LES PREMIERS DE CASSEROLE

Les chefs de cuisine qui n'hésitent jamais à donner de la batterie dès lors que l'on touche à leur énormes privilèges, semblent demeurer sereins sur leurs étoiles. Tandis que les petits bistrots de quartiers vont considérablement morfler, les racketteurs à toque reçoivent des aides à n'en plus finir. Dix millions. Par mois !!! Qu'est-ce qu'on pourrait faire bouffer de gens sur la terre avec ça.

Tous ceux qui font commerce et se sont accoutumés, sans trop de scrupules, à faire leurs choux gras, se déchaînent depuis que la COVID est venue rappeler fort opportunément qu'il n'y avait pas que la consommation, la dépense et le luxe dans la vie. On peut ainsi tout aussi bien écouter de vieux disques, laver ses fringues et les remettre, surtout que ceux qui se lamentent le plus ont généralement dans leur garde-robe de belles choses de marque qui s'usent bien moins vite que nos falzars achetés aux soldes de Zara. On peut aussi apprendre à cuisiner. Surtout que la plupart de ceux qui glandaient dans les bureaux et ateliers sont désormais en télétravail et disposent donc largement du temps de mitonner. Et parfois de se surprendre…

Peut-être trouveront-ils même quelque avantage dorénavant à cuisiner de bons produits plutôt que d'aller balancer un pognon fou dans des restaurants qui n'ont pas toujours le souci du premier choix. 

Je n'ai rien contre les petits restaurants. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il en faut, mais enfin il y en a. Dans les cas absolument extrêmes, il peut même s'en trouver qui ne trichent pas. Bon, très bon même et pas trop cher. Mais, nous sommes bien d'accord cela relève de l'exception et, lorsque vous tombez dessus, du coup de chance ! Non ceux qui me gênent ce sont les grands restaurants. Tout ce qui est grand m'agace. Sans doute parce que je suis plus petit. Je n'ai pas fait de grandes études, n'avais pas un grand restaurant, ne pratiquais pas la grande cuisine. Lorsqu'on mesure 1 m 74, à l'exception de Macron, tout ce qui est grand vous dépasse... 

Il n'empêche, les chefs je ne les aime pas. Le mot en lui même m'insupporte. Qu'est-ce qu'on pourrait bien faire d'un chef en cuisine, alors que la mission consiste à éplucher, laver, vider, cuire et parfois hélas aussi, congeler, recuire, etc.

Vous me direz, y a des chefs... d'oeuvre ! Ah vous aussi ça vous émeut la belle assiette, avec des mariages de couleurs, des mélanges de genre, des mirages de goût. Vous ne connaissez donc pas Curnonski ! Lequel proposait : « Le plus grand principe de toute vraie cuisine, c'est que les choses aient le goût de ce qu'elles sont.» Seulement voilà avec des types pareil, des théories d'anarchistes, comment aurait-on pu présenter des notes à 200 euros sans les vins ? 

Je n'aime pas les escrocs et pas trop non plus les "chefs". Je ne parle pas tant des individus, bien que la fonction créait  l'homme plutôt que le contraire. Je ne parle pas non plus de ceux qui font le show permanent à la télé, sans doute plus souvent que dans leur propre cuisine. Mon préféré c'est Estchebête. Comme ses pieds. Ses prestations sont d'un très haut niveau de détestabilité ! J'en reste coi. Je n'aimerais pas manger à sa table. Un cauchemar ! Et y il en a tant d'autres (Lignac, Darroze, Veyrat...) qu'il a, c'est un fait, surclassé. 

Tout aussi médiatique mais sans la mise en scène de cette télé-réalité de caniveau, je pense évidemment à Ducasse, un homme d'affaires probablement avisé, riche à millions et qui aussi bien, aurait réussi dans la restauration de... l'habitat ancien. Que n'a t-il pas dépensé autant d'énergie à nourrir le monde ! Je dois confesser toutefois de petites faiblesses. Pour Guy Savoy par exemple. Bien que de l'Isère ! Je ne crois pas qu'il se soit compromis sur TF1. Mais lorsque j'écoute ou lis ses interviewes, je le trouve, humain, sincère. Touchant. Il me donnerait presque envie de manger en sa compagnie et d'échanger. Pas que sur le rugby. Mais enfin ce n'est pas chez lui non plus que j'irais enfouir toute ma monnaie. 

Non vraiment, je ne les aime pas ces entrepreneurs de la bouffe et ce n'est pas tant leur passion que je remets en cause, que leur conscience. Car enfin, comment dans un monde en famine, dans un pays même où un million de gens ont faim, dix millions se situent sous le seuil de pauvreté et où vingt autres millions ont du mal à s'offrir une sortie à la pizzeria du coin, ose t-on présenter de telles additions ? Nous les avons bien entendu protester, les chefaillons de droits divins, mais pas trop. A part le roquet bordelais qui se croit autorisé à japper à tous propos. Mais les autres auraient plutôt tendance à donner la pa-patte. 

Le président avec lequel il partage un appétit immodéré par la cuisine ultra-libérale ne les a pas dédaigné. Dix mille euros par mois, levée des charges, suspension des loyers pour ceux qui en paient... Ça c'est de l'indemnité ! Z'y sont pas allés avec le dos de la cuillère pour sauver leurs étoiles, nos premiers de casserole !

Quant à nous, on va faire sans aide. Comme toujours ! Bouillir de l'eau et jeter une poignée de macaroni (ma camarade Aubry a bien précisé que ce n'était pas raciste). Et qui sait si, transporté par l'onctuosité de la noisette de beurre et le bon goût de l'emmenthal, nous n'aurons pas aussi une pensée émue, voire coupable, pour tous ceux dans le monde qui n'ont pas la joie, que dis-je l'honneur d'avoir seulement entendu parler d'Anne-Sophie Pic ou Pierre Auger...

 

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Spécial Thanksgiving : selon The Economist, depuis les années 1960, les dindes aux US sont passées d'un poids moyen de 5kg à 13kg (merci les hormones !)... et sur la même période, en moyenne, les Américains ont pris 12,7kg. Le poids d'une dinde. En gros -si j'ose dire - il suffirait qu'ils fassent l'impasse sur la bébête du 26 novembre, pour retrouver leur poids de forme. 

 

Happiness !!! Et ça, que mon cono de Montpellier m'a fait suivre, ne manquez pas ça ! Tout est dit de notre monde qui court à son malheur. 

https://www.youtube.com/watch?v=e9dZQelULDk

 

 

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