UN PLAN QUANTIQUE : ALLÉLUIA !

Dans l'art de la rhétorique qui laisse pantois, le septième président de la cinquième République est passé maître. Petite revue des mots alambiqués et des phrases perfides, parfois assassines, prononcé par un homme qui maîtrise peut-être son vocabulaire, mais méprise ceux à qui il s'adresse.

Vous allez encore dire que je parle toujours de Macron. Mais soyez justes et sincères. Ce n'est rien par rapport à ce que Macron parle toujours. Je ne sais si ce sont ces chiennes d'infos et ces zéros-socios qui amplifient le phénomène, mais enfin avec ou sans eux, c'en est quand même un de pas ordinaire... de phénomène. Dans la famille je sais tout, j'ai tout vu, je vais vous expliquer et puis aussi vous rabaisser, bonne pioche ! 

Le général de Gaulle parlait au français une fois par an avec compassion. Lui c'est tous les jours et de compassion il n'en ressent que pour lui ! Et dire que l'on imaginait avoir touché le fond avec Sarkozy intervenant à tout propos et sans grande pertinence non plus. Mais enfin - il faut que les gens aient disparu pour qu'on leur redécouvre quelques vertus - il avait dans son expression, quelques chose d'humain, presque de chaleureux, tiens de charretier ! Ses errements syntaxiques, ses égarements sémantiques, ne laissaient d'interroger, d'inquiéter même, quant à son aptitude au poste. Quand on pense que par la suite, à travers le monde, des sociétés payèrent des cents et des mille et s'arrachèrent sa parole, on en reste tout de même coi ! Mais enfin, le Sarko " y parlait com'ça, le franchouillard, pace qui voulait fair" peupe et même que les gens y z'aimaient ben ça, vin dieu."

Rien à voir donc avec la droite compassée, affectée de noblesse et collet montée, incarnée par sa majesté jupitérienne. Le jeune monarque les surpasse, les écrase même tous, Pompidou et Giscard compris. 

Ceux qui suivent, atterrés, la fulgurante trajectoire de cet avatar de la gauche libérale sont les derniers étonnés. Lui qui s'offusquait de voir tant de femmes illettrées dans les ateliers de poulets Doux, qui trouvait que les cas sociaux coûtaient un pognon de dingue et parlait élégamment de ceux qui ne sont rien et devraient traverser la rue pour trouver du travail, qu' a-t-il de commun avec l'humanité ? 

Mais dans ce mépris pas toujours raffiné à l'égard de ceux qui ne l'ont certes pas élu - mais dont il devrait tout de même se méfier - il a franchi quelques strates pas beaucoup plus délicates mais nettement plus sophistiquées dans leur présentation.

Je ne regarde jamais la télévision et surtout pas celui qui l'a comme qui dirait annexée, mais je lis un peu. Or donc, il me fit forte impression lorsque le 14 juillet dernier il se décréta à l'hémistiche de son quinquennat ? C'était joli, non ? J'ai repensé à la femme de Doux à Châteaulin, mais tout autant à son propre électeur startupper ou diplômé des hautes études de commerce qui sait comment rouler n'importe quel client sur terre, mais ne dispose d'aucune culture générale. Tous se sentirent probablement un peu plus idiots que d'habitude, cherchant une relation peut-être avec un Amish, une moustache…

Cette semaine, tel un compétiteur insatiable, il accrocha la barre un niveau au-dessus et lança lors des vœux à l'élite des armées, une peur obsidionale, comme on tire à vue sur des cerveaux en suspension. Une peur obsidionale ! Ces militaires qui ont davantage pour coutume de se gratter le cul, se grattèrent désespérément la tête à la recherche d'une révélation improbable. Rien ne sortit et pour cause…

Ils doivent être quelques milliers d'agrégés de lettres sur la terre à connaître non pas la peur - de ce côtés là le service de communication est au top ! - mais la peur obsidionale. 

Alors d'après mon petit pote Robert, ce voisin qui ne dort que d'un œil sur une étagère de ma bibliothèque, il s'agit d'un peur qui frappe la population d'une ville assiégée. Ben ça alors ! Voilà qu'il nous traite tous quasiment de paranoïaques. Ceci étant, comme cela va faire un an qu'il nous enferme derrière un masque et nous assigne parfois à résidence, toujours en état d'urgence, le lien peut-être ainsi établi et l'obsidionale... subliminale. 

De toute façon, je sais pas pourquoi mais je le sens "colère" le président. Il a sermonné hier, devant ces chercheurs et ces étudiants qu'il aime tant, "la France qui est devenue une nation de soixante-six millions de procureurs." Ouh là ! ça, je pressens que ce n'était pas un compliment non plus. 

Mais attendez, le meilleur est pour demain. Se projetant bien au-delà de son quinquennat, tenant évidemment sa réélection pour acquise, il a lancé son "plan quantique" dans lequel il veut investir 1,8 milliards d'euros. Une paille depuis qu'il a découvert la machine à cash infini. 

J'ose espérer qu'il n'échappe à personne que la technologie quantique va faire évoluer l'industrie et l'informatique comme jamais. Alléluia ! Être passé des chevaux de labours aux explorations spatiales en un siècle n'est absolument rien en rapport des progrès que nous devrons à l'optimisation des particules élémentaires et du boson de Higgs, dont on a tant besoin. Sans même nous en rendre compte tant on est idiots...

Si je peux me permettre un petit pronostic, avec un programme pareil, Macron sera réélu sans peine, peut-être même dès le premier tour. En revanche, Jean Castex aura bien du mal à garder son fauteuil de premier ministre. Il me semble que se profile là, une voie royale pour Cédric Villani.

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