Les crimes de l’apartheid ne peuvent pas rester impunis

La justice sud-africaine vient de rejeter la demande de l’arrêt des poursuites contre Joao Rodriguez, ancien policier, soupçonné d’avoir participer au meurtre d’Ahmed Timol, militant de l’ANC, dans les prisons de l’apartheid en 1971.

Arrêté et torturé par les forces spéciales de la police de l’apartheid, Ahmed Timol, jeune enseignant de 29 ans, militant communiste et membre de l’ANC, avait été précipité du 10eme étage du commissariat de Vorster Square,  pour faire croire à un suicide. Trois policiers étaient soupçonnés d’avoir torturé et défenestré le prisonnier. Deux policiers sont morts, mais Joao Rodriguez, âgé de 83 ans, vient d’être rattrapé par la justice. Prétextant son grand âge, ses pertes de mémoire, le fait d’être le seul survivant pour répondre de ce meurtre, il avait demandé un arrêt définitif des poursuites. Un tribunal de Johannesburg en a décidé autrement. La famille n’avait jamais accepté la version de la police et se dit soulagée que toute la lumière soit faite sur ce crime du régime d’apartheid et que justice soit rendue.

 Six commissaires de la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) se battent depuis 1999 pour  que de nouvelles enquêtes soient menées pour 300 cas qui n’avaient pas été vraiment éclaircis. La décision qui vient d’être prise est une victoire pour la justice dans l’intérêt des familles des victimes et toute la société sud-africaine. Le système d’apartheid a été qualifié de crime contre l’humanité et ceux qui ont aidé à maintenir ce système en arrêtant, en emprisonnant, en  torturant les opposants doivent rendre des comptes à la justice.

 La TRC avait remis en 1998 une liste de 300 cas pour lesquels l’amnistie n’avait pas été accordée et avait recommandé qu’ils fassent l’objet de nouvelles investigations. Le parquet général (NPA) n’avait jamais respecté les recommandations de la TRC et aucune poursuite n’avait été entreprise contre les auteurs de ces crimes et violations graves des droits humains. Le NPA a reconnu qu’il avait été soumis à des pressions politiques, en particulier pendant la présidence de Thabo Mbeki, pour ne rien faire.

 La juge Jody Kollapen a vivement critiqué le comportement du NPA qui a cédé au pouvoir politique au détriment de la justice.  Sans la persévérance de la famille d’Ahmed Timol, ce crime serait resté ignoré du public et les responsables impunis. Dans sa déclaration, la juge précise : « Au lieu de succomber aux pressions, il revenait au NPA de faire connaître ouvertement ces pressions. Les victimes de ces crimes pour lesquels il n’y a eu ni enquête ni jugement ont certainement le droit de savoir ce qui s’est passé et pourquoi il n’y a pas eu de poursuites judiciaires ».

 Il revient au Président Ramaphosa et à la nouvelle procureure générale, Shamila Bahoti, de réparer ces années d’inertie contraire à la constitution et  d’accélérer l’étude des 300 cas oubliés. Déjà le cas de la mort de Neil Agett, un syndicaliste mort en détention, est l’objet d’un nouvel examen. Le cas de Dulcie September, représentante de l’ANC, assassinée le 29 mars 1988 en ouvrant son bureau parisien,  sera-t-il lui aussi réexaminé par la justice sud-africaine ?

 Sur les 25 000 morts de la violence politique entre 1960 et 1994, 15000 n’ont jamais  fait l’objet d’aucune recherche. Bientôt la liste complète de ces morts disparus sera accessible aux chercheurs et au grand public grâce aux efforts de SAHA (South African History Archives) à qui le département de la justice vient d’accorder le droit de rendre public le fichier de la TRC qui lui avait été remis dès 2003.

SAHA  a entrepris un gros travail pour que ces données soient rendues accessibles au plus grand nombre. La directrice de SAHA, Dr Geraldine Frieslaar, espère qu’avec cet outil « les Sud-Africains vont se réveiller de leur amnésie collective et que ce fichier deviendra un mémorial vivant pour les victimes de l’apartheid ». La TRC n’était que la première étape d’un travail lent et douloureux pour assumer le passé violent de l’Afrique du Sud. Pour qu’il se poursuive, il faudra une volonté politique inflexible qui rejette toute impasse sur la vérité.

