De l’excès. Réponse à Madame Hélène Passtoors.

Chère Madame Pastoors,J’ai eu connaissance de votre intervention dans le débat qui nous oppose aux propos de Dannick Ibrahim Zandronis, de votre texte que ce dernier publie dans son journal en ligne CCN comme un trophée de guerre (à lire ici sur Mediapart, et là sur CCN).

Chère Madame Pastoors,

J’ai eu connaissance de votre intervention dans le débat qui nous oppose aux propos de Dannick Ibrahim Zandronis, de votre texte que ce dernier publie dans son journal en ligne CCN comme un trophée de guerre (à lire ici sur Mediapart, et sur CCN). Je tiens à vous féliciter en un premier temps pour votre participation à ce débat car je suis de ceux qui pensent que la contribution de non Guadeloupéens à nos controverses est chose positive et je condamne ceux qui pensent que des Européens sont toujours suspects de « colonialisme » quand ils osent le faire. Cela dit, je voudrais vous communiquer les graves désaccords que j’ai avec vous.

1. Je suis tout d’abord étonné du fait que les proclamations de Zandronis ne vous choquent pas. Pourtant il dit des choses graves : que la  recherche historique doit se soumettre à la censure de ce qu’il nomme le « camp patriotique » ; qu’un « Blanc-France », toujours suspect potentiellement, doit se soumettre à la ligne de son propre camp (tout à fait minoritaire, je dois vous le souligner, dans l’opinion guadeloupéenne) ; qu’il prononce (qui lui a donné cette légitimité ?) l’exclusion de notre pays de l’historien Jean-François Niort ; plus grave, étant musulman chiite, Zandronis, qui soutient sans doute la fatwa (c’est-à-dire la condamnation à mort) prononcée il y a de cela très longtemps contre l’écrivain Saldam Rushdie, désigne l’historien comme devant être traité de la même manière. Qu’est-ce cela signifie ? Zandronis ne dit pas explicitement qu’il veut la mort de l’historien mais comment le petit groupe de djihadistes de Guadeloupe pourrait-il interpréter ces proclamations ? Ces propos sont donc d’une gravité  extrême et Zandronis peut être poursuivi devant les tribunaux pour incitation à la haine raciale et menaces. Vous m’accusez de « charge à haute tension »contre Zandronis. Mais de quel  côté est donc l’excès ?

Je reste persuadé que si quelqu’un prononçait de telles menaces en France ou en Belgique cela soulèverait l’indignation générale et il serait à juste titre traité de fasciste. Comme on dit en créole, ce qui est bon pour les oies ne serait-il pas bon pour les canards ? Vous introduisez donc la une exception concernant notre pays de Guadeloupe. De quel droit ? L’écrasante majorité des historiens guadeloupéens de même que la section locale de la Ligue des droits de l’homme ont vigoureusement condamné les affirmations graves de Zandronis. Pourquoi ne le faites-vous pas ? Cette exception que vous prononcez pose problème. J’ai vu des Européens anticolonialistes soutenir les dérives graves concernant les droits humains commis dans le camp anticolonialiste sous prétexte de ne pas faire le jeu du colonialisme. Ils ne se rendaient pas compte que l’exception qu’ils exprimaient était de nature parfaitement colonialiste. Jean-François Niort a peut-être raison de faire remonter cette théorie de l’exception au Code Noir. Imaginez qu’un Zandronis –s’il avait eu les moyens intellectuels– écrivait un livre dénonçant le mythe de la Résistance en France comme l’a fait un historien américain, et que Marine Le Pen exigeait son exclusion de France. Auriez-vous toléré de telles menaces ? Les Guadeloupéens qui jouissent à égalité avec Niort de la citoyenneté française auraient à juste titre exigé leur droit de se déplacer en France métropolitaine comme ils  l’entendent. Pourquoi la réciproque n’est-elle pas légitime ? Vous avez une étrange conception « exceptionnaliste » du droit ! D’où cela vient-il ?

2. Que certains historiens européens, selon ce que vous dites de votre expérience de l’Afrique du Sud, aient travesti l’histoire de cette région du monde, cela est fort possible et vous avez eu raison de les dénoncer. J'ai eu l’occasion de le faire moi-même. Je ne cesse de critiquer ce que j’appelle l’ « inconscient colonial » du républicanisme français. Cela peut même travailler la conscience d’intellectuels français de gauche ce qui a sans doute produit l’erreur de certains ces intellectuels les conduisant à soutenir la Révolution iranienne et l’Ayatollah Khomeiny  (maître à penser de Zandronis). Ce fut la grave erreur de Michel Foucault. Tout comme Sartre, croyant soutenir les mouvements anticolonialistes, fait, dans sa préface aux Damnés de le terre de Fanon, un éloge immodéré de la violence, non pas comme chez les marxistes-léninistes de la violence comme moyen de lutte, mais la  de la violence comme fin en soi, ce qu’avait bien relevé  Hannah Arendt dans son texte sur la violence. J’ai eu l’occasion d’en faire la critique dans un colloque sur Fanon à la Havane devant un parterre je dois dire quelque peu médusé !

Mais cela ne peut pas vous conduire à considérer tous les historiens français d’être suspects de colonialisme. Il faut juger sur les écrits et sur les actes. Jean-François Niort, que je connais, n’a rien d’un colonialiste et il a milité pour la reconnaissance de l’esclavage comme crime  contre l’humanité, il se bat avec Zandronis pour les réparations et il est membre du conseil  scientifique du Mémorial ACTe. Vous vous trompez  – du moins est-ce mon avis– quand vous affirmez qu’on ne peut pas inscrire l’esclavage dans un rapport classique de domination comme le faisait Marx (maîtres/esclaves) et pour vous il faudrait le remplacer par le rapport  maître/animal-chose. Cela ne correspond ni à la réalité historique ni à la logique la plus élémentaire même si on peut l’utiliser dans le registre de la propagande politique. Le mot latin res, comme vous le savez, ne signifie pas  forcément la chose matérielle comme la pierre par exemple. C’est le cas de la res publica, la chose publique. Pour nous, contemporains, qu’un homme soit vendu comme une marchandise c’est le considérer comme une chose. Mais  quand Boko Haram s’empare de jeunes filles pour en faire des esclaves sexuelles, il sait bien qu’il n’a pas affaire à des pierres ou à des casseroles sinon quel usage sexuel pourrait-on en faire, même si on peut admettre que les pratiques sexuelles des hommes sont d’une variété étonnante. Quand Sartre dit que le regard d’autrui m’objective, que le discours raciste est une réification de l’autre, cela signifie qu’on réduit là ma liberté, ma transcendance pour utiliser le langage sartrien et non qu’on me réduise en pierre. Quand Hobbes dit qu’à l’état de nature l’homme  est un loup pour l’homme, ce n’est qu’une image car jamais le loup n’est un loup pour le loup. Les animaux ne se font pas la guerre. On peut dire d’un homme qu’il est bestial, mais jamais un  animal n’est bestial.

En conséquence, l’esclavage fut, avant le développement du prolétariat, le mode d’exploitation de l’homme par l’homme le plus répandu, partout dans le monde et surtout en Afrique avec –on le sait aujourd’hui– l’existence de véritables Etats et Empires esclavagistes. Dans aucun de ces systèmes esclavagistes, l’esclave n’a été considéré comme une bête ou comme une chose matérielle. D’où la grande variété des tâches ordonnées aux esclaves. L’esclavage n’est pas la suppression de l’humanité de l’esclave mais son déni grave d’humanité consistant à la réduction optimale de son humanité sans pour autant la supprimer, sinon il deviendrait inutile comme ces Juifs partant en fumée dans les cheminées d’Auschwitz. Ainsi, avant ce qu’on appelle la Révolution des droits de l’homme, presque toutes les cultures du monde considéraient que l’esclavage était un phénomène naturel. Au début du XVIIe siècle, la pensée occidentale chrétienne est sous l’influence –depuis Saint Thomas d’Aquin– de la pensée d’Aristote qui considère qu’il y a une hiérarchie entre les hommes, certains hommes étant naturellement destinés à être esclaves. L’esclave est l’homme inférieur. Pour des raisons complexes qui ne peuvent être étudiées ici, les Rois de France interdisent l’esclavage sur le territoire français. Avec les nouveaux territoires coloniaux qui doivent être gérés en Amérique, apparaît alors une contradiction interne au droit royal français. Le Code Noir est la résolution juridique de cette contradiction. C’est une exception à la  règle mais les rois voulaient introduire une médiation entre le maître et l’esclave. Cela était peu respecté par les maîtres qui étaient d’une extrême férocité avec leurs esclaves.

