DESCHAMPS PRÉSIDENT !

Alors heureux ? C'est l'Euro ! Ça y est, nous y sommes ! Voici quelques années - deux exactement - que j'avais coché cette date fatidique sur mon cale peine. En football, c'est pas compliqué - y a rien de compliqué, ce sont des simplets - tous les deux ans on y a droit !

Un coup c'est le Mondial, un coup l'Euro. Et au milieu, il y a les éliminatoires de l'un, puis de l'autre. En sorte que le buveur de bière, le philosophe du ballon rond, l'attardé football, passe son temps à pointer ses pronostics au loto sportif et à se repaître de tirs croisés, de tacles réguliers et de belles sorties du goal, devant cet écran affligeant dont il est un captif et dont le commentateur, à peine plus dégourdi, est le gardien.

La lutte contre l'abrutissement par le football - comme d'ailleurs les métastases qu'il a refourgué à son cousin british, le rugby - est totalement politique. Et pourtant comme les fanatiques se recrutent dans tous les camps de l'extrême droite à l'avant-centre en passant par les ailiers gauches caviar et populiste, je vois bien le coup où je vais encore finir par me retrouver seul.

Ce que je redoute le plus dans le foot, outre les revenus indécents de ces frappeurs de balles inconsistants et parfois nocifs par l'image qu'ils dégagent de la surface dite de réparation, ce sont ces foules bêlantes, éructantes, parfois violentes qui se forment aussi bien dans les stades que sur les places et parfois dans les banlieues. Moi qui ai de plus en plus souvent l'impression de vivre dans les quartiers nord de Nîmes (alors que ce n'était pas exactement la destination projetée), il m'arrive de me réveiller en sueur après avoir cauchemardé que mes voisins organisaient une fan zone.…

Je ne sais pas ce que vous en dites, il me semble complètement puéril et vide d'attendre quatre-vingt dix minutes qu'un gonze multimillionnaire daigne envoyer un ballon au fond d'un filet. Et que cela déchaîne une telle hystérie dans une population qui semble subitement se foutre complètement de ce qui se passe ailleurs et parfois y compris chez elle où la santé, le petit, les finances, le couple où tant d'autres choses ne vont pas ! Mais non si Némar ou M'Papé marquent, y a plus rien qui compte. Roulez ballons...

Mon excellent camarade Karl Marx, qui contrairement à son compatriote Adolf n'était pas un inconditionnel de la Mannschaft, l'affirmait déjà en son temps : le football, c'est l'opium du peuple - allons messieurs-dames les puristes ne chipotons pas ! D'ailleurs sur le terrain, on ne sait à quoi ils tournent, opiacés, hallucinogènes ou psychotropes, mais enfin c'est le même cirque. Roulades interminables, courses échevelées, enchevêtrement de corps, encerclement d'arbitre... tout ça ne me paraît pas clair. Quant aux tribunes, n'en parlons même pas. Entre des gerbes de vomi et des jets de boulons, de canettes, déferlement de haine et de violence, ce sont le genre d'endroits dont on aurait aimé, à l'instar du Vel-d'hiv, qu'ils n'existassent point !

Alors s'il reste encore un seul supporter de football à ce stade de macronique - ce qui supposerait qu'il sache lire et qu'il ait un peu d'humour, scénario inconcevable - il m'opposerait le sempiternel lien social. Le fameux "vecteur" de cohésion. Mais quelle connerie ! Comment peut-on évoquer un rapprochement fraternel, une quelconque concordance sociologique, lorsque tout est basé sur une compétition futile mais totalement alcoolisée, fanatisée et surtout, par dessus-tout : mo-né-ti-sée. Tous ces individus convergent en effet vers le même écran, le même stade, mais ce n'est que dans le but d'exclure l'adversaire, de s'identifier au vainqueur et de se gargariser d'une gloire dérisoire. Lorsque les compétitions internationales arrivent, nous assistons à cette sorte de repli sur soi, de nationalisme à la fois exacerbé et quasiment revendiqué qui me fait effroi et dégoût. Ce sont ces bas réflexes qui se traduisent désormais, décomplexés, dans les urnes.

Ce que je crains à ce sujet et en conclusion, c'est qu'en cas de succès français à la Coupe d'Europe, Daniel Deschamps déjà champion du monde, ne vienne se présenter à la Présidence. Non pas celle de la Fédération, mais de la République ! Auquel cas, les moutons changeraient aussitôt de berger et je ne vois pas ce qui l'empêcherait d'être élu. Ceci étant, je ne suis pas foncièrement contre. Je n'hésiterais même pas à soutenir l'âne de Buridan, s'il pouvait nous débarrasser de Macron !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.