QUAND L'INFLATION DEVIENT LA SOLUTION

Comme tous les vingt-troisièmes jeudis de l'année, nous allons parler économie. Vous y comprenez quelque chose vous, à l'économie ? Moi non plus. Mais enfin si tous les gens qui parlent, maîtrisaient réellement leur sujet, nos repas de famille, nos soirées télévisées, seraient comblées de silence. Et nous avec ! Las, ça cause, ça pérore, ça glose... Glissons.

Pas sûr, même, que l'économie vous concerne. Pareil ! Mais enfin " si vous refusez de vous occuper d'économie, l'économie s’occupe de vous " comme le soutenait au XIXe déjà, le comte de Montalambert pour la politique. Et je préfère ça à ceux qui montent à l'endroit. J'aurais pu citer pour la même démonstration le Michel Rocard de triste mémoire, le papa de Strauss-Kahn, Macron et Valls, mais j'ai horreur des plagiaires et des renégats.

Je lis peu, ce qui m'évite de plagier et me permet d'irriter tous ceux qui tiennent leur pensée d'un héritage plus ou moins avisé ou obsolescent. Mais là je me suis laissé entraîner dans un propos absolument soporifique, dont le seul attrait consistait à me convaincre que l'on pouvait raisonnablement miser sur une déflagration économique telle que les krachs de 1926 et 2008, constitueraient de simples tremblotements dont se gausserait Charles-Francis Richter lui-même.

Un big bang qui viderait les piscines, démonétiserait les porsches, tarirait les rivières de diamants, décrocherait les stations orbitales. Tout ce qui contribuerait en somme à ce que le ciel s'éclaire, les abeilles butinent, les caribous de ficelle, les oiseaux et les glaciers se remplument. Entre autre... Et tout ça grâce à quoi ? A l'inflation. Grâce à qui ? Aux financiers et leurs obligés traders.

Suivez mon raisonnement. Car déjà que je n'y comprends rien, si vous lâchez, vous allez vous retrouver à la dérive dans un puits de pétrole, les catacombes du palais Brongniart ou à pédaler dans le bitcoin. Des cauchemars ! Nous sommes en train d'essuyer une hausse des prix incroyable. L'inflation galope - vous devez le ressentir tous les jours si vous faites votre plein de bananes, de pâtes et d'essence -. D'ailleurs que font les gilets jaunes ? Il faut dire que la moitié a perdu un oeil dans sa rencontre avec la police des ronds points et si l'autre moitié à chopé la COVID, c'est sûr que sans la vue ni l'odorat, tout devient plus compliqué à percevoir. Tenez-vous bien, grâce à la prodigalité du sénile des Etats-Unis et son plan de relance si malin, l'inflation a grimpé au mois de mai à 5 % ! Seuls le Venezuela et l'île de Porquerolles au mois d'août, avaient connu de telles extravagances.

En sorte que l'économie mondiale retrouvait une tension sur les prix jamais vue depuis... 1982 ! Ça fout les jetons, vous avez raison et attendez la suite de la démonstration. Cette inflation est donc provoquée par une libération des capitaux d'états injectés dans les finances privées et les foyers les plus aisés maintenus à flot et parfois même bien au-delà par l'entre-soi libéral. Une telle avalanche de liquidités de complaisance aboutit inéluctablement à une très forte demande. Non pas du pauvre bougre dans son HLM. Pour lui, à part le supplément de McDo pour le petit, le pack d'Heineken et le legging rose tout neuf de madame, rien de mieux.

Par contre (oui Gabrielle, je sais ! mais j'en ai marre d'écrire en revanche ) pour le possédant, en avant gaiement ! Et que je te change d'allemande (non pas de femme, de voiture !), que je te restaure le toit de la résidence secondaire, que je te réserve dix jours à la piscine de Bali... Une telle euphorie ne pouvait aboutir que sur un blocage de l'offre. Ainsi se planta l'Ever-green, ce super tanker chinois venu alimenter le monde subitement privé de planches, de cornières en alu et de bougies à destination de Lourdes. Dans le même temps, Américains, Saoudiens et Russes convinrent qu'une hausse du pétrole était indispensable.

Tout devient si cher que pour éviter une émeute, voire un réveil des gilets jaunes (il faut juste attendre que ça leur monte au cerveau), les gouvernants n'échapperont pas à une réévaluation des salaires. Enfin un truc plus convenable que ce qu'ils appellent les ajustements. Dans ces conditions, ce sont les taux d'intérêts qui vont eux-mêmes grimper. Et pas qu'un peu, puisqu'ils sont souvent encore négatifs ! Provoquant une hausse rapide et exponentielle de la dette d'État. Car nos grands stratèges et en premier lieu notre Jupiter à nous, qui jongle avec les centaines et les centaines de milliards, provoquant l'admiration de la quasi totalité de la bergerie socialo-républicaine, seraient alors dans l'impossibilité de rembourser des emprunts à des taux redevenus normaux, soit deux à cinq pour cent.

Les grands de ce monde, réduits à la situation de la première Grèce venue et méprisée, se retrouveraient à poil et face à une réalité qu'ils ont nié par pure doctrine libérale et intérêts... personnels.

Hausse irrationnelle et permanente du pétrole, coût de la vie hors d'atteinte pour tous, chute abyssale des cours entraînant la fermeture des bourses et des grandes entreprises multinationales, effondrement de la croissance. Nous voici dans le monde que Karl Marx, Jacques Tati et René Dumont osaient envisager. La mauvaise nouvelle, c'est qu'il va y avoir du boulot, sans même traverser la rue. Ce sera bien joli de raser les châteaux du littoral, de boucher les piscines pour cultiver de belles terres fertiles et de fondre les grosses bagnoles pour en faire des vélos et des lampes à huiles, mais il faudra de la main d'oeuvre. Il faut craindre que les héritiers qui gèrent les entreprises et les start-upers plus brevetés et madrés que vaillants, aient rapidement des ampoules sur les mains. Heureusement, nous pourrons compter sur ces migrants à qui l'on apprendra enfin à nager, à manger, à se loger.

Vous me direz alors, avant que je n'aille au bout de mon pétard qui menace de s'éteindre car il s'est mis à pleuvoir : " oui mais comment vas-tu combattre la Chine et l'empêcher de nous pourrir la planète ? " Je vous répondrai, excusez-moi, que vous n'avez pas bien suivi. Car dès lors que nous aurons enfin généralisé les circuits courts - et donc court-circuité les longs -, les transports en commun - tout en commun, comme le pharaon - ; que nous aurons éduqué nos enfants à vivre en pleine osmose avec la nature et la culture, ils feront quoi les chinois de leurs saloperies qui déteignent sur les autres vêtements et s'éteignent au bout de huit jours ? Ben ils se les enfileront à la baguette...

Ah ! vous allez mieux, n'est-ce pas ? Ecoutez-bien, là-bas, discrètement, distinctement, l'oiseau qui gazouille, ce champ qui bruisse au vent, ce verre qui trinque, ces rires et ces chants. Ce sont ceux de la décroissance à laquelle hier, les grands économistes, les censeurs de l'humanité, ne trouvaient aucun sens... --

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