UNE RÉPUBLIQUE À RETROUVER

Il y a donc tout juste 150 ans aujourd’hui, commençaient les réjouissances. Les troupes Versaillaises, un peu plus de deux mois après la révolte des Communards et leur élection à Paris, décident d’en finir, massacrent vingt mille insurgés et vont en exiler au moins autant, dont la moitié ne reviendra pas.

Comment et alors ? Alors, alors… Je sais bien que cela commence à remonter. Un siècle et demi, une paille ! Et lorsqu’on voit des enfants mourir aux frontières de l’Europe, la police de Sanchez bastonner de jeunes marocains qui cherchent un avenir meilleur ; un état d’occupation bombarder massivement un peuple opprimé au moyen-orient et que dans le même temps, un président et son premier ministre sirotent tranquillement leur café en terrasse, comment voulez-vous que le citoyen moyen et mesquin, éveille sa conscience ?

Le citoyen pense que c’est essentiel de pouvoir boire son café en terrasse et il est reconnaissant à son gouvernement de l’y autoriser un an et demi après le début de la pandémie. Le citoyen se dit aussi qu’heureusement qu’il y a la police pour empêcher tous ces métèques et les macaques de venir manger notre pain. Pas tant que l’on en manque, mais plutôt que ces fainéants feraient mieux de faire pousser du blé chez eux, plutôt que de nous piquer le nôtre…

Mais peut-être qu’il en existe parmi vous - des citoyens - qui trouvent tout cela insupportable. Des gens qui ont préservé un brin de conscience, de sensibilité, d’humanité et peut-être bien de respect d’eux-mêmes. Ils ne sont pas majoritaires, mais ils existent partout. Dans la résidence, l’immeuble, peut-être même sur le palier ; dans le quartier, le village, la campagne. Des gens normaux qui n’en peuvent plus de voir ce pauvre monde perdre toute compassion, toute bonté, toute raison.

Je vis en Lozère et je viens de recevoir récemment le mail d’un collègue se chargeant de rassembler tous ceux qui partagent les mêmes indignations, une envie d’en finir avec ce pouvoir centralisé, autocratique, autoritaire et jupitérien. Nous ne sommes pas plus de cent. Certes ce n’est pas lourd. Mais cent consciences qui s’éveillent et se lèvent, ce n’est plus tout à fait rien. Internet, plaque tournante de la modernité de communication et d’une réelle évolution culturelle, en constitue évidemment l’outil moderne, évolutif et possiblement irrésistible. Il permet de se constituer, se concerter et se renforcer.

Sans tous ces moyens, mais aussi en des circonstance peu comparables, ceux de la Commune de Paris (et ailleurs en province, Claude me dirait n’oublie pas Marseille ! ) réalisèrent cette prouesse de se rassembler et d’ avancer dans leur projet de constituante et de renouvellement des cadres.

En Lozère cela m’a permis de retrouver deux copains, Baptiste et Gilles. Rien que le fait de se connaître à un effet rassurant et surtout galvanisant. Bien entendu, on ne rencontre pas parmi ces nouveaux indignés prêts à se fédérer pour lutter en faveur d’un monde plus juste, de grands patrons, de professions -ultra- libérales, ni beaucoup de start-upers, mais souvent des femmes et des hommes de valeur, déjà engagés dans le monde associatif, éducatif, culturel, médical et social. Des personnes ayant fait de l’altérité un idéal ou à défaut une façon de penser le monde. Et de le panser aussi,  même si là il faudra beaucoup de sparadrap.

Certes, il s’agit pour combattre Marcheurs et Nationalistes, de préparer des échéances électorales proches, telles que les législatives 2022 en trouvant des candidats communs capables et fiables. Mais peut-être aussi de renverser le système démocratique qui, jusque-là, permet au premier illuminé venu, suivi par 25 % de crétins, de se retrouver à la tête de la France par défaut. Et plutôt que d’accepter qu’un type s’impose comme le catalyseur de la base, il convient au contraire que la base choisisse son programme et ses thématiques prioritaires et que sur cette foi-là, elle désigne celle ou celui qui pourrait éventuellement la représenter.

Voici l’inversion pyramidale, ou si vous préférez la transversalité, qui redonnerait du sens à nos existences et surtout à l’ordonnancement d’un monde en déshérence éthique et morale. Ce serait évidemment en finir avec ce régime présidentiel d’un ancien monde avec lequel nous jetterions évidemment le dernier avatar.

Eh bien si vous pensez cela, c’est assez simple finalement ! Il suffit de faire suivre ce mail ou mieux encore cette idée, de l’étayer et la décupler. Nous ne sommes certes pas majoritaires à l’instant, mais qui peut douter que les belles idées puissent faire encore leur chemin ? Un peu plus loin peut-être que celui qui conduisit au massacre des Communards par les royalistes et catholiques - ennemis de la République – en 1871.

On n’est pas non plus obligé d’y laisser la peau !

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