LA GAUCHE PERD SES VERTS

Je ne sais pas si je vous l'ai déjà révélé, mais j'aurais aimé être de droite. Oui, je l'ai dit ? Possible, mais à mon âge on a bien le droit de commencer à radoter un peu, même s'il faut avoir conscience qu'en la matière, l'avenir est devant nous. Lorsque j'écris que j'aurais bien aimé être de droite, c'est essentiellement à l'aspect pratique que je pense.

Pour eux, c'est simple. Ils sont plus de cinquante pour cent à s'estimer (enfin je sais pas comment on peut s'estimer quand on est de ce bord là !) de droite. Tandis que nous n'atteignons que difficilement les trente.
Et alors, y a qu'à voir les élections. Il n'y a que deux courants. Les Macronistes (associés aux compatibles anciennement Sarkozystes) qui sont pour leur pognon, pour la sécurité et contre les migrants d'une part et de l'autre les Lepénistes qui sont contre les migrants, pour la sécurité et pour leur pognon. Il y a juste une sorte de hiérarchisation de leurs "valeurs" qui ne justifient en rien les cris d'orfraie de Castaner, lorsque les libéraux envisagent de s'acoquiner avec les nationalistes.

Tandis que nous pauvres pêcheurs de voix nous avons beau multiplier les plates formes, y mettre les formes et s'excuser platement, y a pas moyen. C'est pas qu'on soit nombreux, c'est plutôt que nous soyons innombrables ! Déjà y a les rouges - dont je suis, vous l'ai-je dit ? -. Les "Trotski" et les "Marx", le PC, LFI, NPA, PT, LO... D'ailleurs je voudrais ouvrir une parenthèse sur LO - une ligue de drôles d'oiseaux-. Ceux-là, quelles que soient les élections, ils sont toujours de la revue. Avec des résultats qui oscillent entre 0,5 et 1 %. Moi, si j'avais autant de lecteurs qui m'aimaient, ça fait longtemps que j'aurais repris du service au jardin ! Eux pas du tout. Ils se régalent entre eux. D'autant que sur les listes longues comme le bras des Régionales, ils sont quasiment autant de candidats que ce qu'ils auront d'électeurs. Quant à savoir d'où ils sortent le fric, c'est une énigme. Pas des attachés parlementaires, ils n'ont pas le moindre élu !

Donc il sont au moins cinq partis ou officines à penser pareil. Et cela ne les empêche nullement de se foutre sans arrêt sur la gueule, en ruminant le Congrès de Tours, les scissions et les frictions qui émaillèrent l'histoire du combat des travailleurs. Leur grand problème aussi, c'est que des travailleurs y en a plus guère et que ceux qui restent se sont barrés, les braves gens, chez les Le Pen ! Après nous avons le PS et ses satellites - on peut parler d'extra-terrestres -, Gauche démocratique, Génération.S, Place Publique (de l'inénarrable girouette Gluksmann), Nouvelle Donne et l'inamovible PRG regroupant des soi-disant Radicaux de gauche dont la caractéristique est de parvenir à faire le grand écart entre Tapie et Taubira, tout en faisant des bonds sur le gros ventre de l'abominable Baylet.

Et puis, et puis il y a les Verts. Nous sommes tous d'accord que l'écologie - pas celle qui consiste à faire le tri sélectif et à ne pas jeter les papiers par terre pour se donner bonne conscience - est obligatoirement de gauche. Réduire les émissions de gaz et de polluants en limitant les transports, freiner les dépenses notamment de consommation, rétablir l'équilibre économique et solidaire de la planète, ce ne sont jamais des valeurs droitières. Je suis heureux d'être avec eux pour amorcer une juste et nécessaire décroissance, ainsi que le partage des richesses. Tout pourrait aller bien mais non, pas du tout. Et là encore quel bordel ! D'abord, ils changent de noms sans cesse et au lieu de se rassembler eux-mêmes pour entrer dans la mêlée ordonnée d'un combat humaniste, ce sont les premiers à se quereller dans une bataille d'ego qui sent bien souvent les égouts. Il y eut les querelles entre Mamère et Voynet, puis entre Hulot et Joly, maintenant entre Jadot et Piolle et soyez tranquilles, ce n'est pas la fin des réjouissances !

Chez mes amis écolos, il y a autre chose qui me gêne. Vous me direz pourtant que l’extrémisme, enfin la radicalité - pas celle de Baylet - c'est plutôt mon truc en politique et je le concéderai en baissant le front - plutôt que le froc - . Mais là j'avoue, ils m'emmerdent. C'est que certains d'entre eux sont pires que les curés, mille Dieux ! Leur acharnement à tirer sur la chasse surtout lorsqu'elle est de nature paysanne, rurale, raisonnée ; leur lubie consistant à vouloir éradiquer l'élevage et la consommation de viande et le prosélytisme qui va avec, les repas végétariens, la frange végane... nous emportent là dans une sorte de fanatisme vermoulu dans lequel je ne me reconnais plus du tout. En somme, je veux bien que l'on tue les bovins en s'excusant et en leur mettant du violon à écouter pour leurs funérailles (non pitié pas André Rieu !) mais surtout pas qu'on m'empêche de faire croustiller une belle côte de bœuf sur un épais tapis de braises accompagné de quelques champignons que le maire de Bordeaux serait capable de nous empêcher de cueillir au nom de la souffrance végétale. S'attaquer à la cueillette du cèpe à Bordeaux, c'est une idée non ? Et après on y combattra les vendanges dans le Médoc ! Car vous imaginez ce que la grappe ressent lorsqu'on lui coupe la queue ? Surtout si c'est Alice Coffin qui tient le sécateur !

Alors moi je l'admets entre Pierre Hurmic et n'importe quel "macrompatible" je choisirai toujours le vert foncé, mais ce ne sera jamais qu'un vert à moitié vide... Et nous voici, pauvre pêcheur de voix, engagés dans une démarche impossible de reconstitution du puzzle d'une gauche disloquée. Pourtant nous allons devoir faire semblant d'y croire...

Demain ou bientôt, je vous dirais comment le retour de la gauche sera éventuellement concevable sur la base de la démarche de " 2022 (vraiment) en commun". Cela sera long mais pourrait-être beau.

https://www.2022encommun.fr/

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