HALLOWEEN , LES IDEES COURGES !

A l'approche de la Toussaint, moi qui ai le foie et la foi fragiles, suis au bord de la crise. Pas tant que l'orthographe révèle ici toute son absurdité et que je craigne toujours maîtresse Gabrielle avec ses règles grammaticales acerbes - et autres coups de règle sur les doigts -, ni même que je trouve absurde de fêter les morts, mais que je redoute plutôt l'indigestion de citrouille.

A chacun ses phobies, ses angoisses existentielles. Il y en aura pour tout le monde. Entre ceux qui veulent empêcher la décapitation des arbres et la recrudescence de COVID 19, les profiteurs de la fin d'année, les coupeurs de poil de barbe du Père Noël en quatre (et parfois plus) se font un sacré mouron. Et si les moutons manquaient à l'appel de la grande distribution ! Si les Carrefour, BHV, Casino et autres bandits de grand chemin venaient à manquer de chalands ! Ils pleureraient pardi des larmes d'enfants privés de tout ce dont ils n'ont pas besoin, tout en adressant un clin d’œil complice à Macron et ses opportuministres, qui auraient tôt fait de leur offrir sur un plateau des millions d'euro de manque à racketter.
Et puis il resterait bien sûr la terrible amazon ! Celle-là pour fourguer aux gogos et à leur go-gosses, des tonnes de jouets débiles et inutiles à des prix fous, elle est passée maître.
Souvent ce sont les gens très pauvres et pire encore ceux qui n'ont pas d'enfants, qui souffrent même parfois de solitude, qui redoutent l'arrivée des fêtes. Et bien moi, j'innove. Je suis un papi comblé, bien peu seul - à moins que je l'ignore encore - qui s'alarme de voir bientôt les cheminées dégueuler de cadeaux, véritable symbolique de cette ignoble société d'égoïsme où l'on aime se partager toutes les richesses à quelques-uns. C'est évidemment plus alléchant que le contraire.
Cette semaine, je profitais de détenir en otages mes chers petits, pour tenter de les déconditionner à cette logique abjecte. " Qu'est-ce que tu préfères, leur demandais-je- à tour de rôle, avoir un peu moins de jouets mais que tous les enfants du monde puissent en avoir au moins un, où alors trouves-tu normal d'en avoir plein et que la plupart des enfants dans le monde n'en aient aucun ?" D'abord ils me regardèrent, éberlués, comme si c'était possible que sur cette terre, des gamins n'aient jamais aucun cadeau. Et puis, comme ce sont des enfants bien élevés, avec un cœur pur et généreux, ils m'assurèrent qu'ils voulaient bien partager avec tous les autres... Quelques minutes plus tard, ils cochaient néanmoins sur les nombreux magazines de marchands, une ribambelle de jouets dont soi-disant, ils rêvent.
Mais en attendant la grande fête chrétienne, il semble que l'on ait encore du mal à se débarrasser de celle des crétins. Même si Allo win n'est toujours pas le grand vainqueur de ce combat de tyrans du consumérisme. Je ne voudrais pas passer pour l'optimiste que je n'ai jamais été, mais il se pourrait qu'il commence à y avoir quelques défections dans le rang des sorcières, des mégères et leurs dégénérés de petits moutons déguisés en citrouille. Serait-ce l'un des multiples effets de la crise qui contraindraient les plus humbles à faire des économies sur les manches à balais, les toiles d'araignées, les cucurbitacées.
Je fais parti de ceux qui pensent que plutôt que d'augmenter le pouvoir d'achat, il convient d'éduquer les pauvres à acheter des potirons pour nourrir leurs enfants de bonnes soupes, plutôt que de leur tailler des dents acérées et de les vider autant que leurs propres cerveaux et les riches à payer plus d'impôts solidaires que de bagnoles hideuses et de voyages en avion délétères sur la terre comme au ciel.
Halloween n'est pas l'unique responsable de cette sorte de désespérance qui m'a graduellement envahie au point de me faire fuir. Mais enfin elle y contribua grandement. Car vous savez, vous qui êtes ici au lieu d'arpenter les rues à grands éclats de voix quémandant bonbons et chocolats, d'où nous est arrivé Halloween dans les années quatre-vingt. C'est du Nebraska, du Wyoming et de tout ces états où les blancs aux idées courtes et aux longues armes font société, que les sorcières partirent en quête de leurs semblables, un peu partout dans le monde.
Un demi-siècle plus tard, ce sont les mêmes qui se sont précipités pour désigner Donald Trump. Et un pays capable de s'enthousiasmer pour Halloween, d'en faire une sorte de cause commune, de référentiel culturel semblait effectivement condamné à se choisir une telle nullité de président. A moins que ce ne soit le contraire, mais je ne vois pas en tout état de cause, comment on peut espérer récupérer des peuples à ce point partis en déliquescence.
A ce virus colonisateur qui s'attaque irrémédiablement aux cellules cérébrales, pire encore que le Ketchup, McDo, Apple, Disney et Fessebouc, la France ne fut apparemment pas la moins réceptive. De là à craindre qu'une catastrophe de type Trump (genre Le Pen) ne nous tombe dessus…
Je garde quelques images des sorties d'écoles et des rues environnantes de mon domicile où le 31 octobre, des femmes monstrueuses, chapeaux pointus, robes dépenaillées, démarche d'une rare vulgarité, clope au bec et rire gras s'exhibaient en bande, précédées de nuées de petits braillards sataniques déjà condamnés à la bêtise et possiblement à perpétuité. Vingt-trente ans après, ces images me reviennent et me glacent encore.
Et c'est ce jour-là, pour de bon, qu'avant de fuir, j'ai saisi tout le sens du mot courge...

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