TRAHISON !

Pourquoi la gauche va si mal en France ? Parce que lorsqu'elle fait 18 % en PACA au premier tour et qu'elle dispose d'un énorme réservoir d'abstentionnistes, elle se retire au non des vielles lunes de Front Républicain. Or face aux violences du Macronisme et du Nationalisme, une gauche de reconquête se serait honorée en menant le combat sans se débiner. Lamentable !

Comme la plupart des gens de gauche, je suis écoeuré... par la gauche. Pourtant lundi matin était apparue une petite lueur dans le ciel triste de notre démocratie. Elle venait de PACA où le soleil, c'est bien connu, se montre plus généreux. Jean-Laurent Félizia, candidat écologiste et de l'union de la gauche se maintenait au second tour des élections régionales aussi bien face au RN qu'au front des Républicains en marche. Certes 18 % ce n'est pas beaucoup, mais ce sont tout de même pas loin de 200 000 voix. Et avec une abstention de plus de 65 % rien ne semblait impossible au second tour. De plus, Monsieur Félizia n'était nullement détenteur de ces votes puisque l'écologiste faisait équipe avec d'autres composantes de la gauche.

C'est alors que s'immiscèrent les donneurs de leçons parisiens avec leur injonction à laisser la voie libre à Hugolin Muselier. Il fait bien rigoler Bayou avec son front républicain, lui qui puise dans le macronisme cette tendance peut-être génétique à avoir les dents qui raient le parquet. En devançant de peu les filles de l'Île de France Audrey Pulvar et Clémentine Autain (quel dommage, Clémentine !), le voici leader de la gauche défigurée par tant de manigances et de lâcheté.

Mes pauvres amis, dans quel état se trouve la démocratie ! Avant, les jeunes votaient à gauche comme les ouvriers et les intellectuels. Mais depuis vingt ans, la friche politique que nous avons laissé s'étendre par un lymphatisme structurel, expédia les milieux populaires directement vers l'extrême droite. Et ce sont eux - nos camarades égarés - que les pères la vertu du socialisme voire même du communisme, traitent comme des moins que rien, quand ils ne les diabolisent pas sous prétexte qu'ils se reconnaissent mieux dans le discours de Marine Le Pen que dans ceux de Manuel Valls ou Anne Hidalgo (ce qui ne signifie pas qu'ils aient une dent particulière contre les Espagnols !) Les intellectuels eux, ne pensent plus ! Quant aux nouvelles générations elles ont été poussées vers l'abstention...

Et comment en serait-il autrement lorsque ces jeunes constatent que désormais il n'y a plus qu'un seul parti respectable : les Républicains (à voile ou à vapeur). Comment voudriez-vous qu'il y ait encore des électeurs de gauche lorsque ceux qui s'en revendiquent rejoignent l'ultra-droitier Macron ou se couchent devant les sarkozystes. Vous le comprenez, vous ? Hé bien tant mieux ! Mais pas eux.

L'érosion affolante de la gauche, ne cherchez pas, elle vient de là. De cette pâle démagogie consistant à sataniser un Mariani. Sauf qu'il y a quelques années en arrière, Mariani aurait très bien pu être candidat à la place de Tartarin Muselier puisqu'il appartenait au camp Républicain. Et dans la même situation, les Verts et leurs complices du PS et de LFI - si, si, j'ai entendu ça aussi ! -, se seraient déballonnés pareil en faveur de Mariani pour barrer la route au nationaliste de service. Pendant ce temps on tresse des lauriers à un Wauquiez probablement plus sécuritaire, identitaire et rétrograde que bien des adhérents du RN et en tout cas totalement compatible avec leurs idées. Voici que la gauche aime Wauquiez ou tout au moins qu'elle ne lui trouve rien à redire ...

Voilà, camarades, pourquoi il n'y a plus de gauche (indépendamment des mangeurs de caviar d'Aquitaine et d'Occitanie encore à l'abri sur leurs terres d'élection). C'est qu'en vertu des grands principes, elle s'est retirée, enlevée du milieu. Pire elle s'est elle-même jugée inutile... Gagnée par cette macronisation galopante et pour le coup diabolique de la vie politique, accréditant la thèse qu'à part le monstre nationaliste, tout se ressemble et que tout s'assemble. Raison pour laquelle aussi, comme pour Philistin Muselier à Marseille, on se réfugiera tous l'an prochain, sous les bras protecteurs du sauveur de la République, Emmanuel Macron.

Ces manoeuvres honteuses autour de l'ego d'un seul Dieu providentiel nous mettront-elles durablement à l'abri de l'extrême-droite ? Je vous laisse y réfléchir. Pour ma part, voilà qui est dit. Et ça va déjà beaucoup mieux ! Peut-être demain aurai-je repris mon souffle et retrouvé mon calme. Mais je vous préviens : c'est pas sûr !

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