Avant la tragédie de Marikana, l’image de Cyril Ramaphosa était celle de la réussite. Ancien dirigeant du syndicat des mineurs, le NUM, il avait apporté son expérience de négociateur dans la difficile période des discussions avec le Parti national, entre la libération de Nelson Mandela en 1990 et les élections de 1994.

Il avait su s’effacer du monde politique quand Thabo Mbeki avait été désigné pour succéder à Nelson Mandela et il avait fait sa place au soleil dans le monde des affaires, pour revenir en politique comme vice président aux côtés de Jacob Zuma. En août 2012, la tragédie de Marikana a jeté une tâche sur cette image presque trop parfaite.

 

Fondateur et PDG du groupe Shanduka, un fonds d’investissement dans divers domaines : énergie, assurances, banques et télécommunications, il siége aussi dans les conseils d’administration de nombreuses autres sociétés. Il était un des actionnaires de Lonmin, la compagnie minière propriétaire de Marikana et les mails échangés entre la direction de Lonmin et les membres du gouvernement, ministère des mines et de la police, alors que le conflit se durcissait, sont autant de pièces à charge contre celui qui est le symbole de la réussite de  la politique du Black Economic Empowerment, l’homme qui su changer son T-shirt rouge de syndicaliste contre le costume cravate de l’homme d’affaires.

 

Cyril Ramaphosa avait alors écrit peu avant le drame « …il ne s’agit pas d’un conflit du travail. Ces événements sont clairement des actes criminels et doivent être traités comme tels. Il faut une action concomitante pour répondre à cette situation ». L’action « concomitante » fut prise, la police tira, il y eut 34 morts. Shanduka a versé deux millions de rands pour aider les familles des victimes à payer les obsèques.

 

Ces excuses sont prises avec des pincettes par les familles, leurs avocats et ceux qui ont suivi ce conflit que l’on appelle maintenant le massacre de Marikana. Andries Nkome, l’avocat qui représente les mineurs arrêtes après la tuerie jugent ces excuses « méprisantes et opportunistes » et estime que ces excuses auraient du être faites immédiatement après la tragédie et devant les victimes et familles des victimes. Pour l’avocat, ces excuses justifient une révision des conclusions de la Commission Farlam qui n’avait pas pris en compte le rôle de Cyril Ramaphosa.

 

L’évêque Johannes Seoka met Cyril Ramaphosa au défi de venir assister aux prochaines commémorations du massacre, le 16 août 2017, et d’adresser publiquement ses excuses aux familles rassemblées à cette occasion. L’évêque demande aussi que Cyril Ramaphosa, qui est un homme riche, contribue financièrement à aider les familles des victimes qui n’ont encore reçu aucune aide du gouvernement. Celui-ci avait annoncé au mois de mars que  des fonds spéciaux avaient été réservés pour aider les veuves et orphelins de Marikana, mais rien n’a encore été versé.

 

Même son de cloche chez Rehad Desaï, réalisateur du documentaire internationalement primé, Miners shot down et militant de la campagne de soutien à Marikana (Marikana Support Campaign) qui exprime ses doutes sur la sincérité des excuses de l’actuel vice président du pays « nous sommes très circonspects sur ces excuses dans le contexte de la course aux élections ». Il fait aussi remarquer qu’aucun policier n’a été inculpé pour ce massacre alors que des mineurs ont été inculpés pour meurtre.

 

Dans la course à la succession de Jacob Zuma, le vice- président semble devancer l’ex-épouse, Nkosazana Dlamini-Zuma. Cyril Ramaphosa devient de plus en plus ouvertement critique  sur les affaires de corruption, « la pourriture » au sein même du gouvernement et de l’ANC. Il a reçu le soutien du Cosatu et de nombreux poids lourds de l’ANC.

 

Richard III était prêt à céder son royaume pour un cheval, Cyril Ramaphosa est-il prêt à s’excuser auprès des veuves de Marikana, pour un poste de président ?

 

  Jacqueline Dérens Les Voix des Veuves de Marikana, Editions Clara Magazine

 

 

 

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