jacqueline derens
retraitée
Abonné·e de Mediapart

284 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 juil. 2021

Swaziland ou Eswatini, la monarchie persiste, le peuple se révolte

Qui peut placer correctement ce royaume africain sur une carte ? Les touristes, peut-être, qui trouvaient tellement exotique la danse des roseaux, où le roi venait choisir une nouvelle épouse parmi les danseuses vierges. Et voilà que les sujets de sa majesté Mswati III se révoltent et attirent l’attention de nos médias.

jacqueline derens
retraitée
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis son indépendance en 1968, le pays vit d’aides extérieures sans avoir de projets. Quatre habitants sur cinq vivent dans la pauvreté chronique, 40 % de la population adulte est infectée par le virus du sida et la population dépend massivement des aides du Programme alimentaire mondial et autres institutions pour assurer sa survie. Pendant ce temps, les frasques du souverain font les gros titres des journaux à sensation. L’argent coule à flots pour l’achat de limousines luxueuses et l’organisation de fêtes royales somptueuses.

Le roi Mswati III du Swaziland dispose d’une fortune personnelle de 50 millions de dollars, ce qui lui permet tout juste de satisfaire ses goûts de luxe. Il dispose de plusieurs Mercedes et BMW, d’une Rolls Royce, d’un avion personnel et de 13 palais, ce qui est bien pratique pour loger la parentèle et faire des emplettes à l’autre bout du monde. Il est actionnaire dans de nombreuses compagnies dans l’agro-alimentaire : Ubombo Sugar and Royal Swaziland Sugar et Corporation (RSSC), Parmalat Swaziland, Swaziland Beverages et la chaîne hôtelière Swazi Spa Holdings ce qui lui permet d’arrondir ses fins de mois.

Le Swaziland est la seule monarchie absolue du continent, un pays où les partis politiques sont interdits et la constitution de 2005 reste muette sur leur autorisation. Plus inquiétant, le roi pourrait suspendre un droit s’il juge que cette mesure est dans l’intérêt public, mais le document ne donne aucune définition de " l’intérêt public". Il y a bien des élections, mais aucun parti d’opposition n’est autorisé à s’y présenter et c’est le roi qui nomme les représentants à l’Assemblée, le premier ministre et les ministres. La presse soumise à la censure ne s’autorise guère de critiquer au risque de voir les journalistes harcelés et arrêtés.

En dépit cette répression, l’opposition est bien présente et ce n’est pas la première fois qu’elle organise des manifestations importantes. Par exemple en avril 2011, l’opposition avait réussi à organiser des manifestations, évidemment violemment réprimées par la police à coups de matraques et de gaz lacrymogènes, plusieurs arrestations avaient eu lieu, des cas de tortures dans les postes de police avaient été signalés. Les autorités avaient fait valoir auprès des journalistes, dont plusieurs avaient été arrêtés puis relâchés, que les procédures pour obtenir l’autorisation de manifester n’avaient pas été respectées.

Cette fois la répression a lourdement frappé les manifestants. Les protestations ont commencé au mois de mai après l’annonce de la mort d’une jeune étudiant. Les jeunes ont multiplié les manifestations depuis le 16 juin et à la fin juin elles se sont étendues à tout le pays. De nombreuses entreprises appartenant au roi ont été incendiées. La police a tiré sur les manifestants et on dénombre au moins une cinquantaine de morts et d’innombrables blessés. Le Premier ministre a fait coupé Internet et a décrété un couvre-feu. On ne sait pas si le roi s’est enfui ou pas, mais les pays de la SADC ont manifesté leur inquiétude et appellent à la retenue. Human Rights Watch pour l’Afrique australe a demandé que «  le gouvernement de Eswatini s’assure que les forces de sécurité agissent en respectant la loi et évite l’utilisation arbitraire de la force ».

Toutes ses paroles semblent bien dérisoires pour calmer la colère des sujets de sa majesté, bien décidés à en finir avec un système de monarchie absolue qui a été toléré depuis trop longtemps par les démocraties voisines et occidentales.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Corruption
Le fils du président du Congo est soupçonné d’avoir blanchi 19 millions d’euros en France
La justice anticorruption a saisi au début de l’été, à Neuilly-sur-Seine, un hôtel particulier suspecté d’appartenir à Denis Christel Sassou Nguesso, ministre et fils du président autocrate du Congo-Brazzaville. Pour justifier cet acte, les juges ont rédigé une ordonnance pénale, dont Mediapart a pris connaissance, qui détaille des années d’enquête sur un vertigineux train de vie.
par Fabrice Arfi
Journal
L’affaire des « biens mal acquis »
Les Bongo au Gabon, les Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, les Obiang en Guinée équatoriale... Depuis 2007, la police et la justice enquêtent sur le patrimoine faramineux en France des familles de trois clans présidentiels africains qui règnent sans partage sur leur pays.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Écologie
« L’urbanisation est un facteur aggravant des mégafeux en Gironde »
Si les dérèglements climatiques ont attisé les grands incendies qui ravagent les forêts des Landes cet été, l’urbanisation croissante de cette région de plus en plus attractive contribue aussi à l’intensification des mégafeux, alerte Christine Bouisset, géographe au CNRS.
par Mickaël Correia
Journal
En Inde, après l’attaque contre Rushdie, le silence éloquent des politiques
« Les Versets sataniques » ont été interdits en Inde, son pays natal, en 1988. Un an avant la fatwa prononcé par l’Iran contre Salman Rushdie, qui allait faire de sa vie un enfer. Son agression aux États-Unis en fin de semaine dernière n’a suscité aucune réaction officielle, dans un pays où les condamnations au nom du respect des croyants hindous se multiplient.
par Côme Bastin

La sélection du Club

Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com
Billet de blog
La sobriété, c'est maintenant ou jamais
Le bras de fer en cours avec la Russie autour des énergies fossiles est l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’ère de la sobriété énergétique. Pourtant, nos gouvernants semblent lorgner vers une autre voie : celle qui consiste simplement à changer de fournisseur, au risque de perdre toute crédibilité morale et de manquer une occasion historique en faveur du climat.
par Sylvain BERMOND
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme ? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·es, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis