LES LANGUES QUI SE DÉNIENT

Nous l'évoquions aussi il y a encore quelques jours et je suis heureux de constater que oui, la révolution est bel et bien En Marche ! Après le droit de mourir dans la dignité et le train de mesures pour limiter l'usage et l'abus d'avion, voici donc les langues régionales qu'ils font semblant de défendre.

Dans l'inépuisable réserve parlementaire de faux-culs, le député LREM d'Ile-et-Vilaine a établi une sorte de record qui, s'il peut-être égalé un jour, ne sera que difficilement battu. Le Breton Mustapha Laabid affirmait à qui voulait l'entendre qu'il avait voté en faveur d'un retour des langues régionales dans les écoles, alors qu'elles étaient justement en cours d'interdiction au lycée et jusqu'aux épreuves du bac. Autres mesures spectaculaires adoptées contre toute attente, l'affichage et la signalétique dans les deux langues, tout comme les documents administratifs, les prénoms donnés aux naissants, etc. ,

L'ennui c'est que ce député n'a, en réalité, pas pris par au vote. Il a donc menti mais avec un bel aplomb : "J'ai voté pour avec le cœur. C'est aussi bien que d'appuyer sur un bouton ! " se défendit-il en substance. C'est à se rouler par terre, mais enfin faut reconnaître qu'il n'a pas usurpé son étiquette La République En Marche (et en farce). Dont le trait dominant de la politique consiste à prendre les gens (surtout les pauvres) pour des cons...

Bon, une cacophonie de plus et on la doit à Paul Molac un député girouette, qui a changé quatre fois de partis en dix ans, ce qui ne doit pas être loin de constituer un autre record. En bon soldat de Le Drian, il quitta le PS pour En Marche, mais fit demi-tour en chemin et créa "Liberté et Territoire." Sans GPS on s'y perd mais enfin peu importe, il leur a foutu un sacré bordel à ses anciens copains du "en même temps". D'ailleurs le ministre de l’Éducation, Blanquer, qui est issu lui de la droite libérale dure et se retrouve dans un gouvernement à sa mesure, s'est étouffé en découvrant ce projet de loi, bien plus libertaire que libéral.

Pour lui, comme pour ce qui lui sert de "patron" à l’Élysée, ces "patois" sont le symbole décadent d'une France de bouseux, de gaulois réfractaires, d’Amish, de gens qui ne sont rien. Tu parles qu'ils sont tous natifs d'hôtels particuliers parisiens ou de la haute bourgeoisie de province ! Et ce charabia les a toujours indisposés et parfois même effrayés…

Donc, toutes les oppositions plus quelques marcheurs égarés où trop contraints par leur électorat, se sont précipités pour remettre les langues régionales au goût du jour. J'avoue être à cet égard partagé. Ainsi durant trois décennies j'ai vécu dans le sud est où la présence des Corses par trop prégnante m'a souvent exaspérée. Tous ces jeunes vêtus de noir, travaillant leur accent - comme un sportif son jeu de jambe - roulant un peu des mécaniques, les mauvais garçons ténébreux, bref "se la jouant" me firent passer un peu le goût du parler ancestral. Car ce n'était pas tout de défendre leur patrimoine, il y avait derrière ce combat linguistique un régionalisme très marqué, presque exacerbé dans le certains cas. Comme cela s'est parfois vu aussi chez les Basques et les Bretons.

Alors inutile de préciser que si je déplore et combats le nationalisme franchouillard, ce n'est pas pour encourager un parti pris aussi ridicule que vain. Pareillement je m'inquiète de la tentation, sous le couvert de l'apprentissage de ces langues, de voir se privatiser un peu plus l'enseignement. Car non seulement je ne verrai pas d'un bon œil une école provençale ou lorraine, mais cela aurait pour pire effet de conforter ces chapelles de partis religieux repliés sur leurs croyances imposées, ou ces cours alternatifs dispensés par des illuminés qui croit avoir réinventé l'enseignement. Je suis peut-être - non sûrement ! - un vieux con, mais la seule école pour moi est laïque. Celle des hussards de la République.

Mais à l'inverse qu'est-ce que je suis heureux d'entrevoir la possibilité d'entendre reparler un peu partout cet occitan qui n'a jamais cessé de hanter mes souvenirs, mes rêves, mes émotions, lorsque mes grand-mères, mes parents aussi me le proposait comme une offrande culturelle. un ancrage affectif. Et Nadau, mon beau Nadau ! Chante Nadau ! Qu'em d'aqueth païs et Los de qui cau. Si aujourd'hui nos régions retrouvent un peu de bonheur à aimer les leurs et à échanger quelques secrets dans la langue de leur cœur, celui de leur ancêtres, tu n'y es pas étranger. D'ailleurs je veux bien le confesser ici, la patois de Rennes et Corte je m'en fous ! Mais celui de Toulouse, de mes mémés Cécile et Mathilde, il me tient un peu aussi debout.

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