Je ne sais plus dans quelle feuille de chou - peut-être bien l’une appartenant justement au veau sous la mère, puisque la scène se passe dans les Pyrénées - un vétéran de l’école de ski français plastronne : « Tant que je marcherai, je continuerai... » Robert – je ne sais plus comment il s’appelle, mais il a une tête de shar pei *, cramé comme un grillon, à s’appeler Robert – fait le beau - comme tous les moniteurs de ski, les maîtres-nageurs et les animateurs du club med' dont le QI flirte généralement avec la cote d’alerte - parce qu’il ne sait rien faire d’autre. Tu parles que depuis ses vingt ans, le type se balade sur des planches avec pour seule perspective de prendre un tire-fesse ou un télécabine pour descendre et reprendre un tire-fesse ou un télécabine... Éventuellement pour tirer le soir la moins moche des bourgeoises qui, toute la journée, lui a fait des sourires en forme de clé de chambre d'hôtel. Ça, se sont des vies professionnelles bien remplies et indispensables à l’humanité ! Bon j’en connais - bourgeoises ou pas - qui doivent bien les aimer, les maîtres-skieurs. Et me rétorqueront que quand même, ils ont la responsabilité de ceux à qui ils apprennent le chasse-neige et les virage sur les cares. Indispensable à la société, c’est bien ce que je disais un peu plus haut… Y a qu‘à suivre !
Et à propos de suivre, faut les voir, les chasseurs d’étoiles ! Viennent jamais de Villetaneuse ! Sont plutôt de Bougival ou Fontainebleau. Bref , lorsqu’ils descendent la piste rouge, on dirait de loin un connard suivi par toute sa portée en cancanant. Et quand ils s’approchent, on a bien confirmation, même s’ils sont tous déguisés en Rossignol - ou Salomon -…
Mais il faut que je me recentre ! Voilà un type qui pratique un métier où on se la coule douce, qui plus est en voie de disparition et surtout dont l’inanité est avérée, mais qui en plus la ramène à 73 ans « je suis pas prêt d’arrêter ! » Sympa pour les jeunes qui, non content de guetter les flocons de neige qui ne tombent même plus en montagne, doivent attendre que Ducon se casse le col du fémur ! De toute façon, moi à part Laguiole, Nasbinals et Super-Lioran, je te fermerais toutes ses pompes à fric et ses refuges de nantis qui truandent le fisc, roulent en bagnoles allemandes, abîment la nature et rongent la société…
Au-delà de ce cas pathétique du type qui se moque du monde qui l’entoure, il est irréfutable que des gens s’éclatent dans leur boulot. On peut aisément établir le portrait robot : il aime son travail, il se salit pas trop, se gèle pas, se brûle pas non plus, n'a pas d'ampoules au main ni de crevasses aux panards, il n'est pas payé au SMIC, il n’a personne pour l’emmerder -ni au-dessus, ni même en-dessous, il est très fier de parler de son boulot dans ses soirées, il se bade un peu d’ailleurs et il se ferait prodigieusement chier à la maison, surtout s’il est marié. Et comme il n’a jamais trop forcé dans sa vie professionnelle il est en pleine forme et n’a qu’un objectif : s’incruster jusqu’au bout ! Des Robert y en a pas que dans les stations huppées. Tu soulèves un burlingue, un cabinet, une étude et il te sort une nuée de vieillards en costard. Si vous en trouvez un en bleu de travail, c’est qu’il répare les chiottes et que sa retraite est tellement minable qui s’est remis microentrepreneur (les fameux jobs grâce auquel le chômage a été éradiqué par les négriers de la macronie).
Demain ou plus tard, je reviendrai sur toutes les vertus de la retraite à soixante ans dont on fait peu de cas. Il est certes loisible de se rouler les pouces comme je le fais éhontément depuis quatre ans. Mais on pourrait aussi se rendre bougrement utile dans une société d’entraide et de fraternité. Certes elle reste à inventer. Mais comme la retraite à soixante ans, c’est pas pour demain non plus, cela nous laisse un peu de temps pour y... travailler.
* Si vous ignorez ce qu’est un shar pei, en voici un
https://www.planeteanimal.com/les-5-races-de-chien-avec-le-plus-de-plis-541.html
Ps - j'ai vérifié que je n'avais aucun Robert dans la liste d'abonnés à ma chronique. Il est vrai qu'il en reste de moins en moins. 20 Robert sont nés en France en 2020 ! Si par mégarde il en existe un qui m'ait échappé, je lui promets de faire un jour quelque chose sur ces Robert que j'aime : Le Petit évidemment, mais aussi Guédiguian et Fogliani