TAUBIRA IRA !

Loin des codes convenus de la politique française sclérosée, y compris par un jeune président qui se prétendait "révolutionnaire" mais n'est en fait que l'instrument des actionnaires, un petit bout de femme revient sans cesse sur le tapis. Déjà désignée comme la plus populaire auprès des électeurs de gauche, elle n'est sûrement pas loin d'y aller.

J’ai une bonne nouvelle, qui va forcément passionner, que dis-je enthousiasmer, les gens de la fausse gauche et ceux évidemment de la vrai droite qui trouvèrent en Macron un sorte d’icône de la modernité, du dépassement, une Vierge politique, vertueuse et novatrice. Idem pour ceux qui ne jurent que par la « national populiste » qui, si elle arrivait au pouvoir, nommerait aussitôt Charles Martel premier ministre à titre posthume, mais avec les pleins pouvoirs. Je crois même que ça les fera doucement rigoler que je présente ça comme une bonne nouvelle pour ma gauche, alors qu'ils en sont persuadés : Macron et Le Pen seront bien face à face l’année prochaine. Vu que leurs champions ont tout fait pour qu’il en soit ainsi. 

Et alors que cette négresse un peu sur le retour se dresse face aux deux larrons qui se sont faits un plaisir de confisquer le débat démocratique pour se coopter en se jetant à la face les traits les plus grossiers, quitte à user leur dernier crédit auprès des gens sensés et minoritaires, voilà qui les amuse doublement. Qu’ils rigolent bien... 

Qu'ils rigolent mais n’oublient pas toutefois que ni Hollande en 2012, ni Macron en 2017 n’étaient dans les radars des sondages un an avant l’échéance ! C’était donc hier matin sur France Culture, à l’occasion du 20e anniversaire de la Loi Taubira. Tiens encore un - d’anniversaire - que j’avais négligé - tout comme le bicentenaire de la naissance de Flaubert, qui ne vous aura sans doute pas échappé -. Elle était donc l’invitée, ce 10 mai au matin de Guillaume Erner. Lequel essaya bien de la mettre mal à l’aise à propos du passé trouble de Mitterrand et c’est là qu’elle a monté d‘un ton et que sa jolie voix posée grimpa dans les aigus, certes moins harmonieux mais bougrement efficaces : « Si vous m’avez invité Monsieur pour reparler de ce qui a été rabâché si souvent et où je n’ai forcément plus rien à dire, je regretterais d’être venue... » 

Ce n’est pas que j’en manque à la maison, mais j’aime les femmes à poigne. Je vous assure que si elle chope les couilles de Mélenchon, il risque de passer un moment interminable et de finir par demander grâce. Et il est foutu - alors que tous, de ses plus graves laudateurs à ses plus infects détracteurs, sont persuadés qu’il ira au bout de l’échec - de s’effacer de la course à l’Élysée, ne serait-ce que pour la sauvegarde de ses bijoux de famille ! Autant que de la gauche. 

Sans doute l’ai-je déjà confessé, Taubira m’intéresse et  réveille mes ardeurs (ben oui chacun son genre !). Davantage parce qu’elle est femme et de couleur, que pour sa supposée poigne d’enfer avec laquelle je m’amuse et affabule. D’autant qu’elle prend exactement les choses par le bon bout. Elle ne croit pas comme la droite notamment, aux apparitions messianiques dont Macron fut l’intrigante figure, comment avant lui de manière tout de même caricaturale, Chirac et Sarkozy. Et Mietterrand encore avant ! Elle dit : ce n’est pas dans l’ADN de la gauche de croire aux hommes providentiels. Assemblons nos idées et faisons en sorte de les rendre compatibles et acceptables par tous. Ensuite sur la base d’un programme de rupture et de combat, nous pourrions choisir celui qui nous représenterait et mènerait ce rude combat. 

C’est vrai, bien avant la fameuse victoire symbolique du mariage pour tous qui lui avait valu une distribution de cacahuètes et de bananes assortis d’élégants cris de singe - relayés par la bonne presse genre Valeurs actuelles -, elle avait permis en 2001 à la France d’être la première nation occidentales à reconnaître l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Une semaine après avoir célébré Napoléon qui l’avait rétablie, cela ne manquait ni d’ironie ni de panache. 

Outre que le principal problème de la France, c’est l’abandon total des consciences aveuglées par l’égoïsme, le confort et le conformisme, l’arrivée certes surprise, mais arrivée d’une telle femme aurait pour effet de bouleverser des rives de la Guyane, jusqu’aux contours de la Guyenne, un ordre mondialisé et déshumanisé. La France rallumerait ses Lumières. L’universalisme républicain qui respecterait la diversité des cultures sans les sacraliser et des cultes sans les surexposer, qui prioriserait l’intérêt commun au particulier et s’ouvrirait vers un internationalisme solidaire opposé à un nationalisme et même un européanisme centré, nous projetterait vers un autre monde que beaucoup jugent utopique voire halluciné, pour l’excellente raison - et quasi légitime - qu’ils n’en veulent pas ! Aucune chance Taubira ? 

Vrai si ce sont toujours les mêmes soixante pour cent qui votent et parmi eux les soixante pour cent de bourgeois pépères et repus qui ne demandent qu’une chose c’est qu’on ne leur demande rien et notamment pas d’impôt – cette grossièreté soi-disant à la Française -.

Faux si nous arrivons au coeur des quartiers intoxiquées, des cités universitaires résignées, des déserts ruraux, des agglomérations englouties, à capter l’intérêt de toutes ces femmes et tous ces hommes qui ne croient plus en la chose publique, en la parole politique dont les libéraux ont perverti le sens et désespéré le dessein.

Alors je ne sais si je serais apte à réveiller dans mon quartier et éventuellement au fin fond de l’âme de ce blog, où se lovent par trop de cyniques et de sinistres, mais si le collectif 2022 (vraiment) en commun parvenait à s’imposer comme l’outil de désignation incontournable du candidat de la gauche, je défendrais bec et ongle la (vieille) peau de Christiane Taubira !

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