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Billet de blog 19 déc. 2021

UNE BONNE DICTATURE DE LA CULTURE

Ça y est ! nous avons renoué, mes cousins de Montpellier et nous, avec la bien belle - et parfois bête - tradition du repas de dimanche en famille où, entre le poulet rôti - chez nous pas dinde ! - et le clafoutis, on débat de choses politiques. Voire même du monde !

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Ce qu'il y a de bien, c'est que l'on ne se prépare pas un ulcère à l'estomac avec les cousins, vu que nous sommes dans les grandes lignes à peu près d'accord. Nous un peu plus écolos, eux un peu plus pragmatiques, mais ça passe encore et s'il est un sujet sur lequel nous nous rejoignons avec le même constat affligé, c'est bien celui qui se rapporte au dénuement culturel de notre société et de l'abandon généralisé au profit d'un consumériste abêtissant. Il m'a d'ailleurs transmis un excellent papier de Jérémy Sebbane que je vous joins en fin de chronique où on constate que Saint-Emmanuel-qui-s'en-lave-les-mains-jointes n'a évoqué à aucun moment la culture comme élément essentiel du développement humain et social lors du nombril-show chez son ami Bouygues. Seuls le culte de sa personnalité et sa petite cour argentée l'intéressent.

Admirateur du premier ministre de la Culture, j'ai évidemment beaucoup apprécié cette fine observation de l'auteur de cet article, qui déplore que tous les candidats se réfèrent sans cesse à de Gaulle, mais jamais à André Malraux. Et de là m'est venue une idée - que je développerai sûrement un jour - qui peut paraître absurde ou dérisoire. On devrait militer pour une dictature de la culture. Cela changerait évidemment des camps russes, chinois ou coréens. Au lieu de la rééducation par la prison entre quatre murs ou des travaux forcés dans les mines ou dans les ateliers de confection, on enfermerait les récalcitrants dans des bibliothèques.

Ainsi un meurtre serait passible d'une peine de 6000 livres à lire, sans le moindre roman policier et en commençant par la bible, le coran et la torah. Pour un viol, la sentence serait de 4000 ouvrages dont on exclurait le Marquis de Sade ainsi qu'Esparbec. Quant aux délits de détournement de fond, fraude fiscale et autre grivèlerie, ils seraient passibles  de la lecture de 2000 biographies, essais, romans évoquant les engagements humanitaires, altruistes et internationalistes.

Dictature certes, mais à visage humain. Ainsi le président - ou la présidente, car je verrais bien Christiane Taubira ! - procéderait à une reconstitution des neurones, à une recérébration progressive. La suppression des résos-socios, de la vente des jeux vidéos et des caisses de magasins discounts s'étalerait sur la première année de ce régime autoritaire et salutaire. En revanche, les chaînes infos seraient immédiatement interrompues. Sur ces canaux de la TNT disponibles on pourrait alors admirer un canari sur la 16, un poisson rouge sur la 31... Autant d'animaux de compagnie bien plus utiles que les élucubrations de Barbier, Pujadas, Hanouna et Zemmour. Arte deviendrait la première chaîne - vu que tous les demeurés de la France profonde ne savent regarder que celle-là -, la Cinq deviendrait la 2 et comme ce régime saurait se montrer magnanime, France 3 resterait sur la 3. Les mémères pourraient aussi retrouver TF1, sur youtube entre deux et huit heures du matin.

Le passe sanitaire serait immédiatement abrogé et remplacé par un pass culturel, le CCM (certificat de connaissance minimale). Tous les six mois une piqûre de rappel serait néanmoins nécessaire. Elle pourrait prendre la forme d'une fiche de lecture, incluant trois ouvrages différents. Avec moins de trois fautes, les gens pourraient boire un café à leur guise et accéder aux lieux publics, boîtes de nuit et restaurant sans risque de contaminer le voisinage par la connerivirus.

Deux heures de marche à pied quotidienne, une visite de musée hebdomadaire ainsi qu'un spectacle dans une salle de cinéma "art et essai" ou un théâtre, deviendraient naturellement obligatoires.

Si l'usage de l'avion serait réglementé avec un prix plancher - des vaches - à 500 € et seulement une fois par an et par habitant, il devrait être assorti d'une justification culturelle (opéra, musée, exposition, vernissage) et en aucun cas commerciale, de glissade ou de baignade. Pour ceux qui souhaiteraient absolument faire glissette ou trempette, nous avons suffisamment de pentes et de plages chez nous.  Étant entendu que les migrants seraient tous intégrés et alphabétisés, la Méditerranée aussi bien que la Manche, ne connaîtraient plus de saturation intempestive.

Vous l'aurez compris, il ne s'agit là que d'une ébauche, mais si nous nous mobilisons par milliers, on peut très bien convertir des millions de gens qui ne supportent plus la tyrannie des consoles électroniques,  FIFA 2022 et Super Mario.

Et si nous parvenons au second tour... tout peut arriver !

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