LE SOLEIL QUI BRILLE SANS ÉCLAIRER

Quel journal, voire quelle mutuelle ou groupe bancaire ne consacre pas une partie de sa communication au bien être des retraités. Lequel passerait si on les écoutait par une expatriation finale vers des paradis ensoleillés. Sauf évidemment en cas de pépin où ils rappliqueraient dare-dare façon Johnny Halliday...

Des mails à la con j'en ai reçu, mais celui-là, il a quand même le pompon. Il s'appelle "Retraite au soleil". J'ignore tout de son expéditeur. Je n'aurais pas dû le lire, pas même l'ouvrir et moins encore en faire cas. Seulement il m'a énervé et quand ça m'énerve, ça m'inspire.

Voilà de quoi il s'agit. L'auteur, dont peu importe le nom, la qualité et l'adresse - de toute façon ils sont partout ! - faisait part sur le mode ironique de son erreur. Lui qui était un fervent du "sud" - Espagne, Maroc, Portugal pour faire court -, venait d'apprendre de son oncle, qu'une enquête de Natixis (cherchez pas, c'est une banque forcément infréquentable) établissait une autre liste des endroits où il ferait bon vivre sa retraite. En tête l'Islande, suivi de Suisse, Norvège, Pays-Bas, Irlande, etc.

Eh bien le type ça l'a laissé sans voix ! Consterné qu'il était. Et lorsqu'il a retrouvé ses esprits, il s'est mis à se moquer. Comment pourrait-on vivre dans ces pays de barbares où il n'y a pas la mer et peut-être bien non plus, de soleil ? Et il continue : " J'ai posé la question à Bernard, un ami installé à Almeria qui m'a répondu : Suis au golf toute la journée. Temps superbe. Regarde ce soir en rentrant. Bise à toute la famille ” .

Ah oui ! que n'avais-je point pensé au golf. A Almeria. Or donc, ce type qui n'était pas très riche en France - soi-disant - pouvait glander sur les parcours de golf, assécher les dernières gouttes des nappes phréatiques terrestres pour maintenir le green impeccable, se préparer un splendide mélanome sous un soleil impitoyable et être bien plus heureux que ces cons d'Irlandais ou de Suédois.

Les revoilà ceux que j'ai fui du Var - mais pas seulement - qui ne mesure le bonheur universel qu'à l'aune de la température de surface de leur couenne et décident que la vie est belle dès lors que ça brille... Au dessus de leur auguste personne, car ailleurs... il s'en foutent bien ! Sans doute ont-ils distraitement entendu dire que l'eau manquait cruellement non loin des golfs andalous et marocains, que l'on crevait de faim partout sur la planète et que la même planète était en feu.

Mais peut-être ne savent-il pas encore qu'il est possible de vivre une belle retraite en toute simplicité, tranquillité, sobriété. Et que dans des contrées très arriérées - mais toutes proches - il est possible de se balader dans de vastes forêts enchantées d'oiseaux, de marcher au vent du nord et d'en ressentir les meilleurs effets, d'ouvrir un livre et le dévorer au coin d'une cheminée…

Qui sait même si ces symboles absolus de la pire société libérale et capitaliste se sont un jour demandés si le soleil n'éclairait pas d'abord la tête et le cœur ? A condition d'ouvrir parfois les fenêtres...

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