Critique ou phobie de l’Islam?

Pour des raisons qu’on pourrait sans doute expliquer, surtout avec les attentats commis en Europe par l’Etat islamique, l’Islam est devenue une source d’inquiétudes et d’interrogations, notamment en France. Le débat essentiel sur cette question oppose ceux qui dénoncent l’islamophobie grandissante en France d’un côté et, de l’autre, ceux qui au nom des Lumières revendiquent le droit de critiquer l'Islam.

Ne faudrait-il pas distinguer entre la critique de l’Islam et sa phobie ? Et de quoi une telle phobie pourrait  être le nom ?

Demandons-nous tout d’abord ce qu’est « critiquer une religion » ? Notre athéisme, souvent, a du mal  à le comprendre car nous critiquons toute religion quelle qu’elle soit  surtout  dans  le rapport au politique. La critique d’une religion ne s’insère-t-elle pas dans une vision théologique, notamment quand l’adepte d’une religion critique une autre religion comme ce fut le cas de chrétiens vis-à-vis du judaïsme ? La critique  d’une religion déterminée risque de cacher l’éloge  de  sa propre religion, celle-ci pouvant prendre le masque du nationalisme, cette théologie laïcisée. De même la critique de sa propre  religion peut entraîner  l’éloge d’une autre religion. Ce fut le  cas de Voltaire qui à la fin de sa vie  fit l’éloge de  l’Islam. Dans une lettre à Frédéric II roi de Prusse datée du 5 janvier 1767, il critique  sévèrement le christianisme et fait l’éloge de Mohammed lequel, selon lui, établit un  culte « qui était  sans doute plus  sensé  que  le christianisme ». Néanmoins, il  faut admettre que la critique d’une religion est aussi possible soit d’un point de vue  sociologique ou selon une interprétation psychanalytique comme le  fait Freud dans L’homme Moïse et le monothéisme. Les principes républicains n’interdisent donc pas ce qu’on appelle la critique d’une religion.

Si donc ceux qui luttent contre l’islamophobie visent à interdire la critique d’une religion, ils sont tout à fait condamnables du point de vue des principes républicains notamment ceux de la  laïcité et Elisabeth Badinter est en droit de les condamner (mais encore faudrait-il prouver que ce soient ces seuls principes qui animent la philosophe). Mme Badinter, sans nul doute, n’admettrait pas que se développe de nouveau en France la judéo phobie. Et elle aurait raison. Pourquoi ? Car il faut distinguer la judéo phobie de la critique de la religion juive. La différence ? La phobie d’une religion  est souvent l’expression de la  haine de ceux qui la pratiquent, donc la détestation d’une différence culturelle. Ainsi l’lslam est souvent renvoyé à une « communauté musulmane » essentialisée qui n’existe pas en France, la pratique de l’Islam étant diversifiée aussi bien en France que sur la planète. Quant à la judéo phobie, elle peut cacher un antisémitisme. Mais nul ne pourrait affirmer que l’analyse critique, du point de vue psychanalytique, que développe Freud dans son  Moïse et le monothéisme, soit entachée d’antisémitisme. De même, s’il y a chez Marx une critique de la religion il ne se  laisse pas aller à la phobie des religions. Si donc la judéo phobie est porteuse d’une haine de l’autre pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’islamophobie ? La phobie d’une religion n’est donc pas de même nature que la  critique d’une religion. La  première a toujours pour moteur la xénophobie, le  racisme c’est-à-dire la  haine de l’autre. Celle-ci peut constituer un impensé même chez des gens de haut niveau intellectuel, impensé qui les  conduit à justifier l’islamophobie tout en condamnant la judéo phobie et même la christianophobie (Il faut toujours interroger l’impensé même des  grands intellectuels, ce à quoi certains critiques se sont  attelés avec Heidegger dont  nul  ne peut nier aujourd’hui son antisémitisme ni son nationalisme  sans doute inspiré de Barrès entre autres).

