TOUJOURS LA DÉMAGOGIE DU POGNON

Je ne sais pas si vous faites partie des heureux smicards, mais vous voici encore privilégiés avec une augmentation de vos revenus de 34 euros. Salauds ! Non, pas sur l'année - ils n'ont pas osé - mais pas sur la semaine non plus, sont pas fous ! Or donc 34 euros tous les mois, j'sais pas si vous vous rendez-compte...

mais cela vous permettra de remettre une tournée de bière avec vos copains, de cocher une grille de loto supplémentaire ou alors de contracter un nouvel abonnement téléphonique. Faites gaffe quand même aux fruits, légumes, pâtes, carburants, chaises et autres produits manufacturés. Car l'inflation sera bien supérieure à vos trente quatre malheureuses pièces. 
Alors bien sûr ce n'est pas assez, mille deux cent trente trois euros, pour payer son loyer, ses courses et entretenir une voiture, voire une petite amie (je vous laisse le convertir au masculin, l'écriture inclusive me fatigue). Ce n'est pas assez surtout si, contrairement au voisin qui ne se lève pas et glande toute la journée pour 800 balles de RSA, vous affrontez ces boulots qu'il n'est pas exagéré de qualifier de merde, dans le nettoiement, la grande distribution, l'hôpital, les EHPAD... Après, si vous êtes deux au SMIC, que vous soyez  pas accros à netflix, aux bagnoles allemandes et aux loisirs à outrance, vous devez tout de même avoir les moyens de vivre ce qui, par les temps qui courent, n'est pas négligeable non plus. Si vous n'êtes pas au Front National, complètement zemmourisé, que vous regardez un peu au-delà de votre nombril, vous découvrirez que les revenus d'un foyer au double SMIC sont de loin, de très loin, au-dessus de ce que gagne la majorité des habitants de ce bas-monde.

Et sans aller bien loin, juste à côté du nombril, on recense en France un cinquième de pauvres qui perçoivent 1000 euros ou moins, ce qui nous fait tout de même autour de douze millions d'adultes. Bon d'accord ils avaient qu'à mieux bosser à l'école, ne pas sortir de la Seine-Saint-Denis (une vraie provocation !), se lever le matin et traverser la rue !

Madame Pécresse, grande pécheresse libérale (qui n'arrivera pourtant jamais à la taille de Saint-Emmanuel-les-mains-jointes) propose dans son catalogue de démagogie présidentielle, d'augmenter les salaires nets des Français de 10 %. Alors, je ne disconviens pas que la vox populi des abrutis trouvera ça très bien ! Sauf que dans une société moderne et responsable, c'est le contraire qu'il faut faire. C'est de dix pour cent et pour certains d'entre eux de beaucoup, beaucoup, beaucoup plus qu'il faut baisser les salaires. Mais c'est pareillement de dix pour cent  et bien davantage, qu'il faudrait ralentir la consommation des ménages. Car dans cette logique libérale où l'on vous fait acheter tout, toujours plus en créant des envies - plus que des besoins - et surtout de terribles addictions (téléphone, jeux, objets connectés, écrans plats qui distillent la parole officielle et diffusent la dose de pub nécessaire), on contribue à l'effondrement des valeurs nourricières et l'on continue à tordre le bras à la planète, de la mettre à genou.

Quant à Madame Hidalgo - pour laquelle vous allez le savoir je n'éprouve ni confiance, ni sympathie -, elle veut carrément, doubler le salaire des enseignants. Mais qu'est-ce qu'ils en feraient ? Et cela doublerait-il aussi leurs compétences ? Non, ce dont ont grand besoin les enseignants, c'est d'un coup de pouce sur les bas salaires certes, mais surtout de considération, un confort de travail et de sécurité décuplé.

Refermons donc le grand catalogue des démagogues et résumons nous. Il ne faut plus de salariés en France payés en dessous de mille cinq cents euros. Chacun doit pouvoir assumer, sans dette ni peine, son loyer, ses charges, mais aussi s'offrir quelques jours de vacances et payer ses impôts. Car oui, les impôts sont nécessaires et la dignité de chaque citoyen est de participer à l'effort collectif. Le monde libéral, dont la macronie est le plus terrible avatar de tous les temps, fonde sa stratégie sur la promesse permanente de l'allégement de la pression fiscale. C'est une supercherie, un mensonge, un infamie, dictée évidemment par les grands maîtres de la finance. L'impôt sur le revenu honorera le foyer qui paiera cent euros dans l'année tout en rétablissant l'honneur de la société dans son ensemble en prenant deux mille euros à celui qui en gagne six mille. Mais pourquoi gagner six mille ?

C'est de la justice fiscale que prend corps le lien social et la fraternité des hommes, que l'on sauve des vies et que l'on soulage ceux qui souffrent. Et de cette réduction drastique de l'écart des revenus, que surgira le véritable bien-être commun. A l'image de celui qu'a éprouvé durant la crise COVID, la quasi-totalité des entrepreneurs en France qui malgré leur opposition souvent virulente à l'assistanat des petits, ont tous accepté de gros chèques pour pallier leur baisse d'activité. Sans vouloir être désagréable, je pense que certains auraient mérité d'être exemptés de cette manne providentielle (et présidentielle). Car entre leur chalet à la Montagne, leur 4 X 4 et les besoins considérables des établissement publics de santé, y a pas vraiment photo...

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