jacqueline derens (avatar)

jacqueline derens

autrice/traductrice

Abonné·e de Mediapart

310 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 février 2016

jacqueline derens (avatar)

jacqueline derens

autrice/traductrice

Abonné·e de Mediapart

Le scandale de Nklandla n’est pas qu’une affaire d’argent

A quelques jours de sa comparution devant la justice pour s’expliquer sur le scandale du financement de sa résidence de Nklandla aux frais du contribuable, Jacob Zuma dans une lettre envoyée au tribunal avait proposé une solution pour mettre fin à la campagne « Pay back the money » (remboursez !) et couper l’herbe sous le pied des partis d’opposition.

jacqueline derens (avatar)

jacqueline derens

autrice/traductrice

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le scandale de l’argent public dépensé pour améliorer la « sécurité du président » quand il réside dans son village de Nklandla a fait les choux gras de la presse depuis des années. La construction d’une piscine requalifiée de réserve d’eau en cas d’incendie avait été la goutte d’eau de trop ! D’autant que la piscine était entourée d’un enclos à bétail et d’un poulailler, ce qui avait déchainé la verve de Zapiro, le caricaturiste du quotidien Mail &Guardian.

Ce qui faisait moins rire l’opinion publique, c’est que la facture avait doublé et que le coût des travaux avait été payé sur les fonds publics. Devant l’ampleur du scandale, Thuli Madonsela, la médiatrice de la république, saisie par les partis d’opposition, avait procédé à une enquête indépendante et avait, dans son rapport « Secure in Comfort » publié en 2014, recommandé que le Président rembourse tous les frais qui n’avaient rien à voir avec sa sécurité, c’est à dire la piscine, le poulailler, l’enclos à bétail et quelques pièces d’habitation pour accueillir les invités… 

Jusqu’à l’envoi de cette lettre mardi 2 février 2016, le Président avait refusé catégoriquement de rembourser le moindre rand. Il avait résisté à la campagne tonitruante menée par Julius Malema qui avait, avec les élus de son parti EFF tout de rouge vêtus,mis le bazar dans la vénérable enceinte de l’Assemblée nationale. Expulsé du Parlement par la police, le parti des Combattants de la liberté économique a fait alliance avec le beaucoup plus raisonnable et bien élevé parti de l’Alliance démocratique pour exiger le remboursement de l’argent des contribuables conformément aux recommandations de Thuli Madonsela, toout en brandissant régulièrement les placards « Pay back the money ».

La date choisie par Jacob Zuma pour envisager de rembourser une partie des frais de rénovation de sa résidence de Nklandla n’est pas un hasard. Convoqué devant la Cour constitutionnelle le 9 février, deux jours avant le discours solennel qui ouvre la session parlementaire, le Discours à la Nation, (State of the Nation), Jacob Zuma ne veut pas qu’il soit troublé par les cris de l’opposition à quelques mois des élections locales. 

L’enjeu est gros pour le parti au pouvoir, l’Anc risque de perdre la direction de plusieurs grandes villes : Johannesburget Port Elizabeth pourraient bien rejoindre la ville du Cap et devenir aussi fiefs de l’Alliance démocratique, le parti d’opposition le mieux structuré. La ville du Cap n’est pas prête de tomber dans l’escarcelle de l’Anc étant donné les scandales récents qui ont touché sa direction provinciale.

Autre ennui pour Jacob Zuma,  le rapport de la Commission Seriti sur la longue et sombre histoire de corruption pour l’achat de matériel militaire dite Arms Deal,  lui a été remis et il lui appartient de le rendre public. Les liens du pouvoir avec le monde des affaires, source de nombreux scandales de corruption, finissent par pourrir le climat politique et exacerbent les frustrations populaires. Le prix à payer pour le gouvernement risque d’être très lourd aux élections locales du printemps 2016 et les résultats s’ils sont mauvais vont déchaîner les rivalités de clans pour la succession de Jacob Zuma.

Le recours des partis d’opposition à la justice pour exiger le remboursement des frais de rénovation de Nklandla peut se révéler redoutable pour le président et son parti. S’il est reconnu coupable d’avoir violé la constitution,le président sera non seulement humilié, maisla confiance dans celui qui est le garant de la constitution sera sérieusement mise à mal. Son parti sera-t- il en mesure ou voudra-t-il sauver un président qui a depuis 2009 accumuler les scandales ?

L’avocat qui représente la médiatrice de la République, Thuli Madonsela, vient de déclarer devant le tribunal  : « Que le président  se soit trompé sur le droit, de bonne ou de mauvaise foi, reste le fait que le président s‘est trompé sur le droit ». Une affirmation qui augure mal de la suite.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.