ILS NE PRENNENT PAS LA CARTE BLEUE !

Retour d'une escapade sur une île française où le commerce est omniprésent. On voit bien que les commerçants frustrés sont prêts à tout pour se refaire le fonds de caisse. Avec pour objectif d'augmenter sensiblement le chiffre d'affaire tout en le dissimulant autant que possible...

Si ce n'était que moi, je fermerais tous les commerces. C'est inutile, coûteux, dangereux, tenu par des insignifiants et des tricheurs. Et vous, je ne sais pas si vous vous êtes déjà vu dans une boutique. Qu'est-ce que vous avez l'air tarte à surveiller l'article merveilleux que vous avez "vu", le morceaux sur lequel vous lorgnez depuis dix minutes en craignant qu'on vous le chipe où simplement à attendre que madame ait choisi la énième paire de pompes, alors qu'elle n'a plus le moindre emplacement dans son shoessing, mais qui ne tardera pas à faire un peu de place en expédiant le rebut à "ses" pauvres. Oui bon je sais déjà que vous n'avez pas beaucoup de sens critique, on ne va pas espérer de votre part la moindre introspection.
Je fermerais les commerces et naturellement aussi, principalement, ces écoles qui l'encouragent lorsqu'elles ne le glorifient pas. Y en a des métiers d'enfoirés, des plus graves et conséquents (avocat, notaire, policier) mais enfin dans le genre, celui-là se pose un peu là. Faire du commerce, c'est- à-dire acheter au plus bas prix, souvent en tordant le kiki à de malheureux producteurs - qui contrairement à eux travaillent pour de bon - pour le revendre au prix fort. En voilà une belle quête, le grand idéal de droite. Car par définition, c'est ce qui les rassemble, les avides de pognon, les vides d'opinion (tiens celle-là je vous la donne...)
La solution pour se débarrasser de tous ces inutiles, enfin ces nuisibles soyons directs, ce sont les circuits courts, organisés en coopératives. Les groupements de producteurs qui se lèvent tôt le matin pour fabriquer, cultiver et récolter. Il leur suffirait d'employer quelques vendeurs intègres - qui ne sortiraient pas de ces écoles où l'on n'apprend pas spécialement l'honnêteté - et tout n'en serait que plus sain et transparent. Vous me direz pour les bagnoles et les téléphones, le circuit court peut s'avérer compliqué. Certes, mais à t-on encore besoin d'acheter des bagnoles et des téléphones ?
Et c'est en cela aussi que ma proposition est intéressante, c'est qu'en plus de supprimer une catégorie professionnelle contre-productive, nous pourrions grâce à une baisse sensible de la consommation, entrevoir un net recul du pouvoir d'achat. De quoi faire de belles économies et offrir à l'environnement une chance inespérée ou en tout cas équivalente à celle que proposa le coronavirus.
Le commerce, je ne le prise guère et depuis fort longtemps et je reviens d'un court séjour sur une île bien connue de notre littoral *. Où les camelots de toutes sortes semblent constituer l'attraction principale de la contrée. Un marchand de frusques, un vendeur de glaces, une boutique de souvenirs impérissables, un restaurant de friture, un vendeur de frusques, un marchand de glaces, un restaurant-pizzeria, une échoppe pour des sorties en mer, et ainsi de suite jusqu'au bout du port, puis même chose si vous revenez par l'artère intérieure.
Malgré l'air frais du large et les joyeux sarcasmes des mouettes allant d'une poubelle à l'autre, j'étouffe. Je dois m'enfuir, mais pas avant d'avoir acquis un blouson étanche pour prévenir l'orage menaçant. J'ai beau avoir l'excuse d'avoir oublié le mien à la maison, j'ai pas l'air con dans ces rayons où les vêtements ont de joli patronymes locaux mais proviennent tous de Chine ! Sur le site d'Ali Baba je l'aurais trouvé à vingt balles ! Là, il me faudra en rajouter 25 de plus. Sans doute pour la mise en rayon ! Mais bon c'est la loi du marché !
Bon payeur, j'avais déjà ma carte de crédit en main, lorsque la vendeuse qui venait d'essayer de refourguer le même blouson à mon épouse, puis un tee-shirt, une écharpe, un boléro, enfin quelque chose quoi ! anticipa le coup sur un ton presque agacé
- Par contre on ne prendra pas la carte monsieur, mais je vous rassure il y a un distributeur tout proche...
N'osant pas renoncer à l'achat - ce qui aurait été logique et efficace - j'ai seulement stipulé à la dame que nous reviendrions demain... avec un chèque.
J'en connais qui, du coup, n'y seraient pas revenus. Mais ça je ne sais pas faire. Il n'empêche qu'en refusant la carte bleue sous le prétexte fallacieux qu'ils doivent payer des frais bancaires - infimes au regard de leurs chiffres - ces marchands fraudent à tour de bras aussi bien le fisc que le citoyen.
D'ailleurs si ce n'était que moi, ce sont ceux-là que je fermerais les premiers ...


Au fait, l'île en question n'est pas du tout celle à laquelle vous pensiez sans doute. Elle se situe à l'opposé, plein ouest, sur l'océan, face à Royan !

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