LA GAUCHE HISSE LE VOTE BLANC

J’ai beaucoup aimé la une courageuse et nécessaire du Libé d’hier qui a permis d’un coup et enfin, d’agiter un débat politique atone, maintenu dans la chloroforme et le vaccin extrazeneka par les filous qui se sont insinués à la tête de l’état, de trahisons en reniements, de bas opportunisme en fol arrivisme.

A l’image de leur mystificateur en chef tant adulé par les nantis et ceux  qui sont quelque chose.
Elle dit quoi cette première page du quotidien de gauche ? : 2022 « J’ai déjà fait barrage, cette fois c’est fini » Traduction : j’ai voté au second tour en 2017 contre Marine Le Pen et le président élu s’est approprié ma voix pour appliquer une politique peut-être pire encore que celle que nous avons voulu combattre. Partant du principe que ni Les Républicains, ni la Gauche ne seront aptes à s’interposer, le même scénario menace « grave ».

Moi je ne me sens pas concerné, puisque devinant sans peine à qui on avait à faire, il était exclu dès 2017 que je vote pour une horreur pareille (d’autres mots me viennent, mais on va tenter de rester modérés ! ). Et des copains de gauche qui ont voté comme ça pour éviter la « peste brune » j’en connaissais plein. Or, à de rares exceptions près, tous ceux-là sont résolus, si ce sont les mêmes à l’affiche 2022, à aller voter blanc. On peut aussi prendre les deux bulletins et se torcher avec, ça restera blanc ! Autant dire démerdez-vous, nous on démissionne !

Et c’est alors, devant un tel noir scénario, que tous les soupeurs de la République poussent des cris d’orfraie, eux les purs, les généreux qui accusent « une partie de la gauche » d’avoir « perdu ses valeurs ». Car voilà que ces gens sans scrupules qui ont confisqué la démocratie en s’octroyant tous les pouvoirs avec moins de 20 % des inscrits au premier tour des présidentielles, entreprennent maintenant de nous donner des leçons. De valeurs par surcroît ! Oui, vous l’avez dit, on croit rêver.

On ne sait évidemment quels ravages produiraient l’avènement d’une équipe d’extrême droite notamment sur les libertés individuelles et sur les acquis sociétaux, la justice, le droit des femmes et particulièrement l’avortement, la procréation assistée, et je ne veux même pas parler de l’immigration, l’intégration de tous ceux et celles qui ont besoin de nous et que l’on devrait s’honorer de recevoir en le traitant en égal. Mais on sait bien aussi que le politique sociale ne serait pas pire que celle infligée par les extrémistes libéraux qui ne cessent d’affirmer et d’exercer le mépris de classe, la casse sociale et l’humiliation des retraités. Cette philosophie du marche ou crève, y compris à l’égard d’une jeunesse en détresse, est particulièrement répugnante et marque le reniement de toutes les valeurs – justement – auxquelles nous croyons. Culturellement. Profondément. 

Et faut-il rappeler - car tous ceux qui ont encore un peu de conscience et de lucidité politique le savent – que cette nouvelle bipolarisation - droite libérale contre extrême droite, probablement pas si éloignée du national socialisme teuton des années folles – résulte d’un calcul machiavélique (et manichéen) que ne renierait pas François Mitterrand ? L’intriguant de l’Élysée a parfaitement mesuré que son assurance « réélection » passait par la présence de sa piètre adversaire préférée. Non pour réellement la combattre, mais être sûr de la battre. Mais cette fois, les gens de gauche de bonne foi (peut-être trop rares cependant pour faire pencher la balance) ne marcheront pas.
Ils seront d’autant moins responsables d’un tel désastre que contrairement au manipulateur de l’Élysée, ils ne l’auront absolument pas voulu.

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