LES DINGUES DÉBARQUENT AVEC LEUR POGNON

Mes indignations sont multiples et l'âge avançant, cela ne s'arrange pas. Mais enfin un jour prochain, cela s'arrêtera net. Lorsque je serais fatigué de vous fatiguer avec ce qui me met en boule, en pétard. En colère, n'ayons pas peur des mots. Et cela me ramène toujours à l'argent.

Pas celui que je vénère et rêve de posséder - contrairement à la plupart des autres - mais celui qui s'insinue partout comme un vent mauvais et que j'exècre. Celui qui - souvent pour très peu autant que pour beaucoup - rend laid, bête et méchant

Ceux-là me trouveront sur leur route où j'ai bien conscience qu'ils se feront un plaisir de m'écraser en m'adressant un bras d'honneur. Car tous les dégénérés de la star up néchion en sont convaincus : l'argent, c'est bien !

Aujourd'hui c'est le rugby qui est la cause de mon courroux. Je vais dans les mois qui viennent l'évoquer plus souvent qu'à son tour, lorsqu'il s'agira de présenter le livre que j'avais sous le coude et que vous aurez bientôt entre les mains. J'ai pensé qu'il intéresserait bien au delà des passionnés de ce sport, car cela se lit un peu comme un roman, comme un pamphlet aussi, un essai... forcément. J'y parle de mes belles rencontres, de mes tourments aussi, mais surtout de cette rupture lorsque le flouze est devenu plus essentiel à ce jeu que le maillot et le ballon lui-même ! Il faut dire que j'étais alors à Toulon, plaque tectonique de la dérive éthique de ce qui allait devenir un sport ordinaire, sans le moindre intérêt pour moi.

Bien que n'attendant plus rien de ceux qui le conduisent, j'espérais malgré tout que la COVID ait servie à faire prendre conscience de la fragilité économique du rugby qui a été créé à l'origine pour occuper agréablement une trentaine de garnements, éventuellement mettre quelques mécènes sur la paille et non pour produire du profit, de la spéculation ou du fanatisme.

Cet après-midi, c'est à lisant un article de Rugbynistère sur le net que je me suis énervé. Cela m'a même carrément empêché de faire la sieste et pour m'empêcher de faire la sieste, croyez-le, il m'en faut ! Plus qu'une paire de mouches me chatouillant les oreilles ou qu'une tronçonneuse attaquant la forêt voisine. Mais là, lorsqu'on s'en prend à mon rugby... Enfin non ce n'est plus mon rugby. Mais Sarlat ! Vous, vous rendez-compte ? Sarlat !

Figurez-vous qu'un hardeur de l'entreprise, toute fortune faite sur du vent aux États-Unis, tomba au hasard de ses pérégrinations sur Sarlat, comme l'opulence sur les riches. Et voilà t'y pas que, séduit par ses "valeurs", le type veut maintenant racheter le club et même le rugby tout entier pour en faire un produit marketing et faire de ces braves gens, des joueurs professionnel. Alors qu'à Sarlat comme ailleurs on ne demande qu'une chose. Faire du sport entre copains pour la santé et du rugby pour le plaisir. A commencer par celui de se retrouver le dimanche à 15 heures et bien plus tard pour l'apéro et la daube.

Mais je me suis dit que ce n'était pas de chance quand même pour Saint-Côme-d'Olt, parce que si le businessman en était tombé amoureux, il aurait sûrement repris le club de quilles de huit pour en faire une équipe professionnelle. Et ça m'aurait bien fait plaisir pour Xavier Palous et ses copains qui éprouvent toutes les peines à acheter des quilles neuves de temps à autre.

Bon enfin ! vous avez compris. J'avais fait une croix sur le rugby des villes, des Ligues et des affairistes. Mais j'avais espéré qu'il resterait dans les bourgades et villages une âme et une grandeur d'amateurisme. Comme un sanctuaire. Mais décidément les terroristes de la finance, les intoxiqués du pognon étendent leur toile sur les braves gens.

Et comme il ne savent faire que ça, ils finiront bien par gagner !

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