Ti-Sarko s’en va et Monsieur Nobody triomphe

A peine avions-nous voulu, il y a une semaine, inscrire Ti-Sarko dans l’histoire en faisant de lui un personnage d’une  sorte de conte créole, qu’il se retrouve aujourd’hui brutalement éjecté de l’histoire. Nous nous sommes  trompés. Mea culpa donc. Nous avions oublié que l’histoire traîne toujours derrière elle ses poubelles et qu’elle aime de temps en temps se faire une beauté même à coup de karcher. Les Africains peuvent bien rigoler.

A peine avions-nous voulu, il y a une semaine, inscrire Ti-Sarko dans l’histoire en faisant de lui un personnage d’une  sorte de conte créole, qu’il se retrouve aujourd’hui brutalement éjecté de l’histoire. Nous nous sommes  trompés. Mea culpa donc. Nous avions oublié que l’histoire traîne toujours derrière elle ses poubelles et qu’elle aime de temps en temps se faire une beauté même à coup de karcher. Les Africains peuvent bien rigoler.

 Ti-Sarko doit maintenant s’éclipser, abandonnant comme  il le dit ses « passions publiques » pour ses « passions privées ». Il emprunte désormais, non pas les voies publiques, mais les chemins détournés, ce qu’en créole on nomme  les  Chimin chyen, (chemin des chiens), chemins de traverse en quelque sorte mais qui ne sont pas  tout à fait ce que les Allemands nomment Holzwege      (chemins qui rentrent dans le bois mais  qui s’y perdent). Titre d’ailleurs d’un livre de Heidegger    qui est traduit en français sous le  titre  de Chemins qui ne  mènent nulle part. (Le bruit court que pour son départ, Fillon –sur les conseils clandestins de Macron- aurait décidé de  lui offrir  ce livre  du philosophe allemand, mais nous n’avons pas pu vérifier  une telle  information).

Notre pauvre héros quitte donc le pouvoir et s’en va seul, vers un nouveau destin. Comme dirait Hésiode, il marche mais il  marche vers rien car les dieux ont caché ce qui fait vivre les hommes. Sur les chemins poussiéreux, il pense au récit de la Genèse et se demande si lui aussi n’est pas que poussière car au fond il sait bien que toujours, demain, la terre reste à la terre. Y aurait-il une dimension tragique dans la passion de Ti-Sarko ? En tout cas, il n’emprunte ni une bicyclette, comme le fit une ministre démissionnaire, ni une moto comme pourrait le faire un président normal à son départ ni non plus un cheval comme le ferait un nouveau  président sans nom imitant, le héros du western de Tony Valerii, My name is nobody. Il s’en va seul, à pieds, comme Œdipe aveugle quittant Thèbes ou Saint-Paul sur les chemins de Damas. Peut-il  encore avoir une illumination ? Sans doute, mais on ne peut croire qu’elle puisse être de nature politique. Toutefois,  on ne sait jamais. Nous serions très  attristés de devoir écrire un jour : « le retour de Ti-Sarko ». Peut-être, par les  temps qui courent, une illumination religieuse ? Nous voyons mal Ti-Sarko en moine ou en Saint-Nicolas ! Disons plutôt une illumination dans ses « passions privées » mais là, il faudrait une autre écoute  que la  nôtre. En attendant, le  Nicolas aux passions tristes, dans une solitude terrible et une nuit aveuglante, rêvant d’aspirateur sinon de karcher et  pensant à son ancien collaborateur, creuse son sillon pour aller...vers où ? Vers son Ithaque bien sûr, dans cette France par lui dangereusement brunie,  en direction de son lieu privé où l’attendent un bruit de casseroles et l’odeur  des  frites et où l’espère, sur le parvis de  sa demeure, Carla sa frétillante Pénélope.  Et là il apprendra que s’il y a des allers à Ithaque, les retours d’Ithaque sont toujours difficiles. Il n’y a que des Fillon à savoir creuser les sillons d’un tel espoir, quitte à emprunter les chimin chyen. Ti-Sarko n’ira donc plus jamais à l’Elysée. Mais un autre palais peut l’attendre.

