"DRÔLE" DE MIMI, "DRÔLE" DE PAYS, "DRÔLE" DE MOEURS !

Entrée en scène de personnages nouveaux - pour ceux qui suivent de loin - dans le dossier Libyen des affaires Sarkozy. Dont la fumeuse Michèle Marchand qui vient d'être mise en examen, soupçonnée d'avoir pris sa part dans les pressions exercées sur Ziad Takieddine pour obtenir sa rétractation. "Mimi" proche de Sarko est également folle du couple Macron...

Revoici l'affaire du financement de Sarkozy par la Libye. Vous vous souvenez sûrement des faits remontant bien avant l'affaire Bygmalion de 2012, à la campagne de 2007. Laquelle ouvrit au petit homme, les portes de l'Élysée. Grâce aux rares médias d'investigation (Médiapart notamment car le Canard semble boiteux) nous apprenions en effet que des intermédiaires auraient permis le transfert de considérables sommes entre la Libye et les bureaux de l'UMP à Paris. Plusieurs futurs ministres (Guéant, Hortefeux, Woerth) auraient été à la manœuvre pour leur champion.

Les faits ne sont pour autant pas clairement établis. Ce que l'on sait en revanche : Mouammar Kadhafi a été le premier chef d'État reçu en grandes pompes à l'Elysée six mois après l'élection de Sarkozy. Il s'est installé à l'hôtel Marigny avec toute sa ménagerie, imposant son calendrier et ses caprices à un Sarko dans ses petits souliers à talon. Grand tralala à Versailles, chasses fastueuses à Rambouillet...

Quatre ans plus tard (octobre 2011), c'est lui, le tyran libyen, qui est chassé du pouvoir et même pourchassé y compris par la France. Et alors qu'il ne présente quasiment plus aucun danger, il est froidement exécuté quatre ans plus tard. Notons, sans que cela ait de rapport direct avec l'affaire d'état, que la décision d'éliminer Kadhafi eut des conséquences catastrophiques sur l'équilibre géopolitique du nord-est africain.

Qui a bien pu donner l'ordre de se débarrasser d'un homme à terre qui, par basse vengeance aurait décidé de tout raconter de son immense générosité à l'égard du président français ? Lors de la première enquête menée par Mediapart (2012), évoquant preuves à l'appui, ce financement libyen de la campagne de Sarko, Ziad Takieddine, cet intermédiaire véreux spécialiste des transactions sulfureuses entre la droite française et certains pays d'Afrique et d'Asie, confirme que ces informations sont crédibles. Toutefois ce n'est que quatre ans plus tard, toujours au même site d'information et d'investigation, qu'il dévoile : "J'ai remis trois valises d'argent libyens à Guéant et Sarkozy." Et lorsqu'il parle de trois valises, il ne s'agit pas de chemises et de pantalons, mais de plusieurs millions d'euros.

Et voici le joli coup de théâtre. En novembre 2020, l'intermédiaire libanais à l'époque incarcéré et en mauvaise posture, revient radicalement sur ses allégations : " Il n'y a pas eu de financement libyen ! " On sent bien que ce n'est pas le cri du cœur, ni qu'il y met beaucoup d'arguments, mais enfin il s'agit bien d'une disculpation en bonne et due forme.

Sauf qu'en janvier 2021, soit seulement trois mois plus tard, le même Takieddine, dont la mémoire - ou la parole - est décidément bien instable se ravise et nuance : " Je ne peux pas confirmer qu’il n’y a pas eu de financement. Cela a pu être fait par d’autres moyens que par moi, ce qui est certainement le cas. "

Alors, il y a évidemment ce que l'on sait, grâce aux efforts d'une presse d'opposition qui désormais se résume à Médiapart et quelques chaînes youtube, mais vous imaginez bien que la justice, quelques juges indépendants et le parquet national financier, accumulent depuis les faits (soit plus de quinze ans maintenant) des preuves qui s'avéreront tôt ou tard, accablantes et irréfutables. Comme dans les affaires Bismuth, des comptes de campagne et Bygmalion... Car nous nageons en pleine voyoucratie institutionnelle, rendue célèbre par le SAC gaulliste, les Mitterrandie et Chiraquie, mais dont on atteint avec Sarko, un point sublime !

Bon ce sont les affaires du passé et d'une certaine manière nous sommes heureux qu'elles soient derrière nous, puisque depuis 2017 et le nouveau monde selon Jupiter, nous vivons en Macronie, une République exemplaire. Les preuves s'accumulent de Benalla, à De Rugy, en passant par Ferrant, Delevoy et Goulard, on sent que cela va quand même nettement mieux.

Et la presse alors ! Quelle exemplarité ! Vous souvenez-vous de novembre 2020 lorsque Takieddine emprisonné, sous le coup de menaces, mais aussi probablement fortement soudoyé était revenu sur ses accusations ? Oui , forcément. La presse de Lagardère, la télé aux ordres, reprirent unanimement ce magnifique credo : "Sarkozy blanchi". Mais pas à la coke ! Et de passer durant quarante huit heures en boucle, les images du roquet clamant avec son sourire pincé d'arrogance haineuse: "La vérité éclate enfin. Jamais il ne m’a remis d’argent, jamais il n’y a eu de financement illégal de ma campagne de 2007.”

Jouez violons, sonnez crécelles...

Mais alors quel calme lorsque plus récemment l'intenable girouette libanaise qui tourne sans cesse aux vents mauvais et à un drôle de jeu, évoque à nouveau l'hypothèse de ce financement. En se disculpant et en changeant de version certes, mais en insistant allusivement sur la réalité des faits. Heureusement que je suis aussi abonné à Mediapart pour en savoir plus sur la mise en examen de la femme d'affaires Michèle Marchand, la fameuse Mimi. Encore un sacrée vedette celle-là.

Elle serait, sachez-le si vous vous contentez des informations de la télé ou de votre journal quotidien, à l'origine de la fameuse rétractation de Takieddine, ce qui lui vaut avec plusieurs proches du système Sarkozy, une mise en examen pour "subordination de témoin" et "association de malfaiteurs". Ce ne sont pas moins de cinq millions qui aurait été promis à l'homme d'affaires libanais s'il voulait bien avoir l'extrême obligeance de revoir sa version des faits. L'argent, l'assurance qui ne lui arriverait rien de fâcheux et le charme indéniable de Mimi la reine de la presse people dont on dit qu'elle serait non seulement une intime du clan Sarkozy, mais également une grande amie du couple Macron...
Autant dire que si la justice peut espérer avoir une chance de poursuivre ses investigations - mais c'est à vérifier - ces histoires glauques de corruption et de collusion d'État, ne vont pas faire la une des médias. D'autant que l'engagement aussi bien en coulisse qu'au grand jour de Sarko dans la réélection de Macron sera, dit-on, déterminant. A moins que d'ici là, avec ses bracelets aux chevilles, il ne devienne un ami non grata !

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