LA BELLE FLÈCHE DE LARCHER

Il n'a pas le physique de Guillaume Tell, ni de Robin des bois ou Kevin Costner et pourtant j'aime bien les flèches qu'il décoche. Ne lui en demandons pas plus. Avec son goitre de pélican fourbu et son bide de bénédictin repus, il ressemble plus à un président du Sénat. Et ça tombe bien, il l'est !

Plus Alain Poher que Gaston Monnerville, mais ne chipotons pas. D'ailleurs plus personne ne connaît Gaston Monnerville. Et surtout pas le petit con - et je pè-se-bien-mes-mots - qui ne vas plus voter, parce que de toute façon la droite et la gauche ça ne veut rien dire. Qu'y a du bon dans les deux. Nanani-nanana... Et qui votera Macron parce qu'il est jeune et bien mis et que c'est lui qui a dit que tout ça c'est pareil !

Je fais parti des vieux cons - et je ne pèse pas mes mots - qui pensent tout le contraire et que non,  la droite et la gauche ce n'est pas pareil, ça n'a même strictement rien à voir et que l'on ne peut pas résumer la vie politique à une opposition manichéenne entre les gentils démocrates et républicains d'un côté, les horribles nationalistes fascistes de l'autre. Il faut être politiquement inculte et très ras du bonnet pour adhérer à un tel leurre agité avec succès par un arriviste sorti de nulle part et n'hésitant pas à se placer humblement au rang des divins.

Larcher malgré sa rondeur qui donnerait presque envie de l'inviter à prendre la carte du parti radical-socialiste d'avant la cinquième République, est de droite. Contre le mariage homo, contre la régularisation des sans-papiers, pour le report de l'âge de la retraite, pour la consommation et la loi du marcher, pour le rejet des migrants à la mer... Il est vraiment, de tout coeur, de droite.

Mais au moins il l'assume. Il est tout ce que j'aime combattre même si souvent ce combat est inégal, mais également tout ce que je respecte, honnête avec lui même et plus encore avec les électeurs. Et si vous voulez, j'espérais bien en effet que Gérard Larcher, contrairement au faux-jeton de Jacob, sache en tant voulu rappeler combien Macron abimait le débat démocratique en ensorcelant les "ravis" de la droite et de la gauche en leur faisant croire qu'il n'y avait en somme qu'un seul ennemi : le Rassemblement national et sa sorcière mal-aimée. Réfléchissez brave gens, si vous voulez être protégés de Le Pen et de la Wehrmacht, suivez moi, vous serez tranquilles...

"À force d'avoir voulu fragmenter la gauche et la droite, au fond est-ce que le résultat n'est pas de fragmenter la démocratie aujourd'hui ! " Et de provoquer un véritable séisme, avec l'abstention des deux tiers des citoyens ? À mots comptés, bien soupesés et décochés, le fin limier de la politique a fait mouche. Il n'est évidemment pas certain que parmi les fanas de la République en marche et les fadas qui croient que l'on peut-être de gauche et de droite en même temps alors que tout nous oppose, cette flèche lancée par un dinosaure de la politique parfaitement inconnu des zéros-socios et de ces bof-générations pitoyables, porte bien loin.

Mais enfin, entendre un homme de conviction, certes en bout de course, mais dénonçant les ravages de l'opportunisme carnassier des marcheurs et de leur gourou illuminé, l'indifférence des ignares, des pleutres et des parvenus, cela fait un peu de bien à cette démocratie en déshérence.

Pas sûr néanmoins que cela fasse effet de suite - ni jamais- et que nous ayons 70 % de participants aux deuxième tour des Régionales !

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