pour responsable de cet acte. Que cela soit clair !

Mais ce n’est pas ce que je crains en ce moment. Ces individus sont lâches et ne s’attaquent qu’aux gens isolés. C’est pour l’historien que je me fais du  souci. Si Jean-François Niort décide de rester en Guadeloupe, -ce qui est son droit le plus strict et par ailleurs ses recherches sont bénéfiques pour le débat dans le domaine des sciences historiques en Guadeloupe- que va-t-il lui arriver ? Que va faire Zandronis ? A quel degré suprême d’intimidation va-t-il passer ? Les choses sont d’autant plus inquiétantes que Zandronis compare Niort à Salman Rushdie.  On sait que celui-ci est depuis longtemps objet d’une fatwa et qu’il doit vivre sous protection constante. Les attentats de Paris ont quelque chose à voir avec cette fatwa originaire. Que vient faire ici Salman Rushdie ? Zandronis qui, comme on sait est musulman Chiite, justifie donc la fatwa qui pèse sur Rushdie. Je respecte les convictions religieuses de Zandronis mais l’islamisme radical demeure un danger pour des citoyens du monde entier.

Voilà pourquoi je refuse de faire le silence sur les graves propos de Zandronis proférés dans l’espace public et pas seulement parce que  je suis personnellement engagé dans l’affaire. Certains indépendantistes se taisent et sont bien embarrassés par les propos de ce petit fasciste. Ils ont tort. Parce que c’est précisément leur antidémocratisme (leur refus du débat argumenté et contradictoire) qui a fait  reculer l’idée d’indépendance  chez nous. L’affaire qu’il faut désormais appeler « l’affaire Jean-François Niort » suscite de nombreux débats et controverses. Rendons-les donc publics et assumons le débat. Cela contribuerait à reconstruire du politique alors que la politique politicienne est d’une pauvreté désarmante quant au sens à donner à notre vivre ensemble. Cela est d’autant plus important que ce qui se passe aujourd’hui en Guadeloupe n’est qu’un exemple d’une dérive grave qui affecte le monde entier depuis le triomphe  du capitalisme néolibéral. La troisième guerre mondiale a commencé. Elle ne prend pas encore l’aspect d’une guerre totale entre des nations comme par le  passé mais se manifeste par une prolifération de guerres civiles et le terrorisme est l’autre nom de cette nouvelle guerre. A l’évidence, la Guadeloupe aussi peut sombrer dans la guerre civile. Depuis des décennies, le mouvement dit patriotique commet les mêmes erreurs. Je propose que nous fassions autre chose, élever la conscience politique des Guadeloupéens d’une autre manière par des réflexions et des débats devant traverser toute la société civile guadeloupéenne. Ce serait procéder à son mûrissement. Ce n’est qu’après qu’il pourra y avoir des traductions politico-juridiques ou statutaires.

Cela dit je ne suis qu’un individu en partance, un « intellectuel moribond » comme nous qualifiait, Domota en 2009 (en oubliant que tous  les hommes sont mortels), un homme approchant, malgré les apparences, les temps du grand âge. En conséquence, après de telles menaces proférées dans l’espace public, je suggère dans un premier temps que les autorités publiques assurent la sécurité de Jean-François Niort. Ensuite que toutes les associations, les écrivains et artistes, les syndicats d’enseignants, les partis ou groupes politiques quel que soit leur bord y compris l’UPLG et le parti de Luc Reinette, les autorités des confessions religieuses aussi, condamnent explicitement les menaces de Zandronis. On ne peut d’un côté condamner les propos racistes d’un jeune blanc-pays et de l’autre accepter les menaces encore plus graves d’un Zandronis, d’autant plus graves  qu’elles relèvent d’une volonté politique et leur violence est de nature à  perturber l’ordre public.

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