DE GAULLE, LE GRAND HOMME ET SES PETITS CRIMINELS

Hier c'était le cinquantième anniversaire de la disparition du général de Gaulle. C'est un jour à part dans ma vie. De deuil. Le 9 novembre 1970, c'est un petit peu comme le 27 juin 1988, plus récemment (et violemment) le 26 septembre 2019 et le 4 octobre 2020... Pourtant, tout n'est clair dans ma passion gaullienne. Et il s'en manque !

Hors mis le fait non négligeable que mon instinct en faisait un type admirable, formidable même, mon attachement vint du fait, peut-être, que je n'avais jamais connu mes grands-pères, les deux étant morts lors de la deuxième guerre mondiale, des suites de la première. Lorsque je naquis en1958, il revenait au pouvoir pour mettre fin au grand merdier (d'après mes parents au moins !) de la brève Quatrième République. Cela me fait penser qu'il n'y avait à peine que treize ans que la France était libérée. Pas plus de quarante ans que nous en finissions si douloureusement avec la Grande guerre ! 

Là d'un coup, je réalise que nos petits-enfants perçoivent de Gaulle, comme nous considérions si ce n'est Vercingétorix, en tout cas Victor Hugo et Clémenceau. Alors c'est dire si la rectitude morale, le sens du devoir, de l'état et tout ça... ne les effleure guère. 

Mais une fois que l'émotion des discours du Général s'est lentement dissipée, que resta-t-il de fort en moi qui m'attache encore à lui ? Le non, pardi ! Le non à la domination des Allemands et la trahison de Pétain, bien sûr. Ce 18 juin qui, hors-mis dans les sphères nationalistes et lepénistes ainsi que dans les quartiers en déshérence qui se font d'ailleurs face, constitue encore un peu le ciment de notre pays.

Le non à l'impérialisme américain, essentiellement, qui contribua à maintenir un relatif équilibre dans le monde et que Mitterrand et Chirac s'efforceront de préserver. 

Le non à la colonisation qui, de l'Afrique noire au Maghreb, avait par la tyrannie de certains de ses occupants, salopé l'une des pages les plus détestables de notre histoire. 

Et j'aurais bien eu envie de poursuivre par un non au régime des partis, si je n'avais réalisé ensuite qu'il pouvait y avoir pire que le régime des partis : le régime présidentiel, quasi monarchique et tyrannique ! Avec Macron, son avatar du moment (un moment qui dure comme si cela faisait mille ans !)

Curieusement, alors que je n'ai aucune sorte de sympathie pour l'armée, je constate que c'est essentiellement dans le domaine militaire et la diplomatie, qu'il fut à mes yeux un modèle et ce héros - que je conserve précieusement au for de l'enfance -. 

Car des partis parlons-en ! Du sien surtout. Le RPF et ses glorieux successeurs : UNR, UDR et RPR. La coïncidence veut que je sois tombé hier, 9 novembre, sur un article de l'Humanité évoquant l'affaire Boulin. Et vous savez comment il est, google, quand vous tirez un fil, c'est toute l'actualité de quarante ans qui se déroule. Et ça vous flanque les nerfs en pelote ! Enfin quand je dis vous, c'est juste vous, car comme pour tout le reste, 90 % de la population s'en fout. Pourvu qu'il y ait du foot à la télé et un hamburger, le Coulin là, ou Boudin comme vous dites, il peut bien être mort de ce qu'il voudra ! 

Voilà ce que fut le gaullisme à la botte du Général. Un marigot de criminels. Bien sûr il y eut Chaban, Malraux, Charbonnel, Hamon (Léo), Jeanneney et j'en oublie... une belle lignée de Résistants, d'humanistes, de "sociaux", mais enfin il y eut le SAC, une association de malfaiteurs entièrement vouée aux desseins de de Gaulle, mais qui poursuivra ses basses oeuvres jusqu'en 1981, où certains de ses membres se dessouderont entre eux, avant d'être dissoute. De sacrés voyous au service du gaullisme et parmi eux des politiciens en vue. 
Robert Boulin qui détenait quelques dossiers financiers très embarrassants était sur le point d'être nommé premier ministre par Giscard en succession de Raymond Barre. Voilà qui contrariait les ambitions de certains et c'est une coalition prête à tout - la preuve - qui commandita l'odieux assassinat. Officiellement le ministre se suicida. Alors qu'ils avaient déjà tenté de le mouiller dans une affaire immobilière vaseuse, on le retrouva noyé dans  60 cm de flotte. Il avait le visage ensanglanté et le nez cassé. Sans doute s'était-il foutu lui même sur la gueule. Et comble de la provocation, le suicidé par noyade n'avait pas d'eau dans les poumons.

Bref, ils nous ont pris pour des cons ! Les médias, la police et la justice aux ordres, ont suivi. Raison d'état. Circulez. 

Quarante ans après, sa famille et notamment sa fille Fabienne se battent toujours pour la vérité. Il y a de quoi non ? Et eux la connaissent, il suffit que la justice aille au bout... On veut les noms ! 

Et avouez que cela vous fait bien débander du gaullisme, non ? 

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