LA RÉVOLUTION JUDICIAIRE

Est-ce un mystère, je ne gouttais guère les fresques, les frusques et moins encore les frasques de Nicolas Sarkozy. J'avais même l'impression qu'il ne pouvait exister pire dirigeant politique, surtout au moment de représenter mon pays. Tout au moins pour l'idée que je me faisais de la fonction certes mais plus encore de la nature humaine.

J'ignorais alors - comment l'imaginer ? - que nous aurions à subir l'outrage, la honte d'être gouvernés comme nous le sommes aujourd'hui. De la pire des -mauvaises- manières.
L'ancien président de la République me répugnait pour de bon et je serai à jamais reconnaissant à François Hollande d'être parvenu, avec aussi peu de moyens, à m'en débarrasser. Mais pour autant je n'éprouve aucune réelle jouissance, pas même de réelle satisfaction à le voir désormais subir l'opprobre, l'humiliation suprême d'être condamné à trois de prisons dont un an ferme. Et même si l'on a compris qu'il n'irait pas encore au trou cette fois-ci, l'idée de le voir porter un bracelet électronique - rien à voir avec les diamants d'une breitling - est déjà en soi incroyable.

Après avoir échappé à plusieurs condamnation pour ses comptes de campagnes, ses affaires de sondages payés par le contribuable, bygmalion, Karachi et j'en oublie, le voici enfin redevable à la société et l'on attend de connaître non sans curiosité l'issue de l'énorme dossier libyen. Naturellement l'ancien président est présumé innocent, mais enfin son zèle à recevoir en grandes pompes son ami Mouammar sur la prairie de l’Élysée, puis de le faire buter quelques années après, refoule un peu le pâté de crabe avarié. Mais enfin, je peux me tromper et il n'y a peut-être jamais eu d'argent méprisable dans les fouilles sarkoziennes.

Ce qui est sûr c'est que si je savoure d'une manière générale que les voyous -qu'importe leur spécialité - finissent par être démasqués, jugés et condamnés (il y a dans l'entourage de l'ancien président de sales types qui connaîtront j'espère le même sort), je ne suis pas dans l'acharnement, le sadisme, la haine - dont ils sont souvent porteurs eux-mêmes -. Qu'ils paient, cela me suffit !

Mais le plus réjouissant dans tout ça, est de constater que la justice ne s'est jamais aussi bien démarquée du pouvoir et abatte, de Cahuzac à Tapie en passant par Balkani et Tron, son glaive impartial sur tous les citoyens qui, si cela dure et se confirme, finiront par accepter l'idée qu'il sont devenus enfin égaux devant la loi. Notre Démocratie, par ailleurs bien malade, aurait enfin gagné cela et s'en verrait un tantinet requinquée si ce n'est rassérénée.

Il m'a été très pénible de voir tomber dans les années Giscard, le juge Renaud, le député De Bloglie et les ministres Boulin et Fontanet, sans que jamais la justice n'inquiète ceux que tout désignait. Je pense évidemment au parti gaulliste (UDR) et à sa branche armée et mafieuse (SAC).

Et j'ose espérer que le procureur Jean-François Bohnert et ses collègues du parquet national financier auraient été aussi déterminés et efficients s'ils avaient eu cours en ce temps-là que dans les affaires Sarko. Lesquelles sont loin d'être terminées et paraissent tout de même autrement plus conséquentes qu'un simple coup de fil et quelques cachotteries entre avocats.

 

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