LES ARMES-BULLETINS A L'ASSAUT DES URNES

Je me demande parfois s'il y a jamais eu autant de raisons de se révolter qu'aujourd'hui. Ce qu'il manque, ce sont les gens. Pas tant pour le dire que pour le faire ! J'en suis un, je l'admets. Nous avons déjà évoqué et même décortiqué le phénomène. Plus personne - ou presque - ne s'intéresse à l'autre, si ce n'est pour l'envier, l'imiter, l'admirer.

L'important finalement c'est d'essayer de gratter un peu plus, mais en aucun cas de chercher à aider, à partager... Bien sûr j'en connais quelques uns qui donnent de leur temps, de leurs deniers parfois, pour soulager la misère environnante qui, si on prenait la peine de l'observer, nous paraîtrait plus grande et vive que jamais. J'admire ces gens, si rares et généreux, mais je sais aussi que s'ils sont constitutifs d'un mouvement respectable, que dis-je vénérable ! ils n'iront pas bien plus loin qu'au-delà de leur épuisement.

Dans cette société qui décline - et qui décline vite - sous le poids de l'injustice et de l'indifférence, ce n'est pas à quelques individus - pour aussi louables qu'ils soient - à ramasser les gens par millions sur le bord de la route. C'est une politique humaniste, libertaire - et non libérale - fondée sur la solidarité et une gouvernance transversale qui doit se mettre en place et réinventer, réenchanter les lendemains. Autant dire que c'est une révolution sociale destinée à renverser tous les codes du libéralisme subtilement instillés depuis quelques décennies. Et que ça va pas aller tout seul, cette affaire !

Vous allez encore me dire, bien au chaud et repus dans votre petit appartement chauffé ou dans votre vaste pavillon, que j'exagère. Qu'on n'est quand même bien en France et qu'au Moyen-Âge, c'était bien pire. Peut-être même qu'à la Préhistoire ! Quoi que, une civilisation sans McDo, sans autos allemandes, ni ikéa, ni amazon, ne peut-être bien  pire.

Mais comment appelez-vous une société qui accepte de laisser des gamins, étudiants, privés d'emplois, décrocheurs, paumés... sans le moindre revenu, la plus petite ressource, ni même un bout de pain ! Ce ne serait pas ça, par hasard la vraie barbarie, l'infamie ? Le Moyen-Âge, la Préhistoire ?

Et vous savez qui a refusé en première lecture l'extension du RSA (564 €) aux jeunes de 18 à 25 ans en situation de précarité ? Ben oui, les sénateurs pardi qui, à soixante ans et parfois beaucoup plus, touche la bagatelle de 5 400 € de salaire net et plus de 6000 € d'indemnités pour arroser grassement leurs amis ou familles "travaillant" pour eux.

Alors vous me direz que ces jeunes fainéants de plus de 18 ans n'ont qu'à bosser. Traverser la rue. Mais déjà je voudrais qu'on m'explique en quoi un gars de plus de 25 ans mérite plus une aide sociale, que celui qui en a 20 ! Sans doute m'objectera-t-on que beaucoup sont encore chez leurs parents ou qu'il sont étudiants et boursiers. Or donc il suffit de se rendre compte de la paupérisation des classes moyennes et de la misère de millions de foyers déclassés pour saisir qu'il s'agit d'un argument qui ne tient pas debout.

Lorsqu'on sait que la moyenne des retraites en France est de 1382 € (soit 2764 € par couple souvent propriétaire de sa maison !) mais que des dizaines de milliers de vieux touchent cinq, dix, vingt fois plus et défiscalisent soit à l'étranger, soit en trichant dans leur propre pays, on le voit bien le contour du motif de cette nécessaire révolution.

A priori, c'est en mars que la discussion autour de l'extension du revenu minimum à toutes les personnes majeures sera débattu à l'assemblée. Je surveillerai particulièrement le choix de Mme Cécile Muschotti (ma "copine" de Toulon) ancienne sympathisante communiste, ralliée avec conviction à la marche au pas de Macron et qui a déjà voté en faveur de la sécurité globale et de la loi contre le séparatisme !

Il se passe des choses très graves dans ce pays, j'espère qu'elles ne sont pas irréparables. Mais lorsque des sénateurs cousus d'or et qui ne servent strictement à rien, décrètent que des jeunes n'ont pas droit au minimum vital et qu'une ministre, Mme Borne, qui les dépasse bien souvent les bornes - pardonnez-moi ! - déclare " A 18 ans, on veut du travail, pas une indemnité..." on s'inquiète ! En se souvenant de ce qu'il advenu de ceux qui manifestaient ainsi un pareil mépris d'autrui, un tel déni de réalité.

J'espère qu'au moment des élections décisives, les jeunes Sans-culottes (ni dent), les outragés du système, les exclus de la République, sauront prendre les armes-bulletins et monter à l'assaut des urnes !

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