L’impensé renvoie  toujours à un pathos, non élucidé. Toute phobie en conséquence relève d’une psychopathologie, fût-elle collective. Il y eut ainsi en Europe la phobie des sorcières et en France la montée des « grandes peurs ». De la fin du XIX° siècle aux années 40, on a vu se développer en Europe la phobie du Juif, en Russie, en Allemagne et en France surtout qui capitalise le plus grand nombre d’écrits antisémites. Et cela donna Hitler en Allemagne et Vichy en France. (Le discours mythique de la Résistance tend à cacher l’impact  qu’eut l’antisémitisme en France, renforcé par des interventions de nombreux écrivains ou intellectuels). Il faut donc toujours prendre au sérieux le fait qu’une phobie de l’autre se développe dans une société. Cela peut entraîner la traque des « ennemis de la  nation ou de l’intérieur ». En ce sens, n’en déplaise à Mme Badinter et à  d’autres, la  critique de l’islamophobie  nous semble tout à fait  justifiée. Si la phobie de l’intégrisme religieux islamiste mortifère est tout à fait compréhensible (on peut  comprendre l’angoisse que provoquent les attentats),  cela justifie-t-il pour autant la phobie de l’Islam ou islamophobie? Toutefois, ceux qui défendent l’islamophobie pourraient nous rétorquer :

-Vous jouez sur les mots. Si vous comprenez la phobie de « l’intégrisme religieux islamiste » vous devez admettre qu’il  est le produit direct de l’Islam. Contrairement au judaïsme et au christianisme, l’Islam, deuxième religion de France pourtant, a du mal à admettre les principes de la laïcité. L’islam contient donc un principe d’intégrisme mortifère qui heurte les Lumières et la laïcité.

Que répondre à une telle objection apparemment pertinente ? Rappelons que la laïcité est d’abord un principe de tolérance.  Or, toute religion monothéiste, dans la mesure où elle tend à relier des individus dans une communauté se fondant sur une vérité absolue, contient une visée théologico-politique qui exclut l’autre, tout cela bien sûr, an nom du Bien. Ce qu’a montré Jan Assmann dans son livre, Violence et monothéisme (Bayard). Aucun monothéisme donc n’est potentiellement ouvert à la laïcité donc à la tolérance.  Ainsi, en juillet 1656, le philosophe Spinoza  fut frappé par un herem (une excommunication), de façon brutale et définitive par la communauté juive d’Amsterdam. Quant au  christianisme, il n’est pas plus disposé à la laïcité que l’Islam. L’histoire en témoigne. La lutte du christianisme contre l’autonomisation du politique a été particulièrement longue et il a fallu  attendre le début du XX °siècle pour qu’il l’admette et encore, difficilement.

C’est donc parce que l’autonomisation du politique a commencé plus tôt en Europe qu’ailleurs, qu’après des siècles de lutte, le christianisme a fini par admettre la laïcité. Avec les conseils d’Eusèbe de Césarée, l’empereur Constantin au IV° siècle, se convertit au christianisme qui devient la religion de l’empire. Cela développera un lien étroit entre autorité politique et autorité religieuse, interdisant toute liberté de conscience, qui marquera l’histoire de tout le Moyen Age. Ainsi se développe une théologico-politique chrétienne dont l’origine est attribuée, à tort  peut-être, à Saint-Augustin. C’est à la Renaissance sans doute qu’émerge une pensée du politique qui serait autonome par rapport à la religion. Cette nouvelle philosophie du politique est possible grâce à la découverte des penseurs de l’Antiquité notamment Aristote (plutôt que le Platon cher à Alain Badiou). C’était déjà le cas avec Thomas d’Aquin au XIII°   siècle. Ensuite, un philosophe comme Machiavel pense  le politique comme ordre spécifique indépendant du religieux. C’est une première théorisation de la république qui s’oppose radicalement à la  tyrannie. Pour Machiavel et pour la première fois, il n’y a aucune différence entre le roi et le tyran. Ces préoccupations travaillent aussi Montaigne et son ami La Boétie et naît le parti des politiques animé par  Michel de L’Hospital. Le schisme ouvert dans le christianisme entraîne des guerres de religion qui durant des  décennies sèment des massacres terribles en Europe et qui  n’ont rien à envier à Daech. L’homme est devenu un loup  pour l’homme. Avec Hobbes, la théorie du contrat fait  descendre le fondement du lien social du ciel sur la terre des hommes. Premier principe de la  laïcité. Les massacres de la Saint Barthelemy conduisent Henry IV à promulguer l’Edit de Nantes. Louis XIV révoque cet Edit, envoie promener les premiers principes républicains, développe une politique impériale impressionnante, codifie l’esclavage avec le Code Noir dont l’article 1 précise que Juifs et protestants sont chassés des colonies. Avec le roi Soleil, commence une longue tradition impériale de  la France, que reprendra Bonaparte et aussi la troisième république tout comme  la quatrième  et la cinquième, ce qui constitue aussi l’impensé du républicanisme français, jusqu’à nos jours.

