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Billet de blog 8 déc. 2020

MILLE VACHES C’ÉTAIT PAS DE L’ÉLEVAGE !

Depuis que l’extrême libéralisme bête et méchant à pignon sur rue du Faubourg Saint-Honoré, les occasions pour un vieux Jauressien de se marrer sont aussi rares que les augmentations du point de retraite ou d’indice de la fonction publique. Mais cette fois, l’annonce de la disparition prochaine de la « ferme des mille vaches » est la meilleure de l’année.

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Ne reste plus que l’annonce de la fermeture des aéroports de Paris et l’on serait contraints d’admettre que le quinquennat Macron, pour être unique (enfin croisons les doigts! ), serait exceptionnel ! En attendant le démantèlement tant attendu des terminaux de Roissy et Orly, réjouissons-nous du démontage de la ferme concentrationnaire. Il n’est pas question ici du Plateau de Millevaches que vous connaissez j’espère, si vous ne voulez pas être subitement en froid avec Gérard Estragon. Vous savez, l’ami Toulonnais qui a été élevé au pis des Limousines, de sa prime enfance à sa folle jeunesse, avant de dériver vers la triste Méditerranée et de n’avoir pas l’air - circonstance aggravante - de s’en repentir. 
Il y a sur ce plateau bien élevé, plus de mille vaches qui s’égayent parmi des milliers d’hectares, dans un environnement de bruyères, hêtres et sapins, parfois hostile, toujours généreux. Et si ces bovins sont évidemment moins beaux que ceux d’Aubrac, leur territoire entre Eymoutiers, Ussel et Aubusson n’en est pas moins classé lui aussi en Parc Naturel et même depuis plus longtemps. 
Bref qu’on soit passionné de bêtes à cormes ou pas, spécialiste de la basse-côte persillée ou plutôt rétif à la barbaque, on peut au moins s’entendre sur le fait que la vraie vie d’une vache est ici et pas ailleurs, même si elle se gèle un peu les mamelles, de – mauvais - temps à autre. Là et pas dans une étable que l’on appelle stabulation, depuis que l’élevage se passe sous tôles ondulées et dans des bâtiments aussi vastes et froids que des casernes. 
C’est un type du BTP, familier du bétonnage et de l’enlaidissement de nos campagnes qui eut cette idée de camp de concentration. Sans doute par passion exclusive pour les vaches ! Il trouva en monsieur le maire, un dénommé Mouton - mais pas de ceux que l’on tond ! - un complice de talent. Car non seulement le type allait accueillir volontiers le business sur sa commune de Buigny-Saint-Maclou dans la Somme, mais en prime il en dessinerait les plans car, comble du bonheur hasardeux, il était architecte ! 
Ceci dit, puisque les vaches ont mauvaise réputation, qu’elles ne peuvent s’empêcher de péter à tout bout de champ (enfin là c’est dans l’étable) et qu’elles tapissent la surface de la terre d’une épaisse couche de bouse, l’ingénieux promoteur promet qu’en même temps que du lait, ses bestioles produiront de l’électricité. Manque plus que la casserole pour faire chauffer ! La méthanisation, alors très en vogue, pour faire avaler l’énormité du projet c’est rusé, c’est torve, c’est libéral ! 
Et voici que pelles mécaniques, bulldozers et gros-culs entament sur la plaine de Somme un étouffant ballet qui s’achèvera en 2014, malgré tous les recours et la lutte des camarades de la Confédération paysanne, les associations écolos, L214, ONG et autres. Comme à Tian’anmen vous pouviez vous coucher devant les chars, le parti capitaliste vous écraserait plutôt que de reculer. 
C’est alors que débutèrent les revers judiciaires et commerciaux. Et même s’ils firent tout de même pisser jusqu’à 10 millions de litres de lait en 2016, les exploitants ne parvinrent jamais a faire entre les 1000 vaches et leurs 750 veaux dans cette salle de torture, oh pardon, je voulais écrire de traite ! Quant à la méthanisation qui devait tant leur rapporter – l’argent n’a pas d’odeur – et nous éclairer, elle n’avait pas encore vu la lumière. 
Au final c’est le retrait de son seul gros client, le distributeur Belge Milcobel, qui a eu raison de cette entreprise déraisonnable et humainement indigne. Ça et la lutte obstinée de quelques militants qui se sont arc-boutés et resserrés dans un combat qui n’était certes pas gagné d’avance, mais qui trouva aussi en Ségolène Royal, Nicolas Hulot et Barbara Pompili des soutiens certes discrets mais efficaces en sous-main. 
Et voici que l’on se prend à rêver qu‘à la place, apparaissent en Picardie, comme en Normandie, Aquitaine et Rhône-Alpes, 200 exploitations de 50 vaches. Égales à mille. Et que partout l’on se régale d’un lait d’autant plus blanc et succulent qu’il serait produit par de belles bêtes de terroir, heureuses en famille bien que sur la paille. Non loin d’ici, la fromagerie Ducoin et fils proposerait son beurre artisanal et ses fromages de caractère, ces yaourts aux arômes naturels du pays, etc, etc. 
Alors bien sûr que je rêve. Et je vais vous dire -mais vous le savez bien !- pourquoi je rêve. Parce que contrairement aux opposants à l’usine à mamelles de Buigny-Saint-Maclou, nous ne sommes pas capables de nous retrouver collectivement pour imposer cette relocalisation des productions, pour exiger la fin du commerce industriel, productiviste et mondialisé, pour obtenir la peau de Lactalis, Danone et tutti quanti… 
Si nous en étions capables, nous reverrions neiger sur nos montagnes et fleurir nos campagnes, jouir - plutôt que mourir – nos abeilles. Qui sait même si nos poules ne finiraient pas par avoir des dents ! Ou des cornes... 

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