QU'IMPORTE LA COULEUR DU GILET !

Si la première révolte de rue depuis 1968, dites des "Gilets jaunes", voici trois ans, avait pour principal objet la détresse économique et le déclassement des humbles citadins et de la plupart des ruraux, les manifs de juillet contre le passe sanitaire promettent de s'élargir aux citoyens atteints dans leur conscience, leur indépendance et leur liberté

Je n'étais pas vigoureusement favorable au mouvement des gilets jaunes de l'automne 2018. Cela m'avait d'ailleurs valu l'ire de quelques camarades "gauchos" et la sympathie subite de mes amis macroniens qui osaient croire en un improbable revirement de ma part, s'agissant de l'individu que j’exècre le plus depuis le Roi Tapie (et Diable) en personne !

En réalité, le fait que l'on vienne menacer ce pouvoir inique et sordide ne pouvait m'être que sympathique, seulement voilà. Il y avait sur les ronds points beaucoup trop de gros beaufs de droite (mais à l'occasion de gauche) qui n'avaient trouvé pour seul objet à leur révolte que la limitation de vitesse à 80 Km/h, l'augmentation du gasoil, voire même des impôts ! Or on sait que la vitesse, le prix du diesel et la première tranche d'impôt ne constituent nullement le problème des gens qui n'ont rien pour vivre, pas même pour grignoter. J'ai même vu en jaune sur les carrefours, des ahuris à bord de pick-up et de grosses caisses allemandes, vous m'avez compris !!!

Ah ! les gilets auraient été verts ou rouges, croyez bien que j'aurais été à fond derrière. Pour contrer ces entreprises de luxe qui déshonorent l'humanité tout en décorant les mémères de la bourgeoisie comme des arbres de Noël (cf Brel), combattre tous ceux qui pillent la planète et l'ont mise à sac à leur seul profit, venir en aide aux migrants que la France devenue une nation égoïste et frileuse rejette à l'eau afin qu'ils aillent crever ailleurs.

C'est qu'en réalité il n'y avait plus, dans cette vague jaune, beaucoup de prolétaires et de pauvres gens complètement paumés, coupables seulement à mes yeux d'avoir délaissé le combat syndical et de n'avoir pas su trouver dans la gauche anticapitaliste - et dite extrême par ceux qui ont tout intérêt à la marginaliser - la force de lutter, mais pêle-mêle des militants lepénistes, des fascistes et des casseurs des deux bords, prêts à tout détruire et à en découdre avec la police. Vous le savez, je suis honnête et à ce titre je veux concéder que le sort du Fouquet's, de la Rotonde, des banques et des boutiques de luxe m'importe beaucoup moins que l'état des bronches d'exilés rejetés à la mer. Je sais, j'suis pas normal, à moins que ne ce soient les autres…

Mais ce qui est sûr c'est qu'aujourd'hui je reste indisposé par l'idée de joindre nos manifestations à celles de Dupont et de Philipipot. Oui mais on fait comment ? Ces ordures ont beau jeu de semer la confusion dans la révolte et d'assimiler leur nationalisme de merde, aux véritables défenseurs des droits de l'homme et du citoyen du monde. Et tout comme l'extrême droite profite de la convergence de luttes factuelles, le pouvoir jupitérien exulte à l'idée de voir toutes les contestations agglomérées dans une sorte de patchwork incompréhensible et nauséabond.

Et c'est là que j'en veux à d'anciens camarades qui, sous couvert de sénilité plus ou moins avancée, font mine de condamner ceux qui mélangeraient la Résistance aux Boches et celle au "laisser passer sanitaire". C'est à dire qu'en supplétif d'un pouvoir autoritaire et machiavélique, ils nous font passer pour des abrutis, voire même des salauds.

La boucle étant ainsi bouclée, plus que jamais irrité par le tour de passe-passe et ce régime monarchique - auquel Fabius et son sang contaminé vient d'accorder un blanc-seing via le Conseil Constitutionnel - je souhaite désormais que le mouvement initié par les gilets jaunes il y aura trois ans en octobre, ressurgisse plus fort et surtout plus légitime en prenant pour socle non plus le prix de l'essence, mais celui de nos libertés. Qui n'en a apparemment plus aux yeux de sa Majesté Emmanuel les mains jointes.

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