Vous dîtes que tout cela c’est de la chicanerie, l’important est de reconnaître que ce fut un crime contre l’humanité. Mais qui a dit le  contraire ? Reconnaître un tel crime et sa gravité ne doit pas bloquer la recherche historique. Pourquoi ? Si le maître était un démon absolu et l’esclave une chose matérielle absolue, il n’y aurait pas eu de société créole et l’esclavage n’aurait pas duré deux siècles. En Guadeloupe, le rapport Blancs/Nègres était de un à dix. Comment un tel système a-t-il fait pour perdurer ? Le Code Noir, en donnant certains espaces de liberté, très maigres, aux esclaves, permettait une complexification de nos sociétés esclavagistes des Amériques. Ce n’est pas le lieu ici de développer tout ceci mais c’est un véritable objet d’études pour les historiens, ce que je ne suis pas. Je crois sincèrement que c’est l’étude d’une telle complexité qui nous permettrait de mieux comprendre comment s’est opéré, à l’abolition de 1848, le passage à la liberté et à la citoyenneté, comment le lien social produit durant l’esclavage a investi le champ politique et l’espace public, et ce que cela détermine aujourd’hui, aussi bien de ce qui reste des pratiques coloniales actuelles que de tout ce qui peut constituer aussi un blocage dans la poursuite de l’émancipation telle par exemple l‘idéologie de compère lapin très présente dans le conte antillais et qui consiste en l’éloge d’un individualisme où chacun essaie de s’en sortir comme il peut en rusant avec la loi et avec les principes, ce qui est un affaissement de la raison morale au profit de la raison instrumentale. Certes il existe aussi des résistances positives au système esclavagiste mais il serait intéressant que quelqu’un écrive une thèse sur: « L’histoire du kompèlapinisme en politique aux  Antilles françaises ». Le cas Zandronis s’éclairerait en même temps d’un regard nouveau. Voilà pourquoi, bien avant Jean-François Niort, des amis haïtiens et moi avons combattu les thèses de Sala Molins et attiré l’attention sur le fait que le Code Noir, tout inhumain qu’il fût, introduisait une médiation entre le maître et l’esclave. De plus, j’ai formulé une hypothèse –encore timide je j’avoue– selon laquelle l’esclavage aux Amériques serait la première forme de mise en place d’une biopolitique, pour reprendre un terme de Foucault. Selon ce dernier, c’est avec le capitalisme mondialisé que se met en place un pouvoir  biopolitique visant à façonner une nouvelle subjectivité. Selon moi –mais je peux me  tromper– ce qui distingue l’esclavage traditionnel de l’esclavage aux Amériques, c’est que le capitalisme mercantile naissant a une visée biopolitique sur l’esclave. Il ne s’agit pas de le tuer, ce n’est pas une problématique génocidaire. L’habitation esclavagiste n’est pas un camp d’extermination. Il s’agit surtout de le maintenir en vie  pour l’exploitation mais de produire une nouvelle subjectivité effaçant celle des tribus ou ethnies traditionnelles et faisant de l’esclave un être déshumanisé mais se courbant sous l’exploitation inhumaine qui lui est faite. Cela signifierait que de nos jours le pouvoir biopolitique n’est pas un esclavage au sens strict mais un grave danger qui nous menace tout de même quant à notre humanité. Le système de domination mondiale actuel ne repose plus seulement sur la domination du prolétariat mais sur celle de la vie de l’homme, système biopolitique, qui fait triompher une « nouvelle raison du monde » qui ressemble étrangement à ce que j’ai nommé le kompèlapinisme. Mais tout cela reste à démontrer.

3. Pour justifier l’idéologie mémorielle qui constitue un véritable obstacle épistémologique, aux Amériques comme en Afrique, au développement de la recherche scientifique, vous dîtes qu’il faut tenir compte du point de vue des victimes. Qui sont ces victimes dont vous parlez car il y a 170 ans que l’esclavage est aboli ? Sans doute voulez-vous parler des « descendants des victimes de l’esclavage ». Soit. Tenez-donc compte de mon point de vue car je suis comme Zandronis descendant d’esclaves. Vous avez là deux points de vue contraires. Comment allez-vous trancher ? En disant que Zandronis est plus descendant d’esclaves que moi ? Ou en disant que je n’ai rien compris ? Et que penser  de tous ces descendants d’esclaves de la classe moyenne antillaise, amateurs de champagne de luxe, d’automobiles spectaculaires, jouissant des mêmes droits que tous les Français. Et de tout ce peuple guadeloupéen qui à 90% ne veut pas se séparer de la France ? Et de toutes ces pratiques à la Zandronis du « camp patriotique » qui finissent par rendre l’idée d’indépendance nationale ultra-minoritaire ?

Ensuite, vous faites référence aux débats ayant opposé dans les années 60-70 en Afrique du Sud, des historiens africains à des historiens blancs et vous défendez l’histoire africaine d’un point de vue africain. Or, l’africaniste professionnelle –c’est ainsi que vous désignez– semble ignorer que ce sont beaucoup de ces pseudo historiens africains qui ont bloqué les recherches historiques concernant l’esclavage en Afrique. Une nouvelle génération d’historiens et d’intellectuels africains ont mené une lutte contre la génération précédente, contre ces obstacles mémoriels africanistes, c’est-à-dire le même combat que nous menons, des Guadeloupéens et moi, contre l’obscurantisme d’un Dannick Ibrahim  Zandronis, revendiqué dans une pratique sectaire et fondamentaliste. En 2012, j’ai participé moi-même avec eux à un colloque sur le thème « Exposer l’esclavage ». Il y avait des gens comme Doudou Diene, Ibrahima Thioub, Achille Mbembé et bien d’autres. Voilà ce qu’écrit Ibrahima Thioub dans sa préface au livre très important, Etre esclave, de Catherine Coquery-Vidrovitch et Eric Meynard :

« Il est important de rappeler que c’est ce silence des historiens professionnels sur quelques dimensions de la traite atlantique et leurs approches peu audacieuses de certaines questions qui ont ouvert la brèche dans laquelle s’est engouffré l’ouragan mémoriel » (…)

Pour l’historien africain c’est cet « ouragan  mémoriel » qui bloque l’avancée des études sur l’esclavage. « Aucune des sociétés contemporaine issues du monde atlantique n’échappe aux défis posés par  cette dynamique mémorielle qui questionne et met en cause les savoirs historiens ». De plus pour Ibrahima Thioub, « une certaine approche ‘postcoloniale’ (celle que vous semblez défendre) qui a renoncé aux causes sur la longue durée, n’aide pas non plus à faire la part de choses entre savoirs historiens et discours mémoriels. En ce sens pour l’auteur, « les mémoires africaines de la traite atlantique principalement et européennes subsidiairement, ont joué un rôle central dans le voilement du rôle de ces acteurs africains » en conséquence pour Thioub :

« L’écriture de l’histoire bien comprise n’a ni sexe ni nationalité, encore moins une couleur de peau ».

Voilà chère Madame, ce que cet historien africain, Professeur d’histoire à l’Université Cheik Anta Diop de Dakar affirme, ce qui va à l’encontre de vos propos.