Nous disons donc adieu à Ti-Sarko mais subitement un doute nous assaille. Avons-nous vraiment bien pensé la « passion de Nicolas » ? Celle-ci n’aurait-elle pas un sens historique ? Ne serait-ce que dans une négativité à la mode hégélienne : la  ruse de la raison c’est quand celle-ci utilise les passions des hommes pour arriver à ses fins. Et si Ti-Sarko avait accompli une œuvre, même  basse ? Serions-nous bien allés aux faits ? N’aurions-nous pas eu une vision trop politicienne de la politique ? Car comme  l’écrit Régis Debray dans son livre  Allons aux faits (Gallimard) : « La politique nous  cache le politique comme les  joies de la  baignade le cycle des marées ». Les forceurs d’histoire dit-il aussi, sont toujours un peu zinzins. Mais, ici, on pourrait nous faire  cette remarque :

Arrêtez ! Qu’aurait donc forcé Ti-Nicolas ? Vous n’allez tout de  même pas le remettre  dans l’histoire d’où on vient de le chasser !

Eh bien oui, un peu ! Car nous prenons au sérieux ce que dit notre ami Régis : « Le plafond de possibilité des inventions politiques est plus bas que ce qu’on aime à penser, afin de jouer de son mieux sur les variations de l’invariant (…) C’est le jeu de la politique précisément, que de déployer tout l’éventail des traitements possibles de l’invariant »

-Poursuivez plutôt votre ti-conte antillais sur Sarkozy et cessez d’être obscur avec vos références à Debray. C’est quoi cette histoire d’invariant ?

« On m’a appelé  l’obscur et mes propos étaient de mer ». Nous ne savons pas pourquoi nous viennent à l’esprit ces paroles de Saint-John Perse, poète d’origine guadeloupéenne et que Pétain déchut  de  sa nationalité française. C’est que nous parlons d’Outre-mer  et les divers récits identitaires proposés de la Mère-patrie nous interpellent. Nous préférons la pêche en mer aux joies de la baignade. Nous sommes plus observateurs des mouvements des marées d’autant plus que, sous nos latitudes, ils sont de faible  amplitude. Ainsi, nous sommes très attentifs aux permanences, sans doute à ce que Debray nomme des « invariants ». Cet écrivain nous a appris que le religieux subsiste en France pays pourtant dit le plus athée. Ce que sans doute Emmanuel   Todd désigne par le terme de  catholicisme zombie, dont du reste selon lui Hollande serait issu.

Pour donner un exemple, le roman national enseigné à l’école a-t-il vraiment varié de Jules Ferry à François Fillon en passant par Sarkozy ? Notons que des « Gaulois » de Ti-Sarko à la refonte des manuels scolaires voulue par Fillon, il y a bien une évolution dans la permanence,  mais en pire. C’est d’une part une falsification de l’histoire de France et d’autre part un récit qui exclut les citoyens issus de la « diversité ». Il faut bien noter qu’avec M. Nobody, le logiciel permanent ou « invariant » d’une droite française très réactionnaire s’affirme sans complexes. M. Nobody est vraiment un personnage dangereux.

-C’est qui ce Monsieur Nobody et quel rôle joue Ti-Sarko dans l’histoire ?

Vous ne suivez pas l’actualité ? Nobody est le nom que donne Ti-Sarko à son ancien collaborateur, François Fillon. On nomme  ce  dernier tantôt le Collaborateur, tantôt M. Nobody. Monsieur personne. Reste à savoir pourquoi l’ancien président de la république nomme  ainsi  son ancien ministre. Il y a peut-être là une vérité énoncée par Ti-Sarko. Quelle peut-elle être ?

