GAINSBARRE-TOI !

On a copieusement rendu hommage hier à Serge Gainsbourg pour le trentième anniversaire de sa libération. Et si ça intéressait qui que ce soit, j'ajouterai mes louanges aux autres. Car bien que n'ayant jamais pris parti, il était de ces insoumis par nature, sachant contester ce qui doit l'être et remettre en cause tout le reste

Ce que l'on a appelé depuis, la pensée unique. L'ordre moral. Le port de la ceinture, du masque et de la langue de bois obligatoire. Fils d'exilés russes ayant fui le bolchevisme, il n'était évidemment pas communiste ; persécuté pendant la guerre, réfugié dans la Creuse en tant que juif, il ne pouvait non plus être de droite. Du coup, il se fit anticonformiste, anarchiste à bien des égards. Provocateur absolu. De génie.

Et je suis bien de ceux qui clament qu'elle nous manque sa tête de chou et qu'il en faudrait encore quelques-uns de cette dimension sur les plateaux-télés et les scènes de spectacles. Son œuvre musicale qu'en toute bonne foi on ne peut que situer en premier, n'était pas desservie par des textes également très écrits. Et souvent avec la force et l'illumination des grands poètes surréalistes. Précis, ciselés, divins. Miraculeux. Quant à ses interprétations, tout en nonchalance, en cadence, d'un charme indéfinissable - lui qui trimbalait une stupéfiante laideur - il emballait à peu près tout ce qu'il voulait et ne s'en dispensait d'ailleurs pas. On pense évidemment à Bardot - mais il n'avait là en vérité pas vraiment d'exclusivité -, Deneuve - dont il avait écrit que c'était de l'occasion !-

Car ce qui se dessina en contrepoint de l'insaisissable artiste, c'est une formidable goujaterie. Un art consommé de provoquer les colères, voire les haines de beaucoup, l'incompréhension de la plupart. Et c'est ici même que je vous pose la question et que je la formule aussi à l'adresse des médias qui l'ont encensé : qu'aurait-on dit, pensé et même fait de Gainsbourg de nos jours ?

Ce que je retiens de lui de plus fou, sans en ressentir de trouble, moins encore d'indignation, c'est ce " I want to fuck you " adressé à Whitney Houston en plein dimanche après-midi devant les mémères et les pépères médusés (pour ceux qui avaient compris le message). Ah bon ça ne se dit pas ? Ce n'est pas convenable ? Toujours est-il que c'était Gainsbourg et que la terre ne s'est pas arrêtée de tourner - ne tourna pas plus mal - ou bien pas à cause de cette déclaration d'amour un peu crue à la sublime américaine. J'aurais bien écrit qu'elle n'en est pas morte si elle aussi ne nous avait pas effectivement quittés, dans la fleur de l'âge !

Ce sont de telles intempérances qui lui valurent le surnom de Gainsbarre lorsque le paquet de gitane et le zippo habilement bloqués dans une main, il écuma les plateaux et les scènes complètement démoli par l'alcool. Lorsqu'il n'allumait pas la clope d'un geste systématique et névrosé, c'était un billet de 500 balles chez Anne Sainclair. Pour expliquer que le fisc lui prenait l'essentiel de ce qu'il gagnait. Le pauvre !

Là, il prenait un peu les gens pour des cons, mais bon, c'était lui. Après avoir quasiment copulé devant la caméra avec sa fumeuse Jane, avant de récidiver avec l'énigmatique Bambou, il pressa aussi un drôle de lemon incest avec la petite Charlotte. Tous un peu sidérés, on se demandait alors si c'était du vice, seulement de l'ivresse ou bien alors un peu des deux. Beaucoup. Et ne vous en déplaise cela restait beau.

Moins tout de même qu'Aux armes et cætera, cette Marseillaise en reggae (enragée) où il osa défier ces anciens combattants d'une patrie déjà bien mal engagée sur la pente glissante de sa lepénisation. D'un nationalisme fou et dégueulasse.

Avec Bedos, Desproges, Coluche, Renaud et quelques autres, elle allait mieux naguère, la France. Enfin la mienne et, je l'espère, la vôtre. Mais entre Darmanin, les ligues de vertus, les féministes, les religieux, où serait-il Serge Gainsbourg aujourd'hui ?

En taule possiblement, en charpie dans les résos-socios évidemment. Si bien qu'en se défonçant au whisky et à la gitane, il s'est aussi dispensé de voir apparaître sur CNews les gueules de Gabriel Attal et Maud Bregeon.

Bien vu Serge !

 

          _____________________________________

 

Si comme moi vous êtes hostile au passeport vaccinal qui est une atteinte sans précédent aux libertés individuelles, je vous invite à participer à cette enquête du CESE qui permet de faire entendre sa voix...

https://participez.lecese.fr/project/passeport-vaccinal/questionnaire/que-pensez-vous-du-passeport-vaccinal

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.