MACRONIQUE MENACÉE PAR DES ENFANTS

Là je me sens coupable. Je vous néglige. Si, si, ne me dites pas non poliment, je le sais. Macronique, rigoureusement - ou presque - quotidienne, devient à intervalles réguliers, périodique voire erratique. A tel point que certains des abonnés m'ont directement menacé d'exiger le remboursement !

Quand je parle d'abonnés, de suite, ça fait un peu rouleur de mécanique. Moi qui l'aime si peu, la mécanique. Mais enfin s'il est un fait que cela ne me rapporte strictement rien et ne flatte pas davantage un ego qui n'est pas sans égal, je confesse que j'y suis attaché à ma centaine de copains qui, sans être suspendus à mes moindres stances et sentences, apprécient peut-être de me savoir vivant et même encore virulent.

Si bien que je les aimerais bien plus nombreux que les cent courageux qui se réveillent, en temps ordinaire, avec mes indignations matinales et mes "couillardises" - comme disait maman -, habituelles. Si bien aussi, que j'échangerais volontiers avec les mille abonnés que je viens d'atteindre sur Youtube. Il s'agit du seul réso-socio que je fréquente et si je ne déteste pas partager quelques belles vidéos de pays, cela n'en reste pas moins très superficiel, insignifiant même et c'est bien pour cela que ça marche. J'ai notamment toujours en travers du gosier cette vidéo de France 3 traitant de la parution de mon livre-poème "Vachement belle" qui fit plusieurs milliers de vue, mais ne m'en fit vendre quasiment aucun !

Reste que j'apprécie cette proximité, cette complicité qui se sont établis au fil des mois et le ralliement à Macronique - surtout lorsque cela concerne de vieilles et amicales connaissances, m'enchante. D'autant que tout en pratiquant un style direct et des propos percutants, je garde toujours au fond de moi, l'espoir de rallier à mes causes précieuses des citoyens et des électeurs "récupérables".

Seulement c'est toujours pareil, lorsque les vacances des gamins approchent, je suis de la revue. Voici les petits-enfants qui débarquent au grand air d'Aubrac ou bien les vieux que nous sommes, contraints de sacrifier au bonheur de leur garde, du côte dé La Farlède. Car oui, évidemment que c'en est un de bonheur, qui prend encore plus de sens et de force lorsqu'on pense à ceux qui n'ont pas, eux, ce redoutable plaisir, cette inégalable sensation d'être des grands-parents. Et l'auraient mérité largement autant que nous.

Après, je ne vous cache pas qu'il faut une bonne dose d'inconscience, d'insignifiance voire de masochisme pour s'en réjouir durablement. Lorsqu'ils vous ont sauté sur la couenne une journée durant, gueulé dans les oreilles, cagué dessus et que pour finir ils refusent de s'endormir en braillant qu'ils veulent leur maman, faut déjà être armé. Sans compter qu'ils ont peut-être passé la journée à vous discréditer en vous trouvant très vieux, un gros nez, un bide monstrueux, des veines toutes bleues, des tâches brune sur les mains... Et que papa il tape mieux dans le ballon, et que maman elle fait mieux la quiche lorraine, et que l'autre papi il sait tirer à la carabine et ramasser les asperges sauvages...

C'est rien de dire qu'on est très heureux de les voir arriver, mais qu'on l'est encore davantage quand ils s'en vont. Non, rien de le dire ! Enfin, on va pouvoir récupérer de ces huit jours exténuants. Ah non ! Ça c'est ce que vous croyez. C'est la vie de retraités normaux, mais nous non ! Pas du tout. Car on a une vieille copine - enfin non, j'enlève vieille - une copine qui est tombée aussi amoureuse de l'Aubrac - enfin je crois que c'est ça et que c'est pas de ma femme, par exemple...- qui débarque pour le reste de la semaine. Manque de pot, chez Bastide c'est plus ou moins fermé, alors qu'est-ce que vous auriez fait à ma place ? Ben oui, pardi ! " Viens quand même !" qu'on lui a dit. Elle a fait celle qui était gênée mais elle viendra... Elle ne sera pas repartie qu'un autre couple viendra sonner - s'il trouve la sonnette, sinon tapera à la porte de La Devezette... Jusque-là avec eux on avait bien joué. Avec deux confinements, une tempête de neige et la visite impromptue des enfants, on avait toujours réussi à repousser l'échéance, mais cette fois, à moins de devenir réellement suspects, on n'a rien trouvé…

Et d'ici à ce que la semaine suivante un beau-frère se mette dans l'idée de venir livrer un vieux meuble qu'il doit nous apporter depuis des mois, y a pas des kilomètres (enfin si, 180 !)

Alors je vous le demande. Quand ai-je réellement le temps de rédiger et plus encore de structurer Macronique pour en faire quelque chose de lisible, voire attractif ? D'autant qu'il n'y a pas toujours de quoi soutenir un texte quotidien. Prenez ainsi aujourd'hui, qu'aurais-je pu mettre en chronique ? Que la caisse de retraite a écrit à mon épouse pour l'informer que 2,50 € lui seraient retirés au titre de l'impôt sur sa pension de 240 € ? Si ! J'aurais écrit qu'en cette époque formidable où l'on prône l'égalité homme-femme, le versement d'une pension mensuelle de 240 € à une ancienne mère au foyer, était effectivement un signe très encourageant !

Peut-être me serais-je déchaîné contre Estrosi, ce personnage que j'ai appris à détester durant sa période héroïque en sarkosie. Obséquieux, suffisant, intriguant, - macroniste en somme - et qui dans la crise de la COVID nous joue une comédie pitoyable en même temps qu'une partition autoritaire bien à son image. De l'obligation du masque, au couvre-feu, en passant par le vaccin et le troisième confinement, il leur fait la totale ! Bon, ça va que c'est à Nice et que c'est bien fait pour eux !

Peut-être aussi des 800 000 euros réclamés par les parents d'Alexia qui sont décidément très malheureux et ont besoin de cette somme pour se reconstruire. Et puis vous pouvez être certains que Jonathann va se faire un devoir de leur signer le chèque. C'est quoi de nos jours 800 000 € ? Surtout lorsqu'on spécule en prison.

Et des types à la NASA qui se sont congratulés longuement parce qu'ils venaient d'envoyer un merde de plus sur Mars. Et des médias qui semblent prendre un malin plaisir à valoriser ces soi-disant exploits incroyablement anachroniques et contre-nature. Au moment où, plutôt que de la fuir, il faut urgemment choyer notre terre et y promouvoir la sobriété, le partage, la cohésion. Et la cohérence...

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