Qu’est devenu l’ANC, le premier mouvement de libération du continent africain ?

De l’icône planétaire Nelson Mandela, des accusés du procès de Rivonia, de Ruth First, Dulcie September, Neil Agett, Steve Biko, Solomon Malanghu et tant d’autres morts pour une cause juste que reste-t-il de l’Anc après la suspension de son secrétaire général accusé de 74 chefs d’inculpation pour corruption, fraude et blanchiment d’argent ?

L’Afrique du Sud était suspendue le week-end dernier aux décisions du Comité national exécutif qui devait trancher sur le sort d’Ace Magashule, secrétaire général de l’organisation. Après le petit jeu de : tu me suspends, je te suspends, version sud-africaine de notre je te tiens par la barbichette, tout le monde attend la suite de l’histoire qui engage non seulement l’avenir de l’ANC, mais aussi celui du pays et de sa population.

La décision de suspendre Ace Magashule, secrétaire général, a été accueilli avec soulagement et Cyril Ramaphosa, président, a marqué un point dans la lutte de factions qui déchirent ouvertement le parti depuis la dernière conférence nationale de décembre 2017. Non seulement Ace Magashule est suspendu de ses fonctions, mais il devra faire des excuses publiques pour sa conduite qui a jeté le discrédit sur son parti, faute de quoi il risque l’expulsion définitive. Une première dans l’histoire tourmentée de l’ANC qui a connu bien d’autres vicissitudes par le passé : une scission en 1956 avec la création du Pan African Congress, plus récemment avec l’expulsion de Julius Malema et la création du parti des Combattants de la liberté économique, pour ne citer que les événements les plus connus.

Une trentaine de dirigeants nationaux ou provinciaux de l’Anc risquent eux aussi la suspension pour être accusés de corruption, ce qui montre à quel point l’ivresse du pouvoir a saisi nombre de ceux qui pour paraphraser une citation célèbre « ne se sont pas battus pour être pauvres » au point d’être pris la main dans le pot de confiture généreusement ouvert par la famille Gupta et d’autre corrupteurs.

Le Président Ramaphosa a été très clair envers ceux qui refuseraient de se conformer à la règle qui veut que quiconque accusé de malversations doit volontairement se mettre en retrait (step aside) en attendant le verdict de la justice. «  Nous devons nous rappeler que la confiance et le soutien du peuple sud-africain ne nous est pas acquis d’avance. Aussi longtemps que la direction sera divisée, aussi longtemps que nous n’agirons pas contre la corruption, et tant que nous ne mettrons pas les besoins de notre peuple en priorité, il faudra batailler pour restaurer la crédibilité de l’ANC ».

Cette déclaration pour clôturer une séance historique a le mérite d’être clair : la bataille pour la reconquête de l’honneur perdu de l’ANC sera dure et longue et rien n’est gagné tant la ligne de fracture entre les clans et factions sont profondes.

 

 

 

 

 

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