RETOUR A LA BERGERIE

"A force de tout voir on finit par tout supporter... A force de tout supporter on finit par tout tolérer... A force de tout tolérer on finit par tout accepter... A force de tout accepter on finit par tout approuver ! " Vous le connaissez, vous, cet Augustin d'Hippone ? Non, ce n'est pas un collègue de Michel Onfray, ni de Luc Ferry. Mais il parle bien quand même !

Il s'agit de Saint-Augustin ! s'exclameront stupéfaits par tant d'ignorance, les rares érudits de l'assistance à ce blog. Du coup, il n'y a plus la moindre éventualité que ce Manichéen, rallié sur le tard à Platon mais plus imprudemment à la Bible, fasse ici directement référence au re-confinement. Pourtant, il n'y a dans cette tirade enlevée, pas un seul mot à soustraire à la situation que nous subissons derechef. Que ce soit cet islamisme crapuleux ou cette doctrine d'enfermement des citoyens, nous sommes dans la même logique d'asservissement de l'homme, de son quant à soi, de sa responsabilité. De sa liberté. Interdit de blasphémer parce que quelques débiles profonds se raccrochent aux préceptes surannés d'un Dieu et d'une religion pour lesquels il ne me semble pourtant n' y avoir aucune raison d'être fier. 
Quelque chose me dit que les "gens" approuveront bien plus massivement ce qui précède que ce qui suit. Parce que s'en prendre aux musulmans, sans discernement ni objectivité, sans humanité ni intelligence, les désigner comme responsables de tous les maux et turpitudes, c'est ce que le Français fait de mieux, encouragé qu'il est par un pouvoir qui ne dit quasiment pas autre chose (2022 approche !) 
Interdit aussi de sortir de chez soi, car un virus qui traîne un peu les savates pour déguerpir, menace une population fragile mais très largement minoritaire. C'est aussi le meilleurs moyen d'éviter de se faire trancher la tête ! 
Ce re-confinement c'est un raffinement de mise en soumission, c'est n'importe quoi aux yeux de ceux, bien rares désormais il est vrai, qui veulent bien encore se donner la peine de puiser dans leur esprit critique et le recul que chacun, en principe, devrait s'imposer aussi bien par rapport à la mort, qu'à la vie ou aux libertés publiques.
On n'avait pas besoin - et l'histoire finira par le révéler - d'imposer un confinement qui, de vous à moi s'impose aux petits joueurs de badminton, mais pas aux sportifs professionnels, s'applique aux coiffeurs mais pas aux hôteliers, aux déplacements en forêt, mais pas au métropolitain et l'on pourrait multiplier les cas à l'envi, à l'infini, au vomi... Il suffisait de proposer à ceux qui ont peur de tout - et aux personnes vulnérables qui ont, elles, de vraies bonnes raisons - d'entrer dans leur terrier et de n'en plus sortir qu'au signal jupitérien. Et vu le nombre d'effarés que nous ne croisons déjà plus dans les rues, ça n'aurait pas changé grand chose à cette réclusion d'état. 
Un état toujours incapable de gérer cette crise, autrement qu'en débloquant des milliards pour soigner ses électeurs, incapable de prévoir un autre dispositif alors que son chef affirmait il y a seulement quinze jours, qu'un nouveau confinement était inenvisageable. Qu'ont-ils fait depuis six mois à part de se payer -à coup de milliards - une communication scandaleuse et la tête des Français ? Pas davantage de lit d'hôpital qu'en mars dernier, pas plus de tests organisés et fiables, pas plus de protection ciblée, aucune méthode. Le voilà le véritable échec et c'est à nous que l'on fait payer cette incurie. 
Non, je ne supporte, je n'accepte et je n'approuve ce nouveau plan de confinement et ce flicage insupportable de nos chiens policiers mordillant les pattes tremblantes de ces moutons de panique. Non, je ne me résous pas à ne plus rendre visite à mes amis, ni les recevoir, je m'insurge contre le fait d'avoir à remplir un papier pour pratiquer l'exercice qui est nécessaire à ma propre santé, je refuse à me justifier de vivre...
Voilà, mais une fois ceci posé - et je sais combien nous sommes nombreux à le penser, hélas pas forcément suffisamment à le clamer - nous avons assez salué les nombreux avantages du premier confinement pour ne pas en savourer les nouvelles perspectives. 
Plus la moindre traces de civilisation dévoyée et envolée dans mon beau ciel d'Aubrac ( où les traînées de kérosène avaient tendance à se répandre de plus belle ) et l'idée même que tous les nantis, les maniaques du réacteurs ne s'enverront plus en l'air d'ici un moment, constitue déjà une jouissance. Une belle compensation. Bientôt on va retrouver à l'approche des villes, les biches et les daims, les sangliers et les ours. Et qui sait peut-être même un oiseau, une abeille, un papillon.
La nature ayant horreur du vide, ils se substitueront aux moutons, tremblant par millions dans leur bergerie.

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