LA BATAILLE DURAILLE

Je me doutais que mon histoire de train qui ne montait plus dans l'Aubrac ne passerait pas inaperçue (merci pour vos messages) ! Et pas seulement parce que Zaza ne viendra pas ! Même si, à part de n'avoir point de coeur, on ne peut-être qu'affligé par une telle défection non consentie. Retour donc sur l'histoire du train et son éventuelle Révolution

Cela fit parler y compris avec mon propre frère qui lui, avait réussi à monter jusqu'à Nasbinals et avec lequel nous ne manquons jamais de nous affronter lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts du privé ou de vanter les mérites du service public. C'est la vieille querelle qui alimente les dîners de famille entre blancs et rouges, curetons et laïcards, capitalistes et collectivistes, amateurs de chasses et végétariens, amoureux des chats, partisan des chiens, ou pro et anti vaccin. C'est surtout ai-je envie d'ajouter et c'est pour cela que je l'ajoute, parce que deux frères ont pour vocation première de se chamailler. Cela ne va pas chercher bien loin, je veux dire que nous changeons bien vitre de sujet. On se cherche alors une tête de turc commune et on finit toujours par trouver. Macron par exemple ! C'est fou le nombre de frères qu'il a réconcilié en seulement trois ans !

Non mais sans rire, depuis que le socialisme dans son sens le plus large et noble a reculé, que les petits intérêts Individuels et mesquins ont progressé dans les mêmes proportions, on ne parle quasiment plus de la SNCF (comme d'EDF et la Poste dont la part publique a du plomb dans l'aile) qu'en traitant ses agents de fainéants. Surtout s'ils sont syndiqués. Enfin sauf à la CFDT où l'on casse depuis quelques années les grèves et les mouvements des petits camarades. Il n'en faut pas plus pour que cette minable bourgeoisie néo-libérale déteste le train et se mette, si l'avion de madame et monsieur n'est pas avancé, à préférer le bus Macron. Faut dire que là, chez Flixbus ou Isiline, des fainéants de syndicalistes, y en a pas. Payés avec un lance-pierre pour d'interminables journées de travail, il ne se plaignent jamais les types, sauf s'ils ont décidé de rejoindre Pôle emploi dans les meilleurs délais.

C'est donc ce qu'ils semblent aimer, les Français maintenant. Les sociétés d'actionnaires qui se gavent et exploitent des petites gens qui la ferment ! Vous le comprenez ça, vous ? Si c'est le cas n'hésitez pas, envoyez moi l'explication. Et comme je sais qu'avec Macronique je ne suis pas totalement seul, je me ferai un plaisir de la publier, pour éclairer les autres.

J'aimais, que dis-je, j'adorais prendre le train. Cela n'est plus vraiment le cas. D'abord parce que justement de train en Aubrac, y en a plus. Ensuite parce que l'envie de bouger m'a largement passé. Enfin parce que, je le concède, j'adore conduire et que lorsque l'occasion se présente d'aller faire un petit  tour en bagnole, je ne le manque pas.

Le train je l'ai pris longtemps. Il y a longtemps ! Je me souviens d'une année où j'étais parti seul à 16 ans me recueillir sur la tombe du général de Gaulle à Colombey et passer quelques jours en pension chez Natali. Ce n'était pas mon guide, mais un hôtelier - restaurateur du pays qui faisait honneur au ris de veau, aux grenouilles et aux belles eaux de vie de Lorraine.

Plus tard, il me fallut plus de vingt heures pour rallier Toulouse à Brest où je participais, dans la Marine, à l'effort de guerre de la nation, préparant la prochaine qui n'est hélas jamais venue. Car on ne m'empêchera pas de penser qu'avec une bonne guerre dans les années quatre-vingt on aurait sûrement évité Macron et la COVID. Ah ! ces journées mémorables passés dans les trains et les gares de correspondances (Marmande, Saint-Pierre des Corps, Redon...). Ces nuits ballottées et rarement ensommeillées pour rejoindre l'arsenal breton, où l'on était rarement accueillis avec le sourire. Aussi bien par le ciel qui partageait sa tristesse en nous pleurant dessus indéfiniment, que par l'adjudant qui concédait sa bêtise en nous gueulant dessus à tort et à travers. Des trains de nuit j'en fréquenterais encore bien longtemps lorsque, suivant le Rugby Club Hyèrois jusqu'en 1989, j'allais de garnisons quinzistes en fiefs basques, landais et charentais.

Tenez, j'ouvre ici une parenthèse pour évoquer un joueur, troisième ligne que j'adorais aussi bien sur le terrain que dans la vie. Bien que parfaitement amateur - comme on l'était avant, c'est à dire pour quelques billets compensateurs - il n'en demeurait pas moins un très bon joueur et si je l'aimais ce n'était pas pour ça, mais parce qu'il ne trichait pas. Va t'en voir pourquoi de Jean Prat à Eric Champ en passant par Jacques Gasc, John Jeffrey et donc Pascal Vincent, j'ai toujours eu un faible pour les troisièmes lignes ailes ? Peut être parce qu'il réalisaient des choses dont j'aurais été bien incapable. Mais bref, une grande partie d'entre vous doit se demander de quoi je parle…

Et il est vrai que je m'égare... en gare. C'est que Pascal Vincent qui me tenait compagnie (et vive-versa) quand nous rentrions de Biarritz en première classe, tout en me racontant, en y mettant le ton, le coeur et les gestes, telle ou telle campagne Napoléonienne... eh bien Pascal Vincent est un lecteur de Macronique ! Il y intervient parfois et je vous laisserai découvrir son texte - ainsi que celui d'un plus récent ami, Claude - où il nous rappelle un fait historique de la plus haute teneur, puisqu'il y rappelle l'origine du train.

Des couinements des freins lors des entrées en gare, des tressautements des essieux et de ce roulis lancinant qui vous berce, des voix nasillardes parvenant des quais étouffées dans la cabine endormie, du skaï de la baquette qui vous colle à la joue, du cliquetis du composteur sur la vitre, du contrôleur qui vous réveille alors que vous venez enfin de trouver le sommeil, des odeurs douteuses, des yeux qui piquent et de la bouche pâteuse du matin... de tout ça, je ne laisserai rien dire d'autre que : dommage !

Il y avait dans ces convois nocturnes toute une humanité. Des étudiants stressés, des troufions résignés, des cadres s'éloignant de leur famille, des sportifs en équipe, des couples énamourés, des vieux en voyage d'adieu, des séminaristes accompagnés de Dieu... On a fermé tout ça. Pas rentable ! Mieux vaut le TGV plus rapide que l'éclair, l'avion qui pollue l'air, le son et la raison... Heureusement, ils n'ont pas encore réussi à tout supprimer. Privatiser. Réprimer. Il reste encore quelques bonnes grèves pour rappeler qu'un ouvrier doit être payé, respecté et craint si nécessaire. Tout ce que Monsieur Macron, ses autocars et son joli monde libéral voudrait anéantir pour transformer chaque individu en robot de chair - mais pas trop cher - corvéable et docile à merci.

La prochaine révolution se fera peut-être par le rail. Moi, si possible, je réserve la banquette du haut dans le wagon couchette !

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