Un rhinocéros qui fait toujours parler de lui

Il n’est pas bien gros, il n’est pas bien grand, mais il est en or et il a plus de 700 ans. Le rhinocéros d’or trouvé sur le site de Mabungubwe pourrait devenir la vedette d’une future exposition au British muséum de Londres en 2016. Mais à condition que les autorités sud–africaines donnent l’autorisation au précieux animal de quitter sa terre natale.

 

La statuette en bois recouverte de feuille d’or ne mesure pas plus de 15cm et pèse 42,8grammes, découverte par hasard dans le site de Mapungubwe aujourd’hui inscrit sur la liste du patrimoine de l’humanité de l’Unesco, elle n’a cessé d’être objet de controverse .

 

Découvert par hasard dans les années 1930, au cours d’une banale partie de chasse au lion par des colons blancs, le sommet de la colline renfermait des  tombes avecdes objets précieux, dont le petit rhinocéros. Cette découverte va ébranler les convictions du colonisateur blanc pour qui l’histoire de l’Afrique du Sud commence avec l’arrivée de Jan van Riebeck en 1652.

 

Difficile au temps de l'aprtheid d'admettre que le site de Mapungubwe renferme les vestiges d’une civilisation organisée, commerçante et échangeant avec le reste du monde. Les perles de verre trouvées sur le site  servaient alors à prouver que la civilisation venait d’ailleurs, mais pas des sauvages bantous ! Le petit rhinocéros ne fait donc pas parler de lui pendant des années.

 

Et puis, un rhinocéros qui n’a qu’une corne ne peut pas être africain ! Tout le monde sait que les rhinocéros ici ont deux cornes. Oui, mais argumente François-Xavier Fauvelle dans son remarquable livre Le Rhibnocéros d’or, Histoires du Moyen-Age africain, l’or qui a servi à habiller la statuette de bois qui peut provenir d’ailleurs, a bien été produit localement.

 

Le rhinocéros d’or est donc bien le symbole d’un riche passé sud-africain. Mais échaudée par le pillage des richesses africaines par des colonisateurs qui n’hésitent pas à réécrire l’histoire à leur avantage, l’université de Pretoria garde le rhinocéros d’or dans  une vitrine discrète, loin des regards envieux des anciens pays colonisateurs.

 

Faut-il expédier le rhinocéros à Londres  et montrer ainsi à des milliers de visiteurs que l’Afrique est un continent dont l’histoire estbeaucoup plus riche et complexe que ce que les explorateurs et conquérants ont bien voulu nous faire croire ?

 

« La question fait l’objet de négociations et rien n’a encore été décidé »  répond laconiquement le Ministère des Arts et de la Culture  et le conservateur de l’Université de Pretoria rappelle : « à cause de l’héritage colonial de l’Afrique du Sud, les gens sont inquiets de voir ces objets quitter le pays ».

 

Le rhinocéros d’or est pourtant le symbole d’un riche passé et montre, même avec une seule corne, que l’Afrique australe n’était pas une région vide avant l’arrivée des Hollandais. L’ordre de Mapungubwe est devenu la plus haute distinction sud-africaine depuis la présidence de Nelson Mandela et beaucoup plaident pour que le petit rhinocéros d’or soit vu par le plus grand nombre de gens avant qu’un musée digne de ce nom l’accueille sur le site de  Mapungubwe.

 

Après Monsieur Homo Naledi qui a apporté son grain de sel dans l'histoire de l'évolution humaine l'an dernier, le rhinocéros d'or pourrait bien devenir l'animal fétiche de l'histoire de l'Afrique du Sud en 2016.

 

Il faut lire ou relire l’ouvrage de François Xavuier Fauvelle

 

Le Rhinocéros d’or Histoires du Moyen-Age africain  Editions de poche Folio Histoire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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