 

 

 

 

 

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Les crimes de l’apartheid ne peuvent pas rester impunis 

 

La justice sud-africaine vient de rejeter la demande de l’arrêt des poursuites contre Joao Rodriguez, ancien policier, soupçonné d’avoir participer au meurtre d’Ahmed Timol, militant de l’ANC, dans les prisons de l’apartheid en 1971.

 

Arrêté et torturé par les forces spéciales de la police de l’apartheid, Ahmed Timol, jeune enseignant de 29 ans, militant communiste et membre de l’ANC, avait été précipité du 10eme étage du commissariat de Vorster Square,  pour faire croire à un suicide. Trois policiers étaient soupçonnés d’avoir torturé et défenestré le prisonnier. Deux policiers sont morts, mais Joao Rodriguez, âgé de 83 ans, vient d’être rattrapé par la justice. Prétextant son grand âge, ses pertes de mémoire, le fait d’être le seul survivant pour répondre de ce meurtre, il avait demandé un arrêt définitif des poursuites. Un tribunal de Johannesburg en a décidé autrement. La famille n’avait jamais accepté la version de la police et se dit soulagée que toute la lumière soit faite sur ce crime du régime d’apartheid et que justice soit rendue.

 

Six commissaires de la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) se battent depuis 1999 pour  que de nouvelles enquêtes soient menées pour 300 cas qui n’avaient pas été vraiment éclaircis. La décision qui vient d’être prise est une victoire pour la justice dans l’intérêt des familles des victimes et toute la société sud-africaine. Le système d’apartheid a été qualifié de crime contre l’humanité et ceux qui ont aidé à maintenir ce système en arrêtant, en emprisonnant, en  torturant les opposants doivent rendre des comptes à la justice.

 

La TRC avait remis en 1998 une liste de 300 cas pour lesquels l’amnistie n’avait pas été accordée et avait recommandé qu’ils fassent l’objet de nouvelles investigations. Le parquet général (NPA) n’avait jamais respecté les recommandations de la TRC et aucune poursuite n’avait été entreprise contre les auteurs de ces crimes et violations graves des droits humains. Le NPA a reconnu qu’il avait été soumis à des pressions politiques, en particulier pendant la présidence de Thabo Mbeki, pour ne rien faire.

 

La juge Jody Kollapen a vivement critiqué le comportement du NPA qui a cédé au pouvoir politique au détriment de la justice.  Sans la persévérance de la famille d’Ahmed Timol, ce crime serait resté ignoré du public et les responsables impunis. Dans sa déclaration, la juge précise : « Au lieu de succomber aux pressions, il revenait au NPA de faire connaître ouvertement ces pressions. Les victimes de ces crimes pour lesquels il n’y a eu ni enquête ni jugement ont certainement le droit de savoir ce qui s’est passé et pourquoi il n’y a pas eu de poursuites judiciaires ».

 

Il revient au Président Ramaphosa et à la nouvelle procureure générale, Shamila Bahoti, de réparer ces années d’inertie contraire à la constitution et  d’accélérer l’étude des 300 cas oubliés. Déjà le cas de la mort de Neil Agett, un syndicaliste mort en détention, est l’objet d’un nouvel examen. Le cas de Dulcie September, représentante de l’ANC, assassinée le 29 mars 1988 en ouvrant son bureau parisien,  sera-t-il lui aussi réexaminé par la justice sud-africaine ?

 

Sur les 25 000 morts de la violence politique entre 1960 et 1994, 15000 n’ont jamais  fait l’objet d’aucune recherche. Bientôt la liste complète de ces morts disparus sera accessible aux chercheurs et au grand public grâce aux efforts de SAHA (South African History Archives) à qui le département de la justice vient d’accorder le droit de rendre public le fichier de la TRC qui lui avait été remis dès 2003.

SAHA  a entrepris un gros travail pour que ces données soient rendues accessibles au plus grand nombre. La directrice de SAHA, Dr Geraldine Frieslaar, espère qu’avec cet outil « les Sud-Africains vont se réveiller de leur amnésie collective et que ce fichier deviendra un mémorial vivant pour les victimes de l’apartheid ». La TRC n’était que la première étape d’un travail lent et douloureux pour assumer le passé violent de l’Afrique du Sud. Pour qu’il se poursuive, il faudra une volonté politique inflexible qui rejette toute impasse sur la vérité.

 

 

 

 

 

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