Swaziland ou Eswatini, la monarchie persiste, le peuple se révolte

Qui peut placer correctement ce royaume africain sur une carte ? Les touristes, peut-être, qui trouvaient tellement exotique la danse des roseaux, où le roi venait choisir une nouvelle épouse parmi les danseuses vierges. Et voilà que les sujets de sa majesté Mswati III se révoltent et attirent l’attention de nos médias.

Depuis son indépendance en 1968, le pays vit d’aides extérieures sans avoir de projets. Quatre habitants sur cinq vivent dans la pauvreté chronique, 40 % de la population adulte est infectée par le virus du sida et la population dépend massivement des aides du Programme alimentaire mondial et autres institutions pour assurer sa survie. Pendant ce temps, les frasques du souverain font les gros titres des journaux à sensation. L’argent coule à flots pour l’achat de limousines luxueuses et l’organisation de fêtes royales somptueuses.

Le roi Mswati III du Swaziland dispose d’une fortune personnelle de 50 millions de dollars, ce qui lui permet tout juste de satisfaire ses goûts de luxe. Il dispose de plusieurs Mercedes et BMW, d’une Rolls Royce, d’un avion personnel et de 13 palais, ce qui est bien pratique pour loger la parentèle et faire des emplettes à l’autre bout du monde. Il est actionnaire dans de nombreuses compagnies dans l’agro-alimentaire : Ubombo Sugar and Royal Swaziland Sugar et Corporation (RSSC), Parmalat Swaziland, Swaziland Beverages et la chaîne hôtelière Swazi Spa Holdings ce qui lui permet d’arrondir ses fins de mois.

Le Swaziland est la seule monarchie absolue du continent, un pays où les partis politiques sont interdits et la constitution de 2005 reste muette sur leur autorisation. Plus inquiétant, le roi pourrait suspendre un droit s’il juge que cette mesure est dans l’intérêt public, mais le document ne donne aucune définition de " l’intérêt public". Il y a bien des élections, mais aucun parti d’opposition n’est autorisé à s’y présenter et c’est le roi qui nomme les représentants à l’Assemblée, le premier ministre et les ministres. La presse soumise à la censure ne s’autorise guère de critiquer au risque de voir les journalistes harcelés et arrêtés.

En dépit cette répression, l’opposition est bien présente et ce n’est pas la première fois qu’elle organise des manifestations importantes. Par exemple en avril 2011, l’opposition avait réussi à organiser des manifestations, évidemment violemment réprimées par la police à coups de matraques et de gaz lacrymogènes, plusieurs arrestations avaient eu lieu, des cas de tortures dans les postes de police avaient été signalés. Les autorités avaient fait valoir auprès des journalistes, dont plusieurs avaient été arrêtés puis relâchés, que les procédures pour obtenir l’autorisation de manifester n’avaient pas été respectées.

Cette fois la répression a lourdement frappé les manifestants. Les protestations ont commencé au mois de mai après l’annonce de la mort d’une jeune étudiant. Les jeunes ont multiplié les manifestations depuis le 16 juin et à la fin juin elles se sont étendues à tout le pays. De nombreuses entreprises appartenant au roi ont été incendiées. La police a tiré sur les manifestants et on dénombre au moins une cinquantaine de morts et d’innombrables blessés. Le Premier ministre a fait coupé Internet et a décrété un couvre-feu. On ne sait pas si le roi s’est enfui ou pas, mais les pays de la SADC ont manifesté leur inquiétude et appellent à la retenue. Human Rights Watch pour l’Afrique australe a demandé que «  le gouvernement de Eswatini s’assure que les forces de sécurité agissent en respectant la loi et évite l’utilisation arbitraire de la force ».

Toutes ses paroles semblent bien dérisoires pour calmer la colère des sujets de sa majesté, bien décidés à en finir avec un système de monarchie absolue qui a été toléré depuis trop longtemps par les démocraties voisines et occidentales.

 

 

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