5. Enfin vous affirmez que je « manque de nuances et surtout d’éléments concrets pour comprendre la teneur de la polémique ». C’est tout de même fort ! Prétendez-vous connaître la situation guadeloupéenne mieux que moi ? Puisque nous sommes correspondants sur Mediapart, la prudence voulait que vous m’interrogiez d’abord sur ce que je pense sur ladite situation avant d’intervenir de manière aussi aventureuse dans un tel débat. Je suis un vieux militant et je ne vais pas vous raconter toute mon histoire. Sachez que je connais bien Zandronis. Dans les années 80, lui et moi avions créé un journal indépendantiste, Jougwa, car nous voulions introduire une voix critique chez les anticolonialistes. Le principal parti indépendantiste de l’époque était contre et nous avions reçu de sérieuses menaces pour que nous fermions notre journal. Zandronis fut agressé physiquement par les militants de ce parti et ces derniers, une nuit, ont procédé au saccage de notre local et au vol de notre matériel. Toute la rédaction, Georges Trésor, Raoul Serva, Armand Bastide (époux de Caroline Oudin-Bastide, décédé depuis) et moi avions condamné avec vigueur une telle agression. Peu de temps après, Zandronis nous a trahi et s’est rapproché de l’UPLG ( je doute que l’UPLG d’aujourd’hui cautionnerait de telles pratiques) pour créer un nouveau journal, Magwa. L’individu Zandronis est bien connu ici et n’est guère apprécié, même pas par ses camarades  dudit camp patriotique. Je critique Domota quand je l’estime nécessaire mais je ne le range pas dans la même catégorie que Zandronis. Le leader de l’UGTG sait aussi mener des luttes légitimes notamment aujourd’hui contre  la construction du nouveau port de Pointe-à-Pitre alors que la grande majorité des « souffrants victimaires » se taisent sur ce grave problème.

Mais si vous voulez connaître les tenants et aboutissants de toute cette histoire, je vous les donne : depuis 2010, Jean-François Niort expose sa thèse, dans des articles et des conférences. Cela n’a choqué pratiquement personne et il a même été intégré dans le Mémorial ACTe et dans le mouvement pour les réparations. Qu'y-a-t-il de nouveau aujourd’hui ? Pourquoi est-ce maintenant qu’on s’en prend à Niort ? Le camp dit patriotique depuis 2009 n’a pu empêcher la victoire massive du socialiste Victorin Lurel. Les dernières élections l’ont encore confirmé. En conséquence, il s’agit maintenant de chercher à battre Lurel. Comme celui-ci préside le Mémorial ACTe, les militants patriotiques veulent créer un événement pour saboter la journée de commémoration du 10 mai prochain qui se déroulera en présence du Président Hollande. Certains pensent faire démissionner Niort et développer une sorte de haine victimaire en Guadeloupe, pensant par ce biais faire tomber Lurel. Je ne défends ni le Parti socialiste ni Lurel mais tout cela me semble de la basse politique politicienne qui affaiblit le devoir de mémoire et Jean-François Niort n’en est que le pauvre bouc-émissaire !

Je pourrais encore développer davantage sur les délires mémoriels, les crises identitaires, qui sont l’expression d’un mal qui ravage bien des régions du monde. Mais je ne veux pas abuser de votre patience. Je voudrais poursuivre cette discussion avec vous car ce qui caractérise ce que certains appellent mon excès, c’est la volonté que j’ai de rompre avec la tendance que nous avons chez nous de laisser se développer un type de discours sans intervenir, ce qui est une forme de Kompèlapinisme ! Cela bloque le développement d’une authentique société civile guadeloupéenne s’autonomisant par rapport à la France métropolitaine. Il me semble que ces délires mémoriels ont une dimension pathologique or on ne peut conduire tout un peuple sur le divan d’un psychanalyste. Que reste-t-il alors ? Paul Ricoeur dans La mémoire, l’histoire, l’oubli, s’inspirant du premier Habermas, affirme que la seule solution dans de tels cas réside dans le débat public. Voilà pourquoi j’essaie de forcer le débat dans l’intérêt de la Guadeloupe. Est-ce de l’excès ? En tout cas, j’ai trouvé excessif de votre part d’affirmer à la fin de votre texte que vous n’avez pas encore lu le livre de Niort dans le même temps où vous vous prononcez contre lui. Etrange pour une historienne professionnelle !

Je reste persuadé, chère Madame Passtoors que les exigences mémorielles, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles soient, ne doivent pas entraver la recherche ni les savoirs historiens. C’est une exigence épistémologique bien sûr mais aussi un impératif moral et politique. J’attends donc votre lecture du livre pour pouvoir continuer d’échanger avec vous.

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