L’Afrique du Sud fait le choix des énergies renouvelables

On parle beaucoup de la crise de l’eau, de la redistribution des terres, mais il y a une troisième question épineuse pour le gouvernement de Cyril Ramaphosa : la question énergétique. Elle vient de trouver une solution de bon sens dans le choix annoncé d’augmenter la part des énergies renouvelables.

Alors qu’Eskom croule sous les dettes et doit répondre devant la justice de contrats frauduleux avec des compagnies minières, propriétés de la famille Gupta ; que les consommateurs ont connu des années noires, coupures d’électricité et délestage ; que les rumeurs les plus folles couraient sur l’éventuel achat de sept centrales nucléaires qui allaient endetter le pays pour des années ; le nouveau ministre de l’Energie Jeff Radebe, vient d’annoncer que le gouvernement donnait son accord pour 27 projets pour la production d’énergie renouvelable, solaire et éolienne.

Ces 27 projets devraient créer 61 600 emplois pendant la phase de construction, et l’emploi des jeunes sera une priorité. La province du Cap nord aura la part du lion avec 59% des projets, suivi par la province du Cap oriental et celle du Nord Ouest, toutes trois provinces pauvres et rurales, mais ayant un fort taux annuel d’ensoleillement. Une partie des profits générés doit contribuer au développement socio-économique de la population dans un rayon de 50 miles autour de la centrale pendant 20 ans. Une vingtaine de projets plus modestes, pouvant générer entre 1MW et 5MW, vont venir compléter ce plan ainsi que deux projets de centrales à charbon.

Le prix du kilowatt heure généré par une éolienne se situe entre 0,76 et 0,56 rands, celui généré par l’énergie solaire entre 0,87 et 0,77 rands alors que le prix de l’électricité produite par une centrale à charbon revient à 1,20 rand le kWh. Pour le moment environ 80% de l’énergie produite provient de centrales thermiques, ce qui classe l’Afrique du Sud parmi les pays les plus pollueurs de la planète.

Depuis deux ans, Eskom trainait les pieds pour signer un accord avec des producteurs privés d’électricité, prétextant qu’il y avait un surplus d’énergie. Pour le ministre de l’énergie « nous sommes à un tournant après une longue période d’incertitude, mais avec cette signature je confirme l’engagement du gouvernement non seulement dans les énergies renouvelables, mais aussi dans un solide partenariat avec le secteur privé pour atteindre les objectifs de notre transition énergétique ».

Si l’annonce a été accueillie avec soulagement par les défenseurs de l’environnement, d’autres ne l’entendent pas de cette oreille. Le syndicat Numsa et l’organisation Transform RSA refusent cet accord et ont déposé un recours devant la justice. Pour ces deux organisations, la transition vers les énergies renouvelables met en danger l’emploi de 30000 mineurs et l’électricité d’origine solaire ou éolienne reviendrait plus chère que celles des centrales thermiques.

Pour Chris Yelland, un expert des questions énergétiques cet argument n’est pas recevable « ce recours devant la justice n’est pas recevable car le coût de l’énergie renouvelable ne cesse de baisser et l’Afrique du Sud doit impérativement transformer son énergie sale en énergie propre et doit redevenir un des pionniers de l’énergie solaire, ce qu’il était il a sept ans".

Le gouvernement a adopté une politique prudente en annonçant qu’il attendrait la décision de la justice avant de signer l’accord prévu. Le tribunal a prévu une séance le 27 mars prochain à l’issue de laquelle il annoncera sa décision.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.