Ça c'est un truc, je me demande... Je me demande comment d'abord l'éducation nationale peut admettre qu'une petite bande de marmots puissent à si peu, provoquer un tel tintamarre. C'est pas compliqué dans cette école de la République qui ne compte pas plus de vingt élèves - puisqu'en Aubrac on trouve très malin de tous les envoyer dans le privé ! - il y avait autant de bruits que dans un stade de football de 10 000 personnes ! J'exagère ? Ouais, peut-être, mais alors à peine. Je me demande aussi comment ceux que l'on appelait les maîtres, mais à qui il faut donner maintenant du " professeur ", tiennent le coup tout un trimestre, puis toute une année scolaire et enfin toute une carrière. Et dire que les gens de droite les traite de fainéants et voudraient bien les achever au boulot en les y laissant deux ou trois ans de plus !
Je me demande aussi comment un corps chétif, même pas totalement formé, peut émettre des sons qui franchissent là, largement, le mur du - petit - con. Et c'est bien le problème car si même l'éducation nationale renonce à leur faire baisser d'un ton, voire quand même à l'occasion fermer aussi le clapet, ce n'est pas à la maison que les jeunes vont apprendre à mesurer leur décibel.
J'ai remarqué que, à l'école comme chez eux, les diables en culottes courtes n'éructent jamais en classe ou dans le salon de papa et maman. Non, il faut qu'ils sortent. Ils sont de mœurs étranges mais partageuse et entendent bien en faire profiter les voisins. Je dis ça par expérience. J'en ai joui tout l'été. A l'origine, je m'étais installé dans l'Aubrac parce que depuis un demi-siècle je fantasmais son silence. Il y avait tout pour réussir ce vœu d'abstinence sonore. L'autoroute à vingt cinq bornes, l'altitude (plus de 1000 mètres au-dessus du tumulte) et le goût des autochtones pour la discrétion, voire même le secret.
Hé bien banco ! Le seul coin où il ne fallait surtout pas aller se fourrer, je m'y suis installé. Et là, je vous jure, nous étions dans la caricature. A n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, un peu plus bas ou sur ma droite en deux endroits distincts, ce fut un concours non stop de piaillements, de rugissements, de pleurs, de rires, de vagissements hystériques.
Même fenêtres fermées - en plein été, ça fait plaisir ! - bouchons d'homme de pistes d'aéroport dans les tympans, l'indicible vacarme me poursuivait. J'ai même pensé mourir mais à quoi bon, tel l’œil de Caïn, les cris m'auraient accompagné dans la tombe ! Et lorsque je sortais, je faisais en sorte d'étudier les horaires des uns et des autres pour ne pas me retrouver avec une criaillerie en stéréo. Alors bon, ma patience atteignant ses limites, alors que je ratais justement l'un de ces créneaux de répit et que je tremblais sous les hurlements, je me pris à en faire de même et sans ménagement je l'admets, car lorsque les nerfs lâchent...
C'est alors que l'un de ces pères ahuris, vint me voir me demandant s'il y avait un problème avec ses enfants ! J'en fus abasourdi. Et c'est là qu'on se dit qu'avec une telle génération de parents il n'y a aucune chance que l'on se sorte du pétrin éducatif et culturel dans lequel on s'englue. "Je n'ai pas de problème avec vos enfants - lui ai-je rétorquais lorsque j'ai pu sortir un son - j'ai un problème avec les enfants qui gueulent..." La conversation tourna court, les gamins se sont sentis confortés par l'acte héroïque du papa venu me prendre pour un con en leur présence et ainsi avons nous mis fin à nos relations.
Quelques mois avant, je lui avais pourtant expliqué que lorsqu'ils étaient dehors et que le vent portait vers le voisin, il y avait plus de bruit chez ce dernier que dans le jardin d'où il provenait. Il n'avait pas intégré le principe. Lorsqu'il m'avait objecté que ce n'était que des enfants, j'avais répliqué que justement c'était à leur âge qu'il devait apprendre à mesurer leur ardeur, à respecter les autres. Un enfant qui gueule, gueulera toujours. Et ce n'est pas parce qu'on gueule qu'on a raison. Bon il y a des exceptions, Hitler faisait fureur dans les années trente avec ses discours et, plus prés de nous, il y a le fameux révolutionnaire En Marche vociférant, les yeux exorbités : "Ce que je veux gagner, c'est que vous, partout, vous alliez le faire gagner ! Parce que c'est notre projet..." Cela n'avait ni queue ni tête et nous nous étions bien marrés, mais à l'arrivée ce fut la démonstration que malheureusement ceux qui gueulent, peuvent aussi finir par gagner...
Quant à moi qui n'ai d'autre ambition que d'avoir la paix, il ne me reste plus qu'à déménager. Je cherche une hutte loin des gosses enragés, si vous en connaissez une... Mais voici qu'à l'instant on m'apprend que l'US Navy a fait breveter, il y a déjà quelque temps, une machine portant le doux nom de handheld acoustic hailing and disruption (AHAD). son principe est de renvoyer en temps quasiment réel les bruits émis à son auteur et de le perturber suffisamment pour lui clouer le bec. Je vais regarder s'il est déjà disponible sur amazon !