PIQUE-NIQUE EN LIBERTÉ !

Je serais bien allé manifester ma lassitude, mon désarroi - plus que ma colère - en ce énième samedi de riposte sociale et démocratique, mais il n'y avait rien de prévu dans les parages. Faut dire que l'Aubrac, c'est plutôt calme question manif. Marie avait une petite envie de marché à Saint-Geniez-d'Olt et cela tombait bien car nous n'y étions jamais allés.

Là non plus pas de signe d'agitation partisane. Tout le monde est masqué, QRcodé et propre sur lui. Et c'est bien mignon ce petit bout d'extrême Aveyron perdu en Lozère. Paisible dans cette vallée du Lot que l'on ne se lasse d'admirer, 1000 mètres plus haut, sur les monts d'Aubrac.
Maisons à encorbellement se mirant dans une large rivière où toutes les variétés piscicoles se meuvent insouciamment aux reflets argentés, cloître obscur révélant la face moyenâgeuse de la cité, mausolée Talabot de blanc éclatant et dominant, enfin sur le joli pont, cette statue des marmots selon une légende remontant à l'époque ou l'animal, désormais replié dans les Alpes, colonisait encore le Massif Central. Dans le vaste parc où la fraîcheur estivale attire les touristes à profusion, quelques marmottes résistent au réchauffement climatique. Marmot, c'est aussi le nom que l'on donne aux habitants de Saint-Geniez. Plus fort que Appaméen ou Caladois...

Avant d'entamer la rude montée vers Nasbinals par la route que le Tour de France emprunta en 2017 et classée en première catégorie (je dis ça pour ceux qui pensent encore que lorsqu’on arrive à 1400 mètres d'altitude ce n'est pas la montagne sous prétexte que la nôtre est à perte de vue, plutôt que coupée par des rochers pointus) nous devions reprendre des forces en profitant de la solide réputation des restaurants aveyronnais. Las, les portes de l'hospitalité ont été fermées par la bande jupitérienne le 9 août dernier et l'on ne peut plus profiter de ces joies simples de s'attabler où que ce soit.

Je vous rassure nous ne tombâmes pas d'inanition, les farçous du marché se défendaient et le jambon de coche était goûtu. A l'ombre des grands frênes qui bordent le Lot nous savourâmes les derniers espaces de liberté. En rejoignant la voiture nous aurions quand même bien pris un café. Mais pour s'asseoir cinq minutes en terrasse, il fallait encore présenter l'autorisation gouvernementale. Il paraît que le café c'est pas très bon pour la santé. Et puis bon, l'un dans l'autre on aura fait de sacrés économies... Faites moi penser à remercier les ministres concernés à l'occasion.

En remontant, je me suis dit que c'était une belle connerie la guerre. Et que contre la connerie y avait toujours pas de vaccin. Ils vont bien finir par réaliser que c'est odieux leur passe, que je me disais encore... " A moins qu'il y ait toujours des morts ! " menace le redoutable Véran de la COVID. Dans ce cas on contrôlera les faits et gestes des citoyens même après le 15 novembre. Et on les obligera à une troisième giclée. En attendant la quatrième... Enfin lorsqu'il n'y aura plus de mort par le virus, on enlèvera les roues des voitures. Pour supprimer les victimes de la route !

Cette descente dans la belle vallée du Lot m'aura fait le plus grand bien. Dommage que la remontée ait tout gâché !

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