Ainsi donc, la lutte pour la  laïcité a été une longue lutte politique contre le christianisme. Si Juifs et Protestants ont été plus ouverts aux idées de tolérance c’est parce qu’ils étaient victimes de l’intolérance des catholiques. Mais cette  lutte politique pour la laïcité n’a pas pris fin au début du XX° siècle. En France, des penseurs catholiques de l’extrême droite continuent à s’opposer à la république laïque qui finira par donner les pleins pouvoirs à Pétain. En Allemagne, des  catholiques conservateurs comme Carl Schmitt (lequel pense que Juifs et protestants sont à l’origine du déclin de l’Allemagne) renouent avec ce qu’on appelle (toujours peut-être à tort) l’ « augustinisme politique » qu’on croyait dépassé. Schmitt d’ailleurs reconnaît dans Théologie politique que son vrai maître est Euzèbe, le conseiller de Constantin.  En 1933, sous les conseils de Heidegger, Schmitt rejoindra le nazisme. Rappeler cet  épisode des années trente en Allemagne et en France a toute son importance. Car la lutte pour la laïcité, de nos jours, n’est pas terminée quand on entend les propos de Marion Maréchal Le Pen et, plus surprenants, ceux de François Fillon prétendant défendre des valeurs sociales au nom de convictions chrétiennes envoyant ainsi promener une morale publique d’une république laïque et sociale ! Il y a une perversion de la laïcité lorsqu’on en fait un intégrisme chargé d’exclure l’autre. Il est à parier que la question religieuse s’invitera dans  la campagne pour les élections présidentielles. Etrange pour le pays le plus athée du monde ! C’est que la sortie de la  religion n’est pas forcément une sortie de la  religiosité et celle-ci anime l’identité  nationaliste. La quête de l’Un subsiste et Marcel Gauchet a raison de noter que l’élection présidentielle au suffrage universel a été pensée pour résoudre cette  quête de l’Un. On est loin de Glissant et de ses thèses sur l’identité plurielle.

Mais ce n’est pas tout. Ironie de l’histoire, ceux qui se réfèrent aux philosophes des Lumières pour distiller  la haine de l’Islam devraient écouter ce que  disaient Voltaire et les  autres au XVIII° siècle concernant l’Islam.

Voltaire : « Le christianisme est la superstition la plus infâme qui ait jamais abruti les hommes et désolé la terre”

“Les hommes, avec des lois sages, ont toujours des coutumes insensées”

« D’autres peuples pouvaient penser mieux que les habitants de ce petit tas de boue que nous appelons Europe ».

Montesquieu :

Extrait de " LETTRE Persane XXXIX ". HAGI IBBI AU JUIF BEN JOSUE, PROSELYTE MAHOMETAN. A Smyrne:

« Il me semble, Ben Josué, qu'il y a toujours des signes éclatants qui préparent à la naissance des hommes extraordinaires; comme si la nature souffrait une espèce de crise, et que la puissance céleste ne produisît qu'avec effort. Il n'y a rien de si merveilleux que la naissance de Mahomet ».

