Sabc : crise à la radio télévision sud africaine

Les plus pessimistes diront que la censure est revenue comme au temps de l’apartheid, les autres que la radio-télévision nationale, SABC, n’est plus un service public d’information, mais une officine d’état. Les journalistes protestent, l ‘opinion publique se mobilise et prévoit l'organisation de manifestations

La radio télévision nationale d’Afrique du Sud va mal depuis longtemps, mais le climat détestable qui y règne a atteint son comble ces derniers jours avec des mesures inacceptables : interdiction de montrer des scènes de violences, renvoi de journalistes chevronnés qui contestent des mesures arbitraires, démission d’un responsable qui avoue avoir  été influencé par « l’atmosphère corrosive » qui règne dans la maison.

Les journalistes dénoncent un « climat de peur » dans lequel ils doivent obéir à des consignes insensées qui ne sont jamais écrites. Le Pdg Hlaudi Motsoeneng décide de tout et interdit toute information qui pourrait ternir l’image du gouvernement.

La situation a atteint un seuil d’intolérance au point que la WAN-IFRA, l’Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d’Information a écrit à Hlaudi Motsoeneng, pour exprimer sa grave préoccupation devant des décisions qui portent atteinte à la liberté de la presse. “ Pousser à la censure et  à la répression des journalistes qui exercent simplement leur devoir d’informer correctement est une menace grave contre la liberté de la presse et ne peut pas être tolérée ».

Après une manifestation d’une centaine de journalistes vendredi dernier, une action de masse est envisagée dans les prochaines semaines dans tout le pays  pour forcer Hlaudi Motsoeneng, l’homme fort de la Sabc a quitté son poste et pour redonner de la crédibilité à la radio télévision nationale.

L’Anc  fait entendre des voix discordantes sur la grave crise que traverse la Sabc, à quelques semaines de l’échéance électorale du 3 août prochain. Le porte parole de l'Anc avait soutenu la décision de ne pas montrer d’images des violences dans les townships, mais le  responsable de la commission parlementaire de la communication, Jackson Mthembu affirme que jamais l’Anc n’a soutenu la décision de censurer ces images. «  La Sabc ne peut pas décider ce que les gens peuvent ou ne peuvent pas regarder, car c’est contraire à la Constitution » a-t-il déclaré, en soulignant que l’Anc  a toujours défendu la liberté de la presse. L’Anc considère que la « crise qui secoue » la Sabc est la conséquence d’un manque de leadership. Cette volte-face peut surprendre car Hlaudi Motsoeneng est connu pour être proche du Président Zuma. Une rencontre entre l’Anc et la Ministre de la communication est prévue pour désamorcer la crise

Ce n’est pas la première fois que la Sabc est accusée d’être la voix de son maître et il y est bien  loin l’âge d’or qu’avait connu le service public sous la présidence de Nelson Mandela.

 

 

 

 

 

 

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