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Billet de blog 1 déc. 2022

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Crime et justice : un équilibre difficile dans une Afrique du Sud démocratique

Le même jour l’annonce de la libération conditionnelle de Januz Waluś, assassin de Chris Hani et le retour en prison de Jacob Zuma, accusé de corruption, a bouleversé l’opinion publique sud-africaine.  Depuis l’adoption de la nouvelle constitution la loi est la même pour tous. Mais le passé et le présent ne pèsent pas le même poids selon le parcours de chacun.

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Les juges sont à rude épreuve depuis une semaine, pourtant nul ne peut les accuser de ne pas avoir appliquer la loi qui est la même pour tous les citoyens sud-africains. Deux juridictions, la Cour suprême d’appel (SCA) et la Cour constitutionnelle ont pris la décision pour la première, du retour de Jacob Zuma en prison, pour la seconde de libérer Janus Waluz.

 La Cour d’appel a rejeté la mise en liberté conditionnelle de Jacob Zuma pour raisons médicales et cela ne semble pas choquer les experts en droit, car le dossier médical de l’ancien président ne présentait aucune des conditions pour une telle décision. Celle-ci avait été accordée par Arthur Fraser, un des supporters  de l’ancien président, mais était illégale et invalide en termes de droit. Arthur Fraser a depuis fait parler de lui en révélant le rocambolesque cambriolage dans la ferme Phala Phala du Président Ramaphosa.

 La libération sous conditions de Januz Waluś est d’une toute autre nature.  En assassinant Chris Hani , le 10 avril 1993, ce militant d’extrême-droite  savait et voulait créer le chaos dans le pays pour arrêter tout net les négociations entre le gouvernement de De Klerk et l’Anc et ses alliés. Son co-accusé, Clive Derby-Lewis, mort aujourd’hui, faisait partie de cette extrême droite blanche prête à tout pour garder le pouvoir raciste blanc en Afrique du Sud, quitte à déclencher une guerre civile qui aurait été un bain de sang.

 L’assassinat de Chris Hani a marqué un tournant décisif dans l’histoire du pays. Sa mort a provoqué une accélération du processus des négociations et la tenue d’élections rapides pour calmer la colère qui explosait dans les townships. Toute l’autorité de Nelson Mandela a été nécessaire pour imposer la tenue d’élections libres qui furent fixées, un an après la mort de Chris Hani, le 27 avril 1994.

 Chris Hani est considéré, encore aujourd’hui, comme celui qui aurait dû succéder à Nelson Mandela et comme le héros intègre de la lutte de libération. Il avait dénoncé les atrocités commises dans les camps d’entrainement de MK, l’armée de l’ANC, et n’avait pas que des amis parmi ses compagnons de lutte.

Sa mort avait été un séisme national et la mise en liberté conditionnelle de son assassin a provoqué de sérieux remous dans le pays. Janus Walus avait demandé plusieurs fois déjà sa libération conditionnelle, toujours rejetée jusqu’à présent. Sa veuve s’est toujours opposée à sa libération, tout comme le SACP. Ce dernier est convaincu que Clive-Derby Lewis et Januz Waluś n’ont pas dit toute la vérité sur les raisons profondes de leur acte et sur les commanditaires du crime.

 Pour Solly Mapala, le secrétaire général du parti communiste sud-africain cette décision est « absolument  écoeurante… L’assassinat de Chris Hani est une blessure béante  pour la famille, le SACP et les rangs de la classe ouvrière ».

 Januz Waluś devait être remis en liberté le 2 décembre et rester en Afrique du Sud pendant deux ans, et non pas retourner dans son pays, la Pologne. Mardi, coup de théâtre, un codétenu l’a poignardé et Janus Walus est à l’hôpital. Le fait que celui qui l’a poignardé soit un ancien soldat de MK vient encore compliquer une affaire bien embrouillée.

Il y a peu de chance, étant donné la Constitution, qui accorde les mêmes droits à tous les citoyens sud-africains que la décision du Juge Zondo accordant la libération conditionnelle de l’assassin de Chris Hani soit remise en question. Le passé pourtant continue de hanter le présent.

Le parti au pouvoir qui réunira sa conférence nationale dans les prochains jours est sur des charbons ardents après un rapport concernant le scandale de Phala Phala, le ferme du Président Ramaphosa. Une procédure de destitution a peu de chance de passer au Parlement, étant donné que l’ANC dispose d’une large majorité, mais le navire ANC est dans une zone de tempête et même s’il ne fait pas naufrage, son image en sortira bien ternie.    

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