Diderot :

Dans « Salon de 1763 »

« Jamais aucune religion ne fut aussi féconde en crimes que le christianisme ; depuis le meurtre d’Abel jusqu’au supplice de Calas, pas une ligne de son histoire qui ne soit ensanglantée. »

Rousseau :

(Du Contrat social, Livre IV, De la religion civile)

" Mahomet eut des vues très saines, il lia bien son système politique, et tant que la forme de son gouvernement subsista sous les califes ses successeurs, ce gouvernement fut exactement un, et bon en cela. Mais les Arabes devenus florissants, lettrés, polis, mous et lâches, furent subjugués par des barbares ; alors la division entre les deux puissances recommença… ”

Bien sûr, nous n’adhérons pas au contenu de tous ces propos. Nous ne réduisons aucune religion à sa dimension théologico-politique. Les religions ont été aussi un facteur de civilisation, voire d’humanisation. Il existe aussi un christianisme humaniste que représente aujourd’hui François, ce Pape d’origine sud -américaine. Quoiqu’athée, nous apprécions ses prises de position sur les réfugiés, la coexistence des cultures et surtout qu’il fut danseur de tango et que comme nous son musicien préféré soit Juan D’Arienzo.

Nous avons voulu montrer tout simplement que la religion chrétienne n’est pas plus  ouverte que l’Islam à la laïcité. Toute religion a sa tentation politique bien qu’elle ne puisse y être réduite comme on le  fait avec l’Islam. Faut-il rappeler que contrairement à  la France, les pays de religion islamique ont toléré longtemps  Juifs et Chrétiens ? Aujourd’hui, l’évangélisme protestant est utilisé par l’impérialisme américain pour dominer l’Amérique Latine et le judaïsme l’est de même pour conforter la  domination de la droite sioniste  israélienne. Il  est intéressant de noter que Netanyahou, pour justifier qu’il n’appliquera pas les  dernières  résolutions de l’ONU concernant la colonisation des territoires palestiniens, évoque un « récit biblique », ce qui est une justification théologico-politique ! Rappelons que le sionisme est né bien avant la tragédie nazie, au XIX° siècle sous l’impulsion de Theodor Herzl pour faire face à la judéo phobie grandissante en Europe. Mais il s’inspire du nationalisme qui envahit l’Europe et qui aboutira à la première  guerre mondiale. Le sionisme est donc une  forme  de théologico-politique de nature nationaliste et en tant que nationalisme, il comporte comme  impensé la  haine de l’autre, ce  qu’avait  sans doute  perçu Hannah Arendt.

-Vous parlez toujours d’impensé. Qu’entendez-vous par ce  terme ?

Toute phobie, parce relevant d’un pathos, s’enracine dans l’irrationnel et, en ce sens, n’accède pas  à la claire  conscience des acteurs qu’elle  anime. Mais certains événements la dévoilent. Nous préférons parler d’ impensé plutôt que d’inconscient collectif car, comme l’avait écrit notre ami le psychanalyste Jacques André dans le journal Libération, l’inconscient n’est pas politique. Il  en est ainsi de l’hystérie collective produite par l’affaire  du burkini. Elle est partie d’ailleurs –et c’est révélateur-  d’une fausse information : celle  selon laquelle en Corse une bagarre aurait éclaté en raison du port du burkini. Dans une sorte de délire paranoïaque, on y a vu un complot de la part de ces femmes musulmanes. Soyons clairs : nous aussi détestons le voilement quasi intégral de ces femmes  sur la plage. Mais de là à sombrer dans un  tel pathos haineux qu’on retrouve même dans la gauche et à vouloir régler le  problème par des lois  qui contredisent la laïcité et la constitution, il y a un pas à  ne pas franchir, ce que pourtant ont fait de nombreux politiciens  de droite comme de gauche si on inclut Manuel Valls. Quel  est  le sens de cet  impensé ?

Ce que nous avons voulu montrer dans cet article, c’est qu’aucune religion n’est en soi ouverte à la  laïcité et que celle-ci relève toujours d’une lutte politique qui s’impose aux religions. Si donc les pays arabes sont peu enclins à la séparation du religieux et du politique, il faut en chercher les raisons politiques. C’est donc l’évolution politique des pays arabes qu’il faut interroger plutôt que leur religion. Pourquoi n’ont-ils pas construit des républiques démocratiques dignes de ce nom ? Chaque peuple est libre, même potentiellement, et est responsable  de son  devenir. Or, les pays dits arabes constituent, sur la  planète, le lieu ayant connu le plus d’interventions  extérieures venant de l’Occident depuis au moins Napoléon Bonaparte. Les derniers sont connus, l’Irak et la Lybie. Aujourd’hui, le conflit en Syrie est réglé par  des pays non arabes : Russie, Iran et Turquie sans oublier, en arrière- plan, la Chine.

Les évolutions politiques des pays arabes, ont connu une faible  autonomie, les despotes ayant toujours été  soutenus par l’Occident, comme par exemple le Chah  en Iran.

Khomeiny fait  subir une inflexion à l’Islam en le radicalisant dans une forme d’extrémisme nouvelle, base de l’intégrisme islamiste. Ainsi produit-il une mobilisation nationale religieuse forte contre les Américains et le Chah qui a  frappé Michel Foucault. De même, la naissance des Frères musulmans en Egypte au début du XX° siècle ne peut pas  être pensée sans référence aux accords Skype Picot. Celle de l’Etat islamique ne peut l’être sans l’intervention des américains en Irak avec ces fameux camps de tortures qu’ils établirent dans ce pays où furent atrocement torturés au détriment de toute humanité ceux qui après fonderont Daech. Cet intégrisme musulman  mortifère est d’abord et avant tout une réaction quelque peu nihiliste post-politique à la modernité politique néolibérale mondiale. Il ressemble au nihilisme politique des anarchistes russes du XIX° siècle. Lorsqu’on lit le  Catéchisme révolutionnaire  de Sergey Nechayev, on  est saisi par la similitude avec les positions de Daech.

Penser donc l’intégrisme islamiste mortifère, c’est d’abord ne pas le réduire à tout l’Islam et comprendre sa rationalité politique.

Ce que refusent de faire les islamophobes car ce  serait  aussi interroger la politique  impériale de la  France et sa politique d’intégration concernant les citoyens français originaires de ces régions.

La France bien sûr n’est pas responsable de tout le  devenir  de  ses anciennes colonies et concernant les Antilles, les Antillais sont responsables de ce qu’ils veulent  faire  de  leur  devenir  au lieu  de se plaindre tout le  temps du passé esclavagiste et colonial. C’est aussi le cas de l’Afrique postcoloniale. Mais il ne peut y avoir d’identité républicaine digne de ce nom en France sans la critique, au sens kantien du terme, du long passé impérialiste français mis en  place en vérité par Louis XIV, fondé depuis le Code Noir sur une dévalorisation  de  l’autre, une hiérarchie des races et des cultures, reprises par Bonaparte et les républiques qui  suivront. Conduisant hier Jules Ferry à parler de civilisation supérieure et aujourd’hui Nicolas Sarkozy à   exclure les Africains de l’histoire. Cette histoire de la France  détermine dans le présent ce qui subsiste de « colonialité » dans le pouvoir ainsi que de mépris de l’autre dans l’identité collective. Il existe  donc un  impensé de tout cela qui explique en grande partie  l’islamophobie en France. Un républicanisme conséquent, sans tomber dans on ne  sait dans quelle repentance, devrait produire une telle critique et valoriser ce qu’il y a de grand dans l’histoire de France, quand sa culture éclaire l’humanité,  quand ses luttes entraînent d’autres peuples sur le chemin de la libération et non quand elle se lance dans des aventures impériales et que son président ne se sente heureux que quand il se montre comme chef des armées, surtout en Afrique.

Mais plus fondamentalement, il  y a un impensé qui taraude  toute constitution du politique, une sorte d’impensé libidinal qu’Ernesto Laclau avait perçu  et qui fonde sa théorie  du populisme que bien sûr nous ne partageons pas. Comme le dit Régis Debray dans Allons  aux faits, la politique nous  empêche de  saisir le politique. Le  spectacle  politique que nous donnent les primaires, aussi bien à droite qu’à gauche, mérite un  Aristophane pour le décrire.  C’est  qu’il cache quelque chose du politique qui n’est pas vraiment élucidé. Or, si nous avons fait référence aux années trente, c’est qu’aujourd’hui il est grave que les questions d’identité et de religion insiste tant dans l’espace public. Il faut aller plus loin et comprendre pourquoi. Nous nous proposons donc de donner notre point de vue sur ces questions dans de  prochains  articles : 2- Le sens du politique ? 3- intégration et assimilation 4-Le moment  Mélenchonien (Mélenchon est-il populiste ?)

 

 

 

 

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