CAPITALISATION ET CAPITULATION.

Voici que l'état, ultra-libéral doctrinaire, va remettre un pognon fou dans le capital d'Air France, dont il s'était largement désengagé en rêvant de le privatiser avec ses aéroports. Cela s'ajoutera au sept milliards offerts à la boite pour survoler les turbulences virales. Et si vous n'aimez pas l'avion, si vous n'avez pas les moyens de voyager, c'est sûr on vous le fera payer cher quand même.

Nous qui formons le peuple - ce vilain mot qui hélas prend ici tout son sens - sommes tous à des degrés divers, des béotiens de la finance, des enfants de chœur de la manipulation médiatique, des perdreaux de l'année du fonctionnement étatique. La plupart d'entre nous recevons les informations brutes, pour ne pas dire violentes, tantôt sonnés, tantôt déchaînés. Et lorsqu'on réagit, le fait-on subtilement ? On trouvera la réponse à l'examen des tragiques résos-socios. Faites gaffe quand même, il ne serait pas étonnant que ce soit contagieux. 

Ce matin j'ai atterri ! Atterré. Il était révélé sur la Tribune (qui n'est pas un journal sportif) une info sidérante. L'état envisagerait une forte recapitalisation dans Air France. Le chiffre n'est pas encore connu mais, émanant d'un pouvoir libéral ne jurant que par le privé, déjà, ça défrise ! D'autant que ce retour en force, intervient après que Macrèsus ait déjà filé un petit billet de 7 milliards à la compagnie pour compenser la coranacrisus ! Y en a un, dont j'ai perdu le nom et je le prie de m'en excuser, qui a trouvé que ce n'était pas moins de 250 000 euros par salaries qui était versé au transporteur. Et de l'opposer à l'indemnité de 1500 à 2000 € par tête de pipe versés à la PME en panique, aussi bien qu'au petit commerçant en déroute. C'est à mon sens déjà bien, vu qu'avant la COVID, un pauvre bougre qui connaissait de mauvaises fortunes parce qu'il était malade (j'en ai bien connu un !), qu'un client oubliait de payer une grosse commande, que son secteur d'activité passait de mode ou que la concurrence d'Amazon ou de McDo était trop forte, ou que tout bonnement il était trop branque, le brave mec, et bien on lui serrait le quiqui, on lui coupait le sifflet. Et bien heureux si en plus de baisser le rideau, on ne l'accablait pas d'amendes ou qu'on ne le jetait pas en prison. En attendant qu'il se suicide. 

Parce que filer des coups de pompes à celui qui est à terre, du malheureux en faillite qui ne connaît personne de haut placé au SDF en passant par celui qui n'est rien, ça il sait le faire l'état libéral, c'est même à ça qu'on le reconnaît. 

Bon admettons, je dois encore être à part, en marge, un amish, un cro-magnon.  Le type qui n'aime pas tellement voyager. Permettez moi d'avancer quelques arguments. Vous avez déjà été dans un aéroport ? Cette lumière blanche, ces murs qui tremblent, ces annonces qui entêtent, ces fourmis qui grouillent autour de vous... La bande de cons qui semble s'être concertée pour se retrouver dans la même file que la vôtre. La gueule des pandores derrière leur écran de contrôle. Et cette manière que nous avons tous de nous sentir suspects. 
Un jour - car j'ai beaucoup bourlingué pour le boulot, c'est bien aussi ce qui m'a vacciné - il y avait une femme un peu coincée devant moi, mais peu importe. Elle avait sans doute oublié de mettre son godemichet (je n'ai pas su s'il vibrait aussi) dans la valise partie en soutes. Elle dut le regretter. Car au lieu de lui foutre la paix, la malheureuse, il lui firent ouvrir son bagage. Pourtant elle n'était pas si ambitieuse, il n'avait rien d'un gourdin son jouet, mais surtout sa forme n'évoquait en rien celle d'un pistolet six coups. Même si avec ce genre d'objet on a plus de garantie sur la durée d'utilisation qu'avec le modèle original. Mais la question n'est toujours pas là. J'avais horreur des aéroports et alors encore plus des avions. Généralement vous y retrouviez les mêmes cons. Forcément z'avaient pas pu s'échapper... 

Vous me direz que je ne m'intéresse à rien. Pas ouvert sur le monde. Mais que si ! Je suis au contraire curieux de tout : des orchidées bulbeuses grimpant au flan du Piduratalagala au Sri Lanka ; des élevages de termites par le peuple premier des Hedarebs en Erytrée, aussi bien que de l'impressionnante collection de dents de vikings réalisée par une association de pêcheurs en retraite de Spjelkavik au fin fond de la Norvège. Mais pour suivre tout ça, moi je connais beaucoup mieux : la téloche. Elle est pas toujours si moche, on trouve sur des chaînes gratuites, la 5 et Arte, de fort belles choses. C'est peut -être la raison pour laquelle personne ne les regarde ! Sans doute sont ils partis en voyage... 

Je n'y comprends rien, mais en résumé ce que l'état tient à maintenir dans la transition écologique c'est le transport aérien, tous ces gens qui prennent l'avion souvent pour rien.  Et nous offrent de mirobolantes traînées dans notre ciel si bleu. Té,  voila sept milliards, n'en parlons plus ! Une broutille. Mais enfin elle est du genre de celles que nous allons tous  sentir passer quand même. On aura droit à quelques  points supplémentaires de TVA, de CSG et je ne sais ce qu'ils vont inventer !  Car il va en falloir de l'imagination afin de poursuivre la re-capitalisation des forts et la re-capitulation des petits.

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