Sans doute Sarko a-t-il pensé au film de science- fiction de Jaco Van Dormael. C’est l’histoire d’un enfant qui hésite sur les quais d’une gare à suivre ou son père ou sa mère. « Ou bien, ou bien » titre d’un livre  Kierkegaard, fondateur de l’existentialisme. Son choix déterminera la suite de son existence. Doit-on en conclure que Fillon aurait connu ce choix, entre un père (lequel ? De Gaulle ?) ou une mère (laquelle : la  mère patrie vue par la  droite ?), bref, entre républicanisme et nationalisme ? S’il a mis du temps à hésiter (on ne le sait pas) ce qui est sûr c’est que Fillon a  fait le  choix définitif  de  la droite antirépublicaine. Le dilemme existentiel l’a conduit à ce que Sartre, parlant de Flaubert, nomme le « choix  fondamental ». Le choix d’une droite ultra-conservatrice fait par le prétendant à la présidence de la république est donc bien « fondamental » et il est d’autant plus dangereux que le personnage a l’air très serein tout en ayant l’air de rien. On pourrait même se demander, contrairement à Sartre pour qui chez tout homme l’existence précède l’essence, si Sarko ne voulait pas signifier que chez M. Nobody, l’essence  précéderait l’existence !

Mais il  se pourrait que Ti-Sarko ait pensé aussi au western de Valérii, Mon nom est personne, mais la chose est plus difficile à expliquer. La personne est masque et on pense au film de Bergman. Quel lien entre l’intimité profonde de Fillon et sa personnalité sociale ? Nul ne le  sait. Dans le film de Valérii, le héros veut vaincre seul la horde sauvage. Pour la droite  actuelle,    celle-ci n’est pas seulement l’ « immigré » mais aussi la masse des pauvres qui s’amplifie. Tout cela est confus et nous proposons une autre explication.

Personne, Nobody, ninguna, Pon moun en créole (Fillon sé on moun ki pon moun). On peut décliner le mot dans toutes les langues. Autrement dit, on aurait affaire là un « sans nom », une personne vide. Etrange ! On a eu un président agité, ensuite un président normal et maintenant on pourrait avoir  un président vide ? Quel est donc le destin de cette république française ? Dans ce que Marcel Gauchet nomme la quête de l’Un, aurait-elle un problème avec l’incarnation du pouvoir et cela depuis l’Ancien régime ? Souffre-t-elle à ce sujet d’une sorte de ce que Marc Richir dans Du sublime en politique appelle un « malencontre symbolique » et qui aurait aussi taraudé Robespierre sous la Terreur ? Le populisme n’est-il pas en réalité une sorte de « malencontre symbolique » ce que ne verrait pas Chantal Mouffe ? En  vérité, Fillon cherche à occuper la place  de ce qu’on appelle depuis Lacan, un signifiant  vide. Mais quel rapport au politique ?

Il faut revenir à Ernesto Laclau, sans doute  celui qui a écrit le livre le plus profond sur le populisme d’autant plus qu’on met derrière ce dernier terme tout et n’importe quoi. Pour le philosophe argentin, il y a populisme quand une série de demandes populaires se fédèrent en un désir d’identité collective. Pour cela, il faut  bien sûr, un autre, posé comme ennemi, mais aussi un fondement du lien social qui est selon lui de nature libidinale. Or, l’identité collective est toujours une construction, une identité imaginée en quelque sorte, et cela fait penser à la mère-toute de Lacan qui bien sûr n’existe pas, tout comme d’ailleurs la femme-toute de Don Juan. Mais cet impossible  a besoin d’un objet pour le représenter et qui le désignerait en quelque sorte. Autre façon de donner matière à l’absence. Pour Laclau, le parti ou le leader joue le rôle de signifiant vide dans la logique populiste.

Fillon joue le rôle de signifiant vide pour le peuple de droite. Ti-Sarko essayait de récupérer les voix du FN. Mais il a développé une république de la luxure avec maints territoires perdus.  Mister Nobody lui a fait front sur les conservateurs chrétiens. Mais il  fait plus : pour la droite populiste du FN, il peut représenter le signifiant vide car les machos d’extrême droite ont du mal à prendre Mme Le Pen pour l’objet identifiant et Philippot n’a pas la personne ou le masque pour cela. Fillon, oui et il y a là comme un mystère d’incarnation, ce que la presse n’a pas vu venir. Ainsi donc, Nobody peut-être celui  qui opère une synthèse de toutes les droites. Sarkozy en a rêvé, Fillon  a réussi. Le premier a voulu  faire  du Trump mais il n’a pas  compris que chaque droite a son histoire. Celle des USA s’appuie  surtout sur un protestantisme. Celle  de  France sur un catholicisme. Sarkozy est ainsi éliminé. Qu’il aille donc au diable ou  au bon dieu !

-Et vous voulez tout de même le faire rentrer dans l’histoire par on ne sait  quelle  petite  porte

Oui, car il a joué un rôle historique. Lequel ? Celui d’éliminer totalement de la droite française un certain républicanisme  issu du gaullisme. Il a mené une lutte farouche ces dix dernières années contre tous ceux qui pouvaient se réclamer du gaullisme et il a parfaitement réussi. Quand il était ministre de Chirac il s’opposait à notre proposition faite au HCI de  distinguer entre intégration républicaine et assimilation car en tant qu’Antillais nous ne voulions pas entendre parler d’assimilation culturelle. Devenu président, il  créa le ministère de l’intégration qu’il confia au sinistre Hortefeux. Nous démissionnâmes donc du HCI suivi en cela par Edouard Glissant. Ti-Sarko avait compris que c’est par la question  de  l’identité qu’il pouvait  éliminer une droite républicaine issue du gaullisme car celle-ci n’a jamais été au clair sur la question de l’identité. Qui reste-t-il aujourd’hui ? De Villepin ? La tâche historique de Ti-Sarko est terminée, il l’a parfaitement accomplie. Son  ancien collaborateur l’a  soutenu dans cette  besogne, de façon silencieuse comme s’il était sans nom. Aujourd’hui, il ramasse la mise ! Il n’y a presque plus personne dans la  droite française à se réclamer du programme du Conseil National de  la Résistance. Le patronat applaudit. Les ultra-libéraux triomphent.

Mais comprendre ce triomphe de la droite en France nécessite de faire un retour à l’histoire. En vérité cette droite française fut sans doute la plus puissante d’Europe depuis le XIX° siècle avec ses écrivains et ses nombreux théoriciens ayant même influencé les  nationalistes allemands. Les éléments permanents de son logiciel ? Son anti-républicanisme, depuis la Révolution française. Son racisme et sa xénophobie permanente. Son appui sur un catholicisme conservateur. (70% des catholiques sont antirépublicains au début du XX° siècle). Son enracinement dans une bourgeoisie provinciale et sur  la paysannerie, ce dernier point ayant marqué Marx dans Le 18 brumaire de Louis Bonaparte. Enfin, une forte culture impériale nationaliste justifiant tous les colonialismes. Et cela donna Vichy et après l’OAS. Elle a su accepter la démocratie à partir de Maurras mais pas la  république. C’est le logiciel  ou l’invariant de cette droite qui triomphe sous une masque nouveau (compte tenu du néolibéralisme) avec M. Nobody.

Debray nous dirait sans doute qu’il faut remonter encore plus loin, d’avant même  la  Révolution. Le connaissant, il risque de nous renvoyer à Constantin le Grand qui semble le fasciner. Arrêtons-nous simplement à Louis XIV. Peut-on trouver dès cette époque les éléments d’un même logiciel ? Avec Colbert c’est  l’époque du mercantilisme et on est très loin du néolibéralisme à moins de penser ce dernier comme une forme de néomercantilisme. Louis XIV c’est d’abord le rejet  d’un premier républicanisme, celui de la « monarchie républicaine » qui caractérise en quelque sorte Henry IV. C’est  aussi le  renouement  avec une politique impériale d’une  très grande intensité. Ensuite, c’est  une nouvelle  gouvernementalité  qui refuse toute limitation extérieure. Le Parlement  voit son rôle réduit, le Roi soleil gouverne avec ses ordonnances ou ses Codes, le Chancelier est remplacé par  un superintendant  des Finances (Colbert), l’Etat se veut  un Etat administratif et non un Etat de justice. Le Code Noir introduit une nouvelle biopolitique : on produit une « subjectivité nègre », le nègre est un humain dégradé ou inférieur, le blanc du même coup un  humain supérieur. Il y a bien là une matrice qui produira des éléments invariants : le racisme et la xénophobie, la culture impériale, la tentation de soumettre la justice ou les procureurs au  pouvoir de l’Etat. Cela ne vous  rappelle rien ? Jules Ferry le tonkinois bien sûr, lui  qui déclarait à l’Assemblée qu’il est devoir des races supérieures d’éduquer les races inférieures. Bien, mais qui déclare aujourd’hui que les Africains ne sont pas entrés dans l’histoire ? Qui veut gouverner par ordonnances et mieux assujettir les procureurs au pouvoir de l’Etat. De telles questions restent posées.

Ti-Sarko s’en va et M. Nobody triomphe à droite. Nous quittons le conte pour la tragédie. Nobody n’est pas un vrai populiste car il ne prend pas en compte les demandes populaires qu’il réduit à des demandes identitaires. Malgré tout, il affaiblit le  FN. En cas de crise très grave, les éléments d’un néofascisme sont là si Nobody et ses partisans parviennent à faire front avec ceux de Marine Le Pen. L’époque est très inquiétante et l’histoire risque de s’accélérer dangereusement. Mais le mérite de Nobody, dans sa volonté de faire passer à tout prix ses mesures ultra-libérales, est de remettre la lutte de classes à l’ordre du jour.

-Et la gauche dans tout cela ? Et Mélenchon ?

Vous voulez à tout  prix nous  plonger dans la  dépression ? Mais  vous n’aurez pas  notre désespérance. Nous continuons à réfléchir sur ce que nous appelons « le moment mélenchonien » Quant au reste, il appartient à la gauche de se dé-zombifier et d’établir  une nouvelle  hégémonie. Si Nobody devient président, l’Outre-Mer va en  souffrir. Mais qu’il soit d’ores et déjà clair que si les luttes  sociales vont  s’intensifier avec l’accroissement du chômage et de la pauvreté qui s’ensuivrait, qu’au plan culturel, il  sera hors de question que les enseignants chez nous appliquent le programme d’histoire, insultant pour nos mémoires, que pourrait nous concocter ce Monsieur Personne. Les vrais républicains de gauche devraient penser le lien social dans un autre registre que celui de Laclau et de Mouffe, non pas dans le libidinal mais dans la raison des Lumières même si  celles-ci  ont produit quelque part des ombres qu’il faut toujours détecter. Ils doivent abandonner l’obsession identitaire de l’Un, l’identité racine unique et méditer sur ce que nos écrivains comme Glissant et Chamoiseau nomment la créolité. Et si, avec la France, nous n’avons pas  fini de nous aimer, c’est que nous croyons que la France, comme elle l’a fait dans  le passé, sait être grande  quand elle abandonne ses tares, quand à partir d’une lucidité sur elle-même, elle  sait prendre le chemin de la libération en entraînant d’autres peuples derrière elle. C’est le pays dont le système social est le plus en  contradiction avec  le néolibéralisme. Nobody l’a compris. Ou ça passe, ou ça casse. La France de gauche peut-elle relever le défi en  entraînant dans la lutte d’autres peuples d’Europe ?

Durant l’Occupation, les  meilleurs de nos parents, dans tout  l’Outre-mer, ont su faire  dissidence et rejoindre le  général De Gaulle. N’oublions pas le Gouverneur  général Félix Eboué. Vous n’aurez pas notre désespérance pour une raison bien  plus simple : c’est que depuis  près de quatre siècles, dans nos îles d’Outre-mer où nos ancêtres ont, dans la danse, tenté de repenser le lien entre la terre et le ciel, nous savons comment la patrie peut être amère, nous avons toujours cherché à  donner matière à l’absence et, surtout, nous avons appris à humer « l’odeur des mers silencieuses » pour  reprendre  cette belle formule de Nietzsche.

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