ET SI L'ON PRENAIT BORIS !

Dans son dernier ouvrage (Des âmes et des saisons -Odile Jacob-) Boris Cyrulnik défriche quelques pistes qui ne s'éloignent jamais de la ligne tracée de résilience. il invite à réfléchir à un dépassement des modes de vie auxquels nous sommes souvent inféodés, incapable de couper notre élan de compétition et de consommation. Si nous allions plus lentement. Ensemble...

Il est des voix que j'aime entendre et même suivre. Surtout si elle ne sont pas trop bruyantes et trop... suivies. Elles sont rares, vous le savez et singulièrement lorsqu'elles montent du Var, où je compte une flopée d'amis et parmi les plus chers certes, mais quasiment autant qui m'insupportent. Notamment parmi les médiatiques, spécialistes de rugby, de pédopsychiatrie, de truffes et d'oursins... 

Alors certes vous m'objecterez que Boris Cyrulnik ne se tient pas à l'écart de la parole publique et des chaînes de télévision ! C'est juste. Mais il me plaît de croire que contrairement à tant et tant et tant d'autres, le Seynois d'adoption n'arpente pas jour et nuit les couloirs de BFM dans l'espoir qu'on lui tende les micros de la renommée. Pour lui elle est faite et parfaite. 

Un moment il est vrai j'ai été, comme beaucoup d'esprits critiques, à me demander si avec sa résilience, il n'en faisait pas un peu trop, le camarade. Ou si on ne lui en faisait pas trop faire.  Je me suis bien gardé de persister dans cette voie, car contrairement aux théories fumeuses, émollientes ou au contraire plus ou moins volontairement abstruses entretenues par une caste de philosophes et psys qui chantent, celui-ci tenait en son bec, l'essentiel des bases et des termes de l'existence. 

Résilience ! Le mot a enthousiasmé les cercles d'avant-garde et les faiseurs de salon, mais il a donné sans doute plus d'envergure, de substance à cette nature humaine, certes parfois coupable de lâcheté et de mesquineries, mais capable de surmonter l'ignominie et de sublimer la conscience. Non, vraiment, qu'un type qui a échappé aux rafles nazis à l'âge de six ans, en côtoyant les horreurs de l'humanité et la mort en personne, caché sous le matelas d'une mourante et dont la maman et le papa déportés ne sont jamais revenu, conceptualise la résilience, je ne sais pas vous mais ça ne me choque pas.  Ça file même plutôt un peu de sanquette comme on dit à Bordeaux. Même si c'est au 13 heures de TF1 ou dans Paris Match ! 

Donc, je parlais de Cyrulnik, oui mais à quel propos ? Ah oui ! parce que ce matin, c'était dans le Figaro. Madame en prime. En pire ! Comme chaque fois qu'il sort un bouquin (là il s'agit Des âmes et des saisons -Odile Jacob-), les journalistes se ruent sur le neuropsychiatre. Et là d'autant plus que le propos tient essentiellement à ce que nous allons faire, collectivement, de l'épreuve imposée par la pandémie virale, le recul de nos liberté, les frustrations, les faillites... Ainsi ai-je retrouvé dans la déclinaison des principes avancés pour surmonter l'époque, l'essentiel de mes propres théories qui, ne reposant sur rien, n'en tiennent pas moins debout dés lors qu'elles sont étayées par de si solides pieux. 

Ça attaque fort, même si l'on peut à l'extrême, considérer qu'il ne fait que réaffirmer un principe dont tout être responsable est conscient : " Avec la pandémie, nous avons dû comprendre que l'homme n'est pas au-dessus ou supérieur aux animaux. Il est dans la nature. " Oui mais quand même, il n'est pas forcément inutile de le reposer là. 

Puis encore : " Nous vivons dans un sprint consumériste qui a provoqué la dilution des liens, gommé les âmes et les saisons, provoqué une déritualisation culturelle. On ne pense qu’à la réussite sociale... Mais après la catastrophe, le traumatisme pousse toujours à emprunter un chemin nouveau. .." 

Et dans la même interview du Figaro madame - à qui en tout bien tout honneur, je me permets de baiser la main gantée -, il offre trois options : " On peut repartir comme avant, ne rien changer à l’économie, à l’hyperdéplacement et à l’hyperconsommation, et un siècle d’épidémies nous attend, avec un nouveau virus dans trois ans. On peut voter pour un dictateur qui nous escroquera en faisant croire qu’il a la solution et la vérité, cela existe déjà ici ou là. On peut enfin opter pour une nouvelle naissance, c’est la voie à laquelle je rêve. Nos atouts pour une renaissance sont la (re)découverte de la lenteur, l’accès au savoir pour tous et de nouvelles ententes de couples où chacun fait sa part d’effort... "

Et tiens ! si pour incarner cette troisième voix, on mettait à la présidence Cyrulnik Boris. Oui je sais, vous allez m'objecter - surtout les électrices jamais insensibles aux yeux de velours de jeunes loups chefs de meute - que c'est quand même un vieux clou. D'accord, mais vous pensez que c'est mieux avec un incompétent de quarante ans ?

 

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