LE GERMAIN NOUVEAU EST ARRIVÉ

On s'élève un peu aujourd'hui au-dessus du marigot et du virus, afin de partager la vie de ce poète du tout début du 20e siècle qui à beaucoup - trop - fréquenté Rimbaud et Verlaine avant de fortement inspirer les surréalistes, Aragon, Breton, Eluard... Magnifique biographie du Trimardeur céleste de la poésie par José Lenzini (éditions Les cahiers de l'Egaré)

S'il l'on pouvait suggérer le bonheur à l'homme, l'emporter vers des rives inconnues et néanmoins sublimes, c'est vers la poésie qu'il faudrait l'entraîner. Par la force sans doute, car ce serait impossible besogne que de l'y convoyer par son consentement. Nous pourrions tel que je le fais là, évoquer ces frissons doux comme un automne en Provence, comme caresses subtiles, comme promesses d'idylle et d'idéal.…

Vous le voyez je m'envole aujourd'hui porté par l'onde légère de rimes riches mais passagères. C'est Germain Nouveau qui vient de m'arriver. Grâce soit rendue à José Lenzini, ce journaliste écrivant dans Var Matin devenu écrivain au gré du vent. Du sirocco pardi, lui le natif d'Algérie qui croisa le destin défunt d'un compatriote qui eut été assurément un copain sans cette collision automobile qui fut d'une médiocre collusion avec l'histoire. José se pencha notoirement sur Camus, prix Nobel, philosophe humaniste, penseur tellement en avance qu'il en mourut si jeune.

Sans l'avoir jamais réellement fréquenté - autrement que pas ces initiales que nous partagions dans le journal République des belles années de la presse quotidienne - j'ai retrouvé cet homme qui d'un souvenir déformé comme au tain d'une glace cabossée, vert de gris, vieillie, me semblait un rien hâbleur, fort en gueule et qui vient de m'apparaître humble, profond, tendre comme ses modèles.

Et puis quoi de mieux en complément de Lenzini que... Lorenzini. Comme une surenchère en or. Patrick, le poète discret, presque caché, spécialiste de Léon Vérane mais grand explorateur de rimes désertes ou mystérieuses comme des îles soulevant tendresse et tempêtes, me fut plus familier en notre temps. Pas forcément moins secret.

Il ne signe là qu'une courte préface à ses frères - Germain, Jo et les poètes - comme on ouvre une voie infinie dont on se délecte.

Il ne manque plus que Jean-Claude Grosse. Dont je ne sais rien. Si ce n'est que s'il est tombé sur mon blog, j'espère qu'il ne s'est pas fait plus mal que moi en tombant sur le sien. C'est un auteur dont j'ignore l’œuvre tout en la présentant. Pas un trimardeur quand même mais un aventurier des lettres, un esthète sans effusion, un éditeur sans prétention. L'un de ces types admirables - non mais là je pèse bien mes mots - admirables puisqu'ils ne retireront jamais rien de leur quête que l'obole de quelques gratitudes. Faire vivre l'art, celui d'écrire en vers, en prose et parfois contre tous - en tout cas sans personne - et révéler au monde qui s'en fiche, en pleine lumière et sur papier bouffant, l'existence de Germain Nouveau. Sombre et affamé.

Je ne sais combien vous êtes encore, avec moi à part Marie, Danielle et Zaza. Peut-être Jean-Claude, Patrick et José ? Cela me comblerait. Pour qu'ils puissent lire que depuis que je chronique par passion et pour me marrer, je n'ai que rarement autant aimé me perdre dans mes pensées. La poésie je la pratique depuis que j'ai douze ans. Vous le croyez pas n'est-ce pas ? Tant pis pour vous. Mon prof s'appelait René Azémar. Il prenait son recueil dans le creux de ses mains, nous lisait Hugo, Verlaine, Apollinaire, la voix tremblante étouffant des sanglots. Dans la classe il y avait un petit, frissonnant avec lui. Il l'avait vite repéré…

Germain Nouveau naquit à Pourrières sans prétention :

Un vieux clocher coiffé de fer sur la colline,

Des fenêtre sans cri, sous des toits sans oiseaux

Il y mourut, 71 ans après dans le plus total dénuement.

De déboires en malheurs familiaux, le poète s'affranchit de tout. Même de Dieu auquel il tourne le dos. Le voici même blasphémateur :

Elle était à genoux et montrait son derrière

Dans le recueillement profond de la prière

Pour le mieux contempler j’approchais de son banc

Sous la jupe levée il me sembla si blanc

Que dans le temple vide où nulle ombre importune

N’apparaissait au loin par le bleu clair de lune

Sans troubler sa ferveur je me fis son amant

Elle priait toujours je perçus vaguement

Qu’elle bénissait Dieu dans le doux crépuscule

Et je n’ai pas trouvé cela si ridicule.

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J'ai choisi ce dizain figurant dans le livre de Lenzini, parce qu'il était le seul que je connaissais de Nouveau, ignorant même qu'il était de lui. C'est Perret, notre Pierrot le tendre, qui le mit en musique en1995 sous le titre A l'église dans son disque de chansons éroticoquines (voir plus loin).

Avec Germain, petit de taille, mais immense personnage on n'ira pas naviguer sous Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirsni dans le vieux Parc solitaire et glacé, mais c'est bel et bien en compagnie de Rimbaud et Verlaine que nous allons parcourir cette vie d'errance, inouïe de fulgurances en outrances, de perversions en conversions, pour se rompre en éclats ou en lente déchéance.

Parcours éreintant d'Aix à Paris - bien sûr et souvent-, de Charleville à Londres, de Strasbourg à Rome, d'Alger à Marseille. Retour simple à Pourrières. Fin dessinateur, poète maudit - contrarié autant que contrariant - piètre enseignant, trimardeur aux pieds obstinés, mendiant proclamé, pêcheur repentant. Un long poème déchirant, un grand roman.

Je suis admiratif des biographes. Leur implication et leur minutie me subjugue. Et j'en deviens redevable lorsqu'ils m'offrent l'un de ces voyages surréalistes vers des choses et des êtres dont je n'avais pas idée. Em'auraient infiniment manqué.

 

 

GERMAIN NOUVEAU

Trimardeur céleste de la poésie - 

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Par José Lenzini - Éditions Les cahiers de l'Égaré 

247 pages - 15 euros.

Blog : http://cahiersegare.over-blog.com

Courriel :  : les4saisonsd'ailleurs@icloud.com


Et, " l'Eglise "  la chanson de Pierre Perret d'après le dizain de Germain Nouveau

https://youtu.be/INLaaDPQpVg 

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