FAKE NEWS ET MANIPULATION

Aujourd'hui circulaient sur la toile, probablement alimentées par les réseaux-sociaux auxquels je n'appartiens pas, des révélations fracassantes. "Ils" ont enfin tout compris de cette crise sanitaire, doublée d'une crise économique, triplée d'une crise sociale et quadruplée d'une crise morale. C'est Jacques Attali qui avait tout prévu ou tout manigancé....

Je n'aime pas bien Jacques Attali non plus. Remarquez ce n'est pas vraiment sa faute. C'est que lorsque j'étais moins attentif au fait politique, moins expérimenté à décrypter les paroles, les actes et distinguer les engagements des convictions, je le pensais de gauche. Ce n'est qu'à parti de 1983 et sans avoir à remonter forcément le cours et les méandres du premier président socialiste de la Cinquième, que j'ai commencé à comprendre à quelle bande d'enfoirés nous avions à faire. Plus que social, Attali était un libéral pur et dur, un cynique, un jésuite affublé d'une gueule de con. Ceux qui en doutaient furent enfin édifiés lorsqu'il rallia la Sarkosie. Et reconnaissez-le, pour rejoindre la Sarkosie, c'est juste impossible. On ne fait pas pire... A moins peut-être la Macronie ! Ne me dites pas que... Si, si Attali, aussi !

Alors vous pensez bien que lorsqu'un ami m'a fait parvenir un long texte sensément écrit par l'énarque, je me suis essuyé les yeux et tapoté les joues pour vérifier que je ne rêvais pas. Ça commençait fort : " A l'avenir il s'agira de trouver un moyen de réduire la population. Nous commencerons par les vieux, car dès qu'il dépasse les 60-65 ans l'homme ... coûte cher à la société. Ensuite les faibles, les inutiles qui n'apportent rien à la société, car il y en aura de plus en plus et enfin les plus stupides. L'euthanasie devra être un instrument essentiel de nos sociétés futures. On ne pourra bien sûr pas exécuter ces gens ou faire des camps ! Nous nous en débarrasserons en leur faisant croire que c'est pour leur bien."

Attendez parce que la régalade n'est pas terminée : " Nous trouverons quelque chose ou le provoquerons - poursuit le texte courant sur fessebouc et les résos - une pandémie qui cible certaines personnes, une crise économique - réelle ou pas -, un virus qui touchera les vieux et les gros, peu importe, les faibles y succomberont, les peureux et les stupides y croiront et demanderont à être traités. Nous aurons pris soin d'avoir prévu le traitement, un traitement qui sera la solution. La sélection des idiots se fera toute seule : ils iront eux-mêmes à l'abattoir."

Et tout ceci est censé être contenu dans un livre-entretien avec Michel Salomon -  mais non pas Jérôme ! - " L'avenir de la vie" chez Seghers. Pendant quelques minutes je me suis retrouvé conspirationniste et cela m'allait bien. Mais lorsqu'on a quarante ans de journalisme au compteur, on ne s'emballe pas. On est même totalement incrédule. Et l'on s'aperçoit que cela fait bien longtemps que les propos d'Attali - l'une des cibles préférées de l'extrême-droite, allez bien savoir pourquoi ! - sont ainsi totalement déformé, assemblés grossièrement afin de transformer une théorie perspective sombre et réaliste, en apologie de l'euthanasie et pourquoi pas aussi de l’État nazi et la solution finale !

Bon mais là c'était du copieux quand même ! Un amoncellement d'inepties calomnieuses, une grossière manipulation dont les sites proches des fascistes et des Russes notamment deviennent les champions. J'ai donc atterri sur un site pestilentiel du nom de Média-Zone qui, s'il n'est pas l'auteur de ce texte diffamatoire et honteux, en a au moins été l'un des relais avec ses innombrables followers…

Nous en sommes arrivés à un point d'hystérisation, de violence où tous les coups sont permis et tout semble réuni pour provoquer une guerre civile plus ou moins larvée. Et je voudrais recommander à tous mes camarades d'être, à propos de tout ce qui se diffuse aussi bien sur les zéros-socios que sur les chiennes d'infos, extrêmement vigilants et combatifs. Comment peut-on accepter d'être manipulés sans cesse, ballottés par les uns et les autres. Les bêtes et les méchants.

Et une fois encore je n'en finirai pas sans désigner celui qui à mon sens est le premier coupable. M. Macron capitalise sur son nom un dégoût, une antipathie, une haine qu'il n'a par ses choix sociaux notamment, ses propos hallucinants, son arrogance, son calcul politique minable, cessé d'attiser. Oui, il joue avec Mme Le Pen comme avec le feu. Et oui, tous les jours me convainquent un peu plus qu'il va s'y brûler et nous entraîner vers un désastre dont beaucoup ne mesurent rien de la portée.

Je n'aimerai jamais M. Macron - ni son inspirateur Attali - mais au moins pourrais-je lui être gré de cesser de monter sa petite caste contre le reste de la société. Il le peut non seulement en réorientant sa politique vers une répartition des richesses et de la solidarité nationale, mais aussi en privilégiant une totale transparence dans la politique menée à l'Elysée comme partout où se prennent les grandes décision qui nous concernent tous.  En cessant, enfin, à travers des messages gouvernementaux et des interventions ministérielles débiles, d'infantiliser la population.

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