Johnny Clegg et Jacob Zuma : honneur et déshonneur de l’Afrique du Sud

L’ironie du calendrier a voulu que Johnny Clegg meure le jour même où Jacob Zuma comparaissait devant la Commission Zondo chargée de faire la lumière sur les innombrables affaires de corruption, de détournement de fonds, d’escroqueries et mensonges de l’ancien président. Pleure ô pays bien aimé.

 Le pays tout entier rend hommage au musicien, au Zoulou blanc qui avait su redonner espoir à un pays dans la tourmente des années sombres du régime d’apartheid, et l’ANC n’a pas manqué de lui rendre hommage « … Il a utilisé son talent pour inspirer un changement social, économique, culturel et politique dans notre pays ». 

 Au même moment, Jacob Zuma, après de multiples péripéties, acceptait de comparaître devant la Commission Zondo. On lui demande de s’expliquer sur la mise à sac les caisses de l’Etat au profit de lui même et sa famille d’abord et d’une clique de profiteurs qui savaient flatter son goût du luxe et de la démesure. Pendant dix ans, « les années perdues de la présidence Zuma » l’Afrique du Sud a vu son économie sombrer pour la grande misère d’un peuple trompé et les élites du pays se déchirer pour avoir une part du gâteau.

 Jacob Zuma rejette toutes les accusations selon la tactique bien connue : « Je n’ai rien fait de mal et tout le monde veut ma peau ». En grand manipulateur, il tient la presse en haleine avec ses demi-vérités et ses gros mensonges. Il a déclaré que tout dernièrement il avait déjoué un attentat contre lui et sa famille et que cela fait presque 30 ans  que l’on veut se débarrasser de lui  parce qu’il sait des choses, en particulier le nom de membres de l’ANC qui ont été des espions au service de l’apartheid. A part la révélation de trois noms, il a fait monter la tension en ajoutant qu’il avait «des listes » et qu’il les montrerait au moment opportun.

 Jacob Zuma se pose en héros national, en défenseur de l’ANC qu’une commission illégitime mise en place pour l’achever, ne fera pas taire. Quant  à son amitié avec la sulfureuse famille Gupta, si Zuma veut bien reconnaître qu’il l’a aidée à mettre en place un journal , une radio et une télévision aux ordres de l’ANC, il affirme qu’il n’est pas le seul à avoir fréquenter les frères Gupta. C’est Essop Pahad, le conseiller de Thabo Mbeki qui les lui aurait fait connaître.

 La Commission Zondo ne siège que depuis deux jours et l’opinion publique est suspendue aux déclarations du président déchu. A vouloir déballer le linge sale au grand jour, on peut se demander qui gagnera à la surenchère en filouterie. Certainement pas le citoyen sud-africain ordinaire qui a vu ses espoirs disparaître avec les meilleurs de ses défenseurs, qu’ils soient chanteurs, artistes, militants ou dirigeants intègres.

  

 

